Étudier, c’est bien… mais étudier en se cultivant, en s’épanouissant et en s’éclatant, c’est encore mieux ! – Dans le cadre d’un tout nouveau partenariat lancé cet automne avec les Activités Culturelles (AC) de l’UNIGE, R.E.E.L. vous propose une série d’entretiens passionnants (et passionnés !) avec certains enseignants actifs dans les AC : de la construction d’instruments électro-acoustiques au mystérieux bartitsu (une technique d’auto-défense dont se servait Sherlock Holmes), en passant par la photographie, l’improvisation théâtrale ou les ateliers d’écriture, venez découvrir quelques-uns des cours proposés cette année par les AC !…

Un seul mot d’ordre : de la culture avant toute chose !

(pour en savoir plus sur les AC de l’UNIGE : notre article http://www.reelgeneve.ch/?p=3540 et la page web des AC http://www.a-c.ch/)

Depuis septembre 2014, les Activités culturelles reprennent avec Anouck Müller un cours sur le thème de l’improvisation théâtrale, qu’elles avaient abandonné avec le départ de Roberto Salomon, au début des années 2000. Depuis, elles n’avaient plus véritablement d’atelier « dédié » à l’improvisation seulement, bien que cette technique ait été abordée, parmi d’autres techniques utiles à la performance scénique, par nos animateurs théâtre : Éric Devanthéry, Sara Marcuse, Michel Ruotolo, Jocelyne Quéloz (Comedia dell’arte) et David Valère (jeu d’acteurs). Rencontre avec une passionnée qui a plein de projets, pour elle-même et surtout pour l’avenir de l’impro à Genève.

R.E.E.L : Tu enseignes l’improvisation théâtrale aux AC, avant toute chose, peux-tu nous expliquer en quoi ça consiste ? En quoi c’est différent du théâtre ?

Anouck Muller : L’impro, c’est inventer une histoire à plusieurs, sans préparation, c’est comme des sketchs, des mini-pièces de théâtre, mais faites sans préparation aucune. C’est être scénariste, metteur en scène et comédien en même temps, et spontanément. La différence avec le théâtre, c’est qu’on est beaucoup moins aidé, les choix qu’on fait nous sont propres. C’est aussi une discipline que j’estime beaucoup plus sociale que le théâtre, dans le sens que ça crée réellement un esprit de groupe, une solidarité. Tu ne peux pas laisser ton copain tout seul sur la scène, si il galère, tu dois aller l’aider, c’est aussi utile pour la confiance en soi, la confiance dans le groupe, oser se mettre en avant, etc.

R.E.E.L : Puisqu’on parle de quelque chose de spontané, qu’est-ce que vous pouvez travailler en cours, concrètement ?

A. M. : Pendant les cours, on va apprendre à construire une histoire, quels sont les éléments importants d’une histoire pour que ça tienne debout, comment accepter l’idée de l’autre tout en gardant sa propre idée, comment inventer un personnage, etc. On me demande souvent « pourquoi vous faites des entraînements d’impro si c’est de l’impro ? », mais justement, on va apprendre à changer son corps, à changer sa voix pour incarner un personnage, on va apprendre à écouter l’autre, de façon auditive et visuelle (être attentif à ce qu’il propose avec ses gestes), on va apprendre à être solidaires les uns des autres, et puis effectivement à avoir tous conscience de l’histoire qu’on est en train de raconter de façon à ce qu’elle tienne debout.

R.E.E.L : Aujourd’hui, tu donnes des cours, mais comment as-tu découvert l’impro toi-même ?

A. M. : J’ai découvert l’impro grâce à mon cousin, il en faisait et il m’a emmené voir un match. J’ai ensuite commencé dans une équipe où il n’y avait plus grand monde de motivé et qui s’est dissoute après ma première saison. Comme j’étais hyper déçue, j’ai créé une équipe junior près de chez moi, qui s’appelle les Déchênés (parce que c’est le quartier de Chêne). Cette équipe a été créée en 2007 et elle existe toujours, j’ai fait quatre ans avec elle, pendant lesquels j’ai été coaché par des amateurs. Après je suis moi-même passée en amateur et je coache à mon tour cette équipe junior.

R.E.E.L : Tu travailles avec les AC depuis août 2014, comment cette collaboration a-t-elle débuté ?

A. M. : A la base, j’avais postulé dans tous les cycles et collèges du canton pour donner des cours facultatifs d’improvisation théâtrale, et puis dans le même temps, je donnais des cours dans des Maisons de Quartiers[1], mais je n’avais pas pensé à l’Uni. Et puis j’ai un ami qui a créé une association d’impro à l’Uni, qui s’appelle la leitu ; il en avait parlé aux Activités culturelles qui étaient très enthousiastes, mais lui n’avait pas dans l’optique de donner des cours, alors il m’a conseillé d’essayer. J’ai donc tenté ma chance, en faisant une candidature spontanée, en début d’année 2014 : ils ont tout de suite été hyper intéressés et m’ont dans un premier temps proposé des stages d’été, pour voir comment ça marche et éventuellement ouvrir un cours annuel. Deux stages ont été proposés cet été ; le premier a été annulé faute d’inscrits et le deuxième a eu lieu. A partir de là, on a ouvert un cours pour la rentrée de septembre, qui était limité à 15 personnes : au premier cours, qui était un cours d’essai sans inscription, 35 personnes sont venue. On a donc très vite rempli le premier cours[2], puis on en a ouvert un deuxième[3].

R.E.E.L : Pourquoi as-tu choisi de t’investir dans les AC ? Qu’est-ce que cela t’apportes, d’un point de vue artistique, humain, etc. ? Est-ce motivant de côtoyer des étudiant-e-s dans tes cours ?

A. M. : J’ai postulé aux Activités culturelles parce qu’elles touchent les jeunes entre 18 et 25 ans et c’est je pense une des tranches d’âge la plus adaptée et la plus potentiellement intéressée par la branche que j’enseigne – l’improvisation théâtrale. J’aime travailler avec des groupes d’étudiants car ils sont dynamiques et enthousiastes. De plus, étant tous étudiants et de la même génération, ils partagent un univers commun qui se retrouve dans leurs impros mais chacun garde sa particularité personnelle, ce qui enrichi d’autant plus le jeu qu’ils proposent. Ils sont différents mais se comprennent. C’est motivant de bosser avec des étudiants, et étant moi-même étudiante, dans un cours qui oblige à créer du lien, il y a des rapports très sympas entre tous.

R.E.E.L : Qu’essaies-tu de transmettre aux étudiant-e-s qui suivent tes cours ? Comment cela peut-il les aider à trouver un équilibre dans leurs études ? D’après toi, que viennent chercher les étudiants dans tes cours ?

A. M. : J’essaie de leur transmettre l’amour de l’improvisation, l’art de créer une histoire spontanément et à plusieurs. Cela développe bien sûr l’imagination, mais aussi et surtout l’écoute, la solidarité et l’esprit d’équipe. Du point de vue de l’individu, l’impro aide aussi à avoir confiance en soi, à prendre des risques, à se mettre en avant devant un public et cela peut se révéler très utile pour les études, mais aussi pour la vie en général. De plus, nous rigolons beaucoup pendant les ateliers, et un peu de bonne humeur au milieu d’une journée de cours ne peut que faire du bien… Il y a un) peu deux grandes raisons de faire de l’impro : il y a des gens qui vont le faire pour eux-mêmes, dans un sens de travail sur soi (pour travailler sa timidité, apprendre à parler en public, etc.) et puis il y a d’autres gens qui vont plus le faire pour « l’amour de la discipline », pour faire des spectacles, pour le coté social. Finalement, dans mes groupes, il y en a très peu qui ont déjà fait de l’impro, certains ont fait du théâtre et pas forcément, donc soit ils ont lu le descriptif et ont trouvé ça attrayant, soit ils ont vu de l’impro et ça leur a donné envie d’essayer.

R.E.E.L : En parallèle à tes cours dans les AC, quelles sont tes activités ? Tes projets ?

A. M. : Je suis étudiante en master de français et pratique énormément l’improvisation théâtrale. En plus des cours aux AC, je donne des cours en Maison de Quartier, un cours ouvert à tous les âges, de 8 à 99 ans. Je donne des entraînements aux Déchênés, je fais partie d’une équipe amateur qui s’appelle Lamartine, je fais aussi partie d’une troupe d’impro qui s’appelle les Buccodéridants[4], avec lesquels on ne fait pas des matchs[5] d’impro mais des spectacles. Je suis aussi responsable de la ligue Junior au sein du comité général de la FIG[6], ce qui veut dire que j’organise tout le championnat junior (16 matchs par année), ainsi que le Festival International Des Jeunes Improvisateurs[7], qui est un festival avec le Québec, la France, la Belgique, la Suisse et qui a lieu durant trois jours en avril. Mon projet est d’intégrer l’impro dans les cycles et les collèges de Genève ; pour faire découvrir cet art, pour faire renaitre l’amour du théâtre mais sous une autre forme, pour développer la socialisation et l’entraide entre les élèves, mais aussi parce que l’impro est un moyen de se défouler physiquement et psychologiquement et que cela a été prouvé (notamment dans une étude québécoise) que l’impro diminue la violence scolaire. Je pense aussi que l’impro est beaucoup plus dynamique et attrayante pour des ados, pour qui le théâtre est plus barbant. C’est une activité artistique, mais aussi et surtout sociale.

R.E.E.L : Aimerais-tu développer certains nouveaux projets au sein des AC ?

A. M. : J’aimerais développer l’improvisation. Il existe actuellement deux cours d’impro aux AC et deux équipes d’impro en associations indépendantes. J’ai l’espoir que l’impro prenne de l’ampleur, qu’il existe plus tard une ligue universitaire et pourquoi pas même un championnat interuniversitaire comme cela se fait déjà en Belgique par exemple. Je pense que l’impro peut aider beaucoup de gens dans leur vie personnelle, en terme de développement de soi, mais aussi, pour la vie estudiantine, je pense que ce serait un moyen de rencontrer des gens (ce qui me semble difficile actuellement), de faire une activité ensemble qui regroupe les gens. Si ça se développait au point d’avoir plusieurs équipes qui se créaient, avec un championnat, cela pourrait réunir pas mal de gens autour de cette discipline et créer vraiment du lien entre les gens, et proposer des spectacles. Je pense que non seulement ça peut intéresser des gens pour faire de l’impro, mais je pense aussi qu’il y a énormément d’universitaires qui seraient intéressés de voir de l’impro. Ce serait une super ambiance d’avoir des universitaires qui jouent et un public d’un certain nombre de personnes du même âge qui sont là pour voir leurs amis et qui vivent la même chose que ce dont les improvisateurs parlent.

L’impro est un art encore trop méconnu et pourtant si bénéfique pour l’individu comme pour la société. Tout le monde gagnerait à son développement. A Bon Entendeur !

R.E.E.L : Merci Anouck pour toutes ces réponses. J’espère qu’elles contribueront à faire découvrir l’improvisation aux étudiants et aux Genevois et à leur donner envie, si ce n’est de s’y essayer, au moins d’aller en voir !

Anaïs Rouget

[1] Maison de Quartier de la Jonction

[2] Qui a lieu le mardi de 12h15 à 14h

[3] Le jeudi de 12h15 à 14h

[4] Voir leur site : http://www.bucco.ch/

[5] La différence entre un match et un spectacle étant que le match est noté par le public pour définir un gagnant et un perdant.

[6] Fédération d’Improvisation genevoise : http://www.impro-geneve.ch/

[7] Dont la 11ème édition a eu lieu en avril dernier