« Écoutez les filles, tout le monde s’en foutait de la remise sur pieds de Jump Street la première fois que vous avez débarqué ici. N’importe qui avec un bout de cervelle, moi y compris, aurait parié gros que vous alliez vous planter sur toute la ligne. Mais vous avez eu du bol. Alors, du coup, nos services ont investi des sommes mirobolantes pour faire en sorte que Jump Street reste opérationnelle ; les budgets ont été multipliés par deux, comme si dépenser deux fois plus d’argent pouvait garantir deux fois plus de résultats. »

Ces phrases, prononcées par le chef de la police à la suite d’une bévue des deux héros du film, Morton Schmidt (Jonah Hill) et Greg Janko (Channing Tatum), résument parfaitement ce qui fait la force de 22 Jump Street : une réflexion profonde et pleinement présente sur les suites dans le monde du cinéma hollywoodien. En effet, si 21 Jump Street n’engendrait pas d’énormes attentes en raison de l’inexpérience des réalisateurs[1] et du fait qu’il s’agissait de l’adaptation d’une série télévisée vieille et assez peu connue[2], le succès du film au box-office (près de 200 millions de dollars, pour un budget de 42 millions) a poussé Sony à mettre en chantier une suite, en augmentant sensiblement ses attentes.

L’intrigue de 22 Jump Street ne déborde pas d’originalité : Schmidt et Janko infiltrent une université en se faisant passer pour des étudiants afin d’arrêter un dealer. En soi, c’est la même chose que dans 21 Jump Street, durant lequel les deux flics ont infiltré un lycée dans le même but. Néanmoins, le scénario est efficace et rempli d’humour. En outre, il profite de chaque occasion pour initier une réflexion sur les suites dans le cinéma hollywoodien.

Ainsi, après les quelques phrases citées ci-dessus, le chef de la police, incarnation du producteur hollywoodien, demande aux deux héros de faire exactement la même chose que la première fois, parce que ses supérieurs pensent que si la police a été moins efficace depuis, c’est parce que les deux héros n’étaient pas là pour tenir exactement le même rôle. De même, la scène durant laquelle Schmidt et Janko arrivent dans le quartier général de Jump Street est riche en références. En premier lieu, ils regrettent que l’ancienne église servant de couverture pour le premier film et située au 21, Jump Street, ait été rachetée par des Coréens. Ensuite, ils se réjouissent du fait que par chance, une autre église se trouvait juste en face, au 22, Jump Street. Enfin, en regardant le terrain vague du numéro 23 de la même rue, Janko se dit « je ne sais pas pourquoi, mais j’ai l’impression qu’on reviendra là l’an prochain. »

Il ne s’agit que de quelques exemples parmi une multitude, tant le film regorge de références de ce type, de sa première scène jusqu’à son générique de fin. Ce dernier, probablement l’un des plus intéressants de ces dernières années, conclut magistralement le film en offrant une réflexion sur la prolongation à outrance de certaines licences, sur les problèmes de contrats pouvant affecter certains acteurs et sur les produits dérivés.

En soi, le premier de niveau de lecture de 22 Jump Street en fait un film plaisant à regarder, mais toutes les références faites à la problématique des suites dans le cinéma hollywoodien rendent indispensable la découverte de cette œuvre.

Référence : Phil Lord et Chris Miller, 22 Jump Street, 2014.

Pierre-Hugues Meyer

[1] Il s’agissait alors du deuxième film seulement de Phil Lord et Chris Miller, après Tempête de boulettes géantes.

[2] 21 Jump Street, diffusée de 1987 à 1991.