La Terre s’arrêterait de tourner que les très provinciaux médias romands nous parleraient de l’agrandissement de la gare de Goumoens-la-Ville. Alors que se prépare un nouveau coup d’Etat dans un pays stratégique pour la géopolitique internationale, en Amérique latine, ceux-ci préfèrent nous pondre des comptes rendus d’une petite manifestation de « salopes », sorte de troupeau de femmes rassemblant tous les clichés des BCBG cherchant un peu de réconfort dans une « cause » à prendre à bras le corps, venues pour le coup soutenir les femmes victimes de viols et dénoncer les propos d’un obscur policier canadien pour qui après tout, quand on s’habille comme une salope justement, c’est un peu chercher à se faire violer… Elles répondaient à l’appel de Slutwalk Suisse.

            Des revendications justes dans le fond, avec des tenues affriolantes pour faire parler d’elles et répondre à ces propos jugés machistes. Mais encore ? Leur nombre, à peine 400 selon les organisateurs (plutôt 150 à 200 selon des témoins), n’était pas suffisant pour créer le BUZZ. Il fallait donc bien se montrer de manière originale, à défaut d’être crédible.

            En Tunisie, guère besoin de buzz ou de basses techniques pseudo-provocatrices pour se faire entendre : les femmes ont protesté contre la mise en accusation d’une femme violée, à qui l’on reprochait de s’être tenue indécemment. Immense rassemblement, slogans progressistes et intelligents, femmes en burqa et hommes compris. Autre chose, on le voit, qu’une pauvre marche à Genève menée par la « « salope » » (comprenez : la leader des « Salopes » – et doublez les guillemets par prudence) Olga Baranova, qui cherche sans doute à redonner une coloration féministe à ses amis socialistes genevois empêtrés dans une spirale négative : défaite électorale toute chaude, copinage en haut lieu, guerre des clans, incompétence de ses élus, volonté d’adoption d’une constitution néolibérale, etc.

            S’habiller en salope (en vraie cette fois-ci, sans guillemets) et lancer deux ou trois slogans dans les rues de la très sage Genève ne permet pas d’obtenir un brevet de bon féminisme. N’est pas Simone Weil qui le veut. En Tunisie, la manifestation s’est déroulée dans un contexte plus large de revendications de droits et de liberté et a revêtu un caractère bien plus affirmé. Un fossé sépare ces deux actualités. Pourtant, même si les deux cortèges étaient sensés dénoncer la banalisation du viol, l’un a pris la forme d’une marche pour la liberté, pendant que l’autre s’est noyé dans un flot de fausse vulgarité bien tendance.

                                                                                                    Vincent C. Wolf