[18e semaine d’observation : nouvel acteur dans la Jungle.]

« Dans tous les cas, l’autofiction apparaît comme un détournement fictif de l’autobiographie », écrivait avec justesse en 2003 la plume précise du prof. Laurent Jenny (ou Laurent Jenny lui-même, n’en déplaise à sa plume personnifiée), dans son cours intitulé sobrement « L’autofiction » – donné il y a encore peu à l’UNIGE[1] (BA3 de Français moderne, pour user de jargon).

Par cet incipit aussi rondement mené que bien balancé, l’auteure[2] tient ici et en préambule (suite à une discussion particulièrement cocasse dans le hall de la Jungle d’Uni Bastions) à souligner une donnée importante de cette ethnochronique académique : la notion d’autofiction. Autofiction, hein. Qu’est-ce que ça dit, en somme – pour parodier (dans un style certes moins élégant) les questions pédagogiquement rhétoriques (ou l’inverse) de Laurent Jenny[3] ? Hé bien, ça dit déjà que c’est un « mot-valise » : néologisme créé en 1977 par l’écrivain Serge Doubrovsky dans son roman Fils, il est composé de « auto » (préfixe signifiant « de soi-même »[4]) et de « fiction » (« produit de l’imagination qui n’a pas de modèle complet dans la réalité »[5]). Une autofiction, c’est donc potentiellement la même mixture qu’une bonne vieille autobiographie, mais c’est pour ceux qui ne veulent pas trop se mouiller… sans étaler linge sale, petites culottes et capotes usagées au vu et su du lectorat – excusez les exemples.

Ainsi, bien que cette présupposée (pourtant éminemment claire – du moins l’auteure le croyait-elle !) soit d’une évidence aussi limpide que le cristal ou l’eau des toilettes après le passage de Monsieur Propre®[6], l’auteure se doit de préciser ici que cette ethnochronique EST UNE AUTOFICTION… n’en déplaise aux fans hystériques qui suivent avec avidité les aventures de l’auteure (si si, il y en a ; pas beaucoup, mais quand même). Tout ça, c’est du VENT, des contes pour gamins, des fadaises, des blablateries… bref, de la FICTION. Aussi, lorsque l’auteure vous parle de ses déboires avec son rédacteur-en-chef bien aimé (qui lui doit toujours de l’argent, d’ailleurs) ou de ses nuits blanches passées à écrire, vous donne des conseils sur la manière de se nourrir ou de pioncer lorsqu’on prépare un sacro-saint Mémoire et disserte sur les habitudes sexuelles ou sociales des Homo memorantis… elle ne fait évidemment PAS référence à une expérience personnelle. Non. Pas du tout. C’est de la fiction. – D’ailleurs, le dernier hors-série de cette très rigoureuse ethnochronique (« Guide de survie universitaire : un hors-série du Journal de Mémorants »), paru dans la 11e version papier de R.E.E.L. est là pour en témoigner[7].

(Avant de poursuivre et entre parenthèses – oui, les parenthèses resteront là, n’en déplaise aux relecteurs qui vont vouloir les enlever ! –, l’auteure tient à se tirer une balle dans le pied ou se les prendre dans le tapis, en précisant quand même que, si elle s’est longuement attardée sur le côté « fiction » de l’autofiction, elle n’a rien dit de… l’« auto », justement. De toute manière, il n’y a RIEN de vrai dans cette ethnochronique. Là. N’y revenez pas, saperlipopette.)

Donc. Comme rien n’est vrai là-dedans, puisqu’il s’agit d’une autofiction, l’auteure ne va absolument pas aborder une thématique réaliste, existante ou puisant ses racines dans une réalité rigoureusement et carrément exacte. Non. – Aujourd’hui, ce numéro de Journal de Mémorant amènera l’ethnochroniqueuse à la rencontre d’un nouvel acteur de la Faune académique : le Juré. Cousin du PALM[8], le Juré est lui aussi une spécification particulière de Homo academicus professoris. D’un naturel pouvant aller du calme le plus olympien au syndrome très agaçant de la recherche-de-petites-bêtes, il entretient avec l’Homo memorantis une relation symbiotique particulière.

Son rôle est très important – pour ne pas dire vital – pour la survie du Mémorant : intervenant assez tard dans la quête de production du Mémoire, il est souvent connu et présenté par le PALM au Memorantis sans défense. Las ! Sa tâche sera décisive : ce sera lui qui, couperet implacable du destin académique, jugera le sacro-saint Travail de Mémoire, le jour apocalyptique de la tant redoutée Soutenance. Spécialiste, comme ses confrères et consœurs profesoris, d’un domaine aussi précis que passionnant (la réception météorologique des paratextes de Proust, l’archéologie antédiluvienne des pots de chambre pré-colombiens ou encore les similitudes linguistiques entre les dialectes haut-valaisans et l’argot nord-coréen…), il est d’ordinaire familier de thématiques proches, voisines, cousines ou même très-vaguement-apparentées à celles dont traitent le Mémoire. Et c’est tant mieux.

Formant avec le PALM un véritable binôme, le Juré possède décision de vie ou de mort sur le jeune Homo memortantis, dans la Jungle académique des Lettres : après la lecture attentive de la version définitive du Mémoire, ce sont eux qui décideront à quelle sauce (citron-acerbe, crémeuse-condescendante ou épicée-polémique) sera mangé (ou pas) le Mémorant… et quelle note sanctionnera l’aventure la plus extraordinaire de sa jeune vie académique. – Bref, dans la chaîne alimentaire de la Jungle des Lettres, dans les différentes relations symbiotiques qui unissent le Memorantis à son environnement, le Juré endosse un rôle essentiel, pour ne pas dire fondamental. Alors, autant pour l’Homo memorantis suivre le vieil adage de Sun Zu : « Connais ton ennemi… »[9] et faire ami-ami avec l’affamé Juré avant la soutenance.

Mais bien sûr, tout ceci n’est qu’autofiction. Et le Juré est bien trop malin pour céder aux tentatives de séduction du Mémorant ! ABE.

[Prochain numéro : 19. Spécialisation liée au biotope : des divers types d’Homo memorantis.]

Magali Bossi

Ethnochroniqueuse pour R.E.E.L.

[1] L’auteure, qui (selon un procédé narratologique discutablement agaçant) continue sa progression diégétique à la 3e personne du singulier… – a suivi les cours et séminaires du prof. Laurent Jenny tient ici à lui souhaiter une bonne retraite : elle garde un souvenir impérissable de ses enseignements.

[2] V. les digressions de la note n°1.

[3] Pour les sagaces et curieux-ses lecteur-trice-s du mirifique R.E.E.L. (qui, en ce mois d’avril, fête ses 11 numéros papier au compteur… vous le saviez ?), il suffit d’aller faire un tour sur les cours en ligne du BA3 de Français moderne, intitulés « Méthodes et Problèmes en littérature » : http://www.unige.ch/lettres/framo/enseignements/methodes/index.html. Et NON, l’auteure n’a pas été payée par le Département pour faire de la pub (elle a essayé, mais les subventions sont à sec). – C’est juste vachement intéressant, là.

[4] Et remercions ici le Trésor de la Langue Française informatisé, bailleur de fonds notoires de Journal de Mémorants ! (la rédaction aimerait bien…)

[5] V. note 4 (oui, l’auteure est flemme, ce soir : elle se contente de faire des rappels de notes. Plus économique et tellement plus pratique !).

[6] Toujours pas de financement en vue de la part d’une grande marque… dommage !

[7] Les lecteur-trice-s qui ont fantasmé sur cet article se reconnaîtront…

[8] Une tablette de chocolat Cailler à celui ou celle qui dira à l’auteure ce que signifie cet acronyme. Et non, les membres du comité de R.E.E.L. ainsi que les relecteur-trice-s n’ont PAS le droit de participer. Non mais.

[9]Pour mémoire, le 8e numéro de Journal de Mémorants était consacré à cette maxime : v. http://www.reelgeneve.ch/?p=3050.