La compagnie ORESTHEA redonne vie à la tragédie d’Eschyle dans sa langue originale. Elle sera sur les planches de la grande salle de la Comédie de Genève le mercredi 9 mai à 20h, dans le cadre du festival Commedia.

Agamemnon, roi de Mycènes, victorieux de la guerre de Troie, rentre en ses terres d’Argos, où l’attend son épouse Clytemnestre. Face à Agamemnon triomphant et à sa captive Cassandre, fille du roi Priam, Clytemnestre l’accueille avec joie. Mais la lignée des Atrides, dont Agamemnon est l’héritier, est maudite par les dieux, ses membres sont condamnés à des fins tragiques. Les prophéties funestes de Cassandre vont se réaliser, le sang va couler…

Tirée, avec Les Choéphores et Les Euménides, de L’Oresthie d’Eschyle, trilogie qui retrace la destinée des Atrides, Agamemnon a été jouée pour la première fois à Athènes, en 458 avant Jésus-Christ. À près de vingt-cinq siècles d’existence, cette tragédie, d’une importance fondamentale dans l’histoire du théâtre et dans la culture occidentale, nous parle encore. C’est ce que cherche à montrer, avec passion et brio, la compagnie ORESTHEA, dont le projet de mettre en scène Agamemnon en redonnant vie à la langue d’Eschyle garantit un authentique dépaysement, et promet de nous transporter dans le théâtre d’Épidaure.

Au détour d’une discussion entre des membres de l’Association des étudiants en grec, latin et histoire ancienne de l’Université de Genève (AGLAE), l’envie de jouer une tragédie antique en version originale naît. Pour lui donner forme, le groupe ORESTHEA (Organisation estudiantine de théâtre antique), composé d’étudiants mais aussi de néophytes passionnés, est monté en 2016 dans le but de recréer Agamemnon d’Eschyle. Il ne s’agit pas seulement de rejouer le texte dans sa langue d’origine, le grec ancien, mais aussi de reconstituer, dans une certaine mesure, la pratique théâtrale de la Grèce antique. Les acteurs portent des masques qui, avec les costumes, identifient les personnages. La mise en scène, épurée, met l’accent sur l’intrigue de la tragédie.

L’ambitieuse entreprise met à profit les compétences de chacun : les hellénistes travaillent sur le texte et sa prononciation (les acteurs, n’étant pas tous étudiants en grec, l’ont appris de manière phonétique) ; Samuel Wanja, chargé de l’administration, a réalisé la traduction pour les surtitres ; les membres du chœur viennent de la Haute École de musique ; Gaëlle Hostettler, metteure en scène, suit les cours d’art dramatique au Conservatoire. Accompagnée d’une lyre et d’un aulos (l’ancêtre du hautbois), joués par deux excellents musiciens (Julie Bévant et Antonio Constenla), la pièce bénéficie du travail de reconstitution musicale du compositeur Vincent Boccadoro.

Le théâtre de la Grèce antique, en effet, n’était pas seulement déclamé, il était aussi chanté. Se fondant sur des traités de musicologique antique, alors que la plupart des adaptations partent de modèles de la Renaissance, Vincent Boccadoro, dans une recherche d’authenticité maximale, a retravaillé des mélodies existantes, et en a recréé d’autres, dans le langage musical propre à la Grèce antique : les rythmes suivent la métrique du texte ; les gammes sont organisées selon différents modes (dorien, lydien, ionien, phrygien…), et les intervalles diffèrent de ceux des gammes modernes, dites « tempérées ». Dans la mise en scène, les mélodies sont jouées par la lyre et l’aulos (qui a été reconstitué grâce à une imprimante 3D), mais aussi chantées par le chœur, dont le travail n’a pas été rendu facile par la langue grecque et les modes antiques. Cette musique si caractéristique, qui a traversé les siècles, est indissociable de la tragédie, et contribue, tout autant que la langue, à son atmosphère et à son dépaysement.

Nul doute que le spectateur reviendra enchanté de son voyage au temps d’Eschyle.

Emmanuel Mastrangelo 

Infos pratiques : Agamemnon d’Eschyle, mercredi 9 mai à 20h à la Comédie de Genève (Grande salle), par la Compagnie ORESTHEA, dans le cadre de Commedia – festival universitaire de théâtre.

Photo : ©Samuel Wanja