« Arigato gozaimasu ». – Deux mots aux consonances exotiques qui, à l’autre bout du monde, signifient en toute simplicité « merci beaucoup ».

Un livre pour dire « merci »

Amoureuse des voyages, c’est avec ces deux mots que la genevoise Solange Momo a décidé d’intituler son livre, Arigato gozaimasu 360, paru courant 2015. En 360 pages, entre guide, ouvrage d’art et recueil d’anecdotes, elle propose à ses lecteurs une immersion à travers le Japon, de l’île de Miyajima, à l’Ouest de l’archipel, aux rues trépidantes de Tokyo, à l’Est.

Livre hybride au format à la fois esthétique et inhabituel (360 pages, un papier au grammage impeccable, une couverture cartonnée… et un poids de plus de 2kgs !), Arigato gozaimasu 360 est un ouvrage étonnant, issu d’une belle aventure. « Mes destinations de vacances préférées ont toujours été les grandes villes. Après celles d’Europe et d’Amérique, j’ai atterri pour la première fois à Tokyo en 2005 », explique Solange Momo. Quatre autres voyages suivront, de l’hiver à l’été, des célébrations du Nouvel An aux pique-niques du hanami, où l’on admire la délicatesse éphémère des cerisiers en fleurs… De ces quatre périples, échelonnés entre 2005 et 2013, Solange est revenue en Suisse avec l’envie de dire « merci » – ou « arigato », à celles et ceux qui ont croisé sa route dans l’archipel nippon : serveuses, barmen, passants, autres touristes, rencontres d’un jour ou d’un instant qui l’ont profondément marquée. Dire « merci » à ceux, restés au Japon, avec qui elle a ou non conservé des liens… mais aussi faire découvrir le Pays du Soleil Levant aux lecteurs d’Occident.

Le Japon en trois facettes

Des livres sur le Japon, il y a en pourtant beaucoup : guides de voyage, livres-photos, recueils d’anecdotes… les genres ne manquent pas pour aider les voyageurs en mal d’exotisme à préparer leur périple – réel ou imaginaire. Pourtant, avec Arigato gozaimasu 360, Solange Momo a, dès le début, projeté quelque chose de différent : adepte des aventures, de la photo et des rencontres, elle a voulu réunir dans son projet ces trois pôles souvent séparés – guide, photographies et historiettes amusantes. Le résultat est sans appel : Arigato gozaimasu 360 prend son lecteur par la main, l’entraînant dans les rues et les sentiers nippons, entre grandes villes et nature.

Les amateurs des visites y trouvent ainsi leur compte, grâce aux explications contextuelles, historiques et touristiques adaptées à chaque lieu – Hiroshima, Kobe, Kyoto, Nara, Osaka, Kamakura, Yokohama, Tokyo (et ses multiples quartiers !), pour les plus connus, mais aussi Futaminoura, Kawaguchiko ou Takaosan, aux consonances plus inhabituelles pour une oreille occidentale… De l’Ouest à l’Est de l’archipel, le lecteur suit le parcours de Solange, grâce à un système de cartes.

À côté de ces informations très touristiques, les splendides prises de vue de Solange Momo nourrissent l’imagination des amateurs de photographie, entre image fantasmée d’un Japon idéalisé et réalité moderne souvent délaissée : les jardins de pierres de Kyoto, les délicatesses d’un bonsaï, le lever du soleil sur le Mont Fuji, la couleur chatoyante d’un kimono… mais aussi les files d’attente lors des soldes tokyoïtes, les dessous des marchés aux poissons ou les salles de concert combles de la préfecture de Chiba.

Pourtant, ce sont sans doute les anecdotes de Solange Momo qui font le charme un peu drolatique de Arigato gozaimasu 360… et son originalité ! Brisant le côté un peu froid des informations touristiques ou l’esthétisme très recherché des photographies, les petites historiettes de Solange amènent un vent de fraîcheur dans son périple nippon. Fruits d’une réelle expérience de voyage, elles disent aussi le Japon et ses multiples facettes, explorant à 360° ce pays du bout du monde… pourtant parfois si proche de la Suisse, avec ses montagnes, ses trains et son amour de la nature.

Ainsi, au fil des pages, le lecteur apprend qu’à Hiroshima, il ne faut pas paniquer si on oublie son sac dans un café : « Il sera mis de côté et lorsque vous y retournerez, il vous sera rendu avec la totalité de son contenu et les excuses de la serveuses… Au Japon, rien ne se perd et jamais rien n’est volé. Incroyable ! »[1] Mythe ou réalité ? Est-ce si important quand Solange conclut, avec un brin d’humour : « Mon aventure s’est déroulée au Yesterday Café, avis aux amateurs des Beatles. »[2] ? Le lecteur n’a qu’une envie : y foncer ! Juste pour voir.

Autre découverte étonnante, dans une ruelle étroite du district de Shimogyo-ku, à Kyoto : « Ne croyez pas que Kyoto n’est qu’une ville musée ! Une multitude de ruelles et de passages font aussi le charme de cette ville. N’hésitez pas à vous y aventurer ! Qui aurait pensé que l’étroit couloir, près de la gare de Kyoto, abritait une douzaine de bars ? Le nombre de clients a beau y être très limité (entre 4 et 8 par établissement), coulisser la porte d’un de ces bars reste le meilleur moyen pour rencontrer des Japonais. Ils s’empresseront de vous expliquer comment fonctionnent leur karaoké et leur loterie, grâce à laquelle vous pourrez gagner des bouteilles de saké… qui vous pousseront à chantonner à votre tour ! »[3]


Sous la peinture idéale d’un Japon rêvé (les cérémonies du thé et autres kimonos), Solange laisse percer dans son humour son décalage d’Occidentale, face à des situations inattendues pour elle : ainsi, elle n’hésite pas à avouer son désarroi dans un temple du Mont Koya (ou Koyasan, au sud d’Osaka, lieu aux nombreux temples bouddhistes, classé par l’UNESCO au Patrimoine mondial de l’humanité, en 2004), où se réunissent touristes et pèlerins : « L’expérience de la prière matinale à Koyasan m’a gentiment rappelé à quel point rester assise en tailleur pendant 50 minutes était difficile… »[4].

Magnifique et fortement symbolique, l’ascension du Mont Fuji a également marqué Solange. Elle se fait de nuit et à la lampe frontale, pour éviter la chaleur, et uniquement entre juillet et août, période où le volcan n’est pas enneigé : « Durée annoncée pour la montée : 4 heures 45. Durée annoncée pour la descente : 2 heures. Halte à la huitième station (3’350 mètres) pour trois heures de repos dans une hutte-dortoir. Arrivée au sommet à la queue leu-leu pour passer sous l’ultime porte. Il est 4 heures du matin, il ne manque plus que le soleil. 4h35, les premiers rayons font leur apparition. SPLENDIDE ! »[5] – Pourtant, en aparté, Solange avoue : « C’était très beau, mais il y a un dicton qui dit : Le sage n’y monte qu’une fois. L’imbécile y monte deux fois. Et bien, j’ai compris pourquoi ! »[6]

Autoéditer et partager

Plus qu’un guide, un beau livre ou un recueil d’anecdotes, Arigato gozaimasu 360 est un ouvrage qui fait voyager, à travers un pays fascinant, beaucoup traité en littérature mais encore bien mystérieux… Entre conseils, photographies et expériences, Solange Momo emmène avec elle le lecteur, pour une approche amusante et colorée du Japon qui l’a marquée.

Produit en autoédition car jugé trop cher pour les éditeurs (en raison du nombre de pages et de la finition soignée, sans compromis possible, que souhaitait Solange), Arigato gozaimasu 360 n’en est pas moins un ouvrage de grande qualité, proposé en édition trilingue : français, anglais et japonais[7]. Pour effectuer la traduction, Solange s’est adjoint l’aide d’une étudiante japonaise de l’Université de Genève. « Elle était très enthousiaste et m’a même dit que je lui avais appris des choses sur son propre pays ! »[8], s’étonne en riant Solange.

Amoureux du Japon, adeptes des voyages, amateurs de photographie ou curieux d’anecdotes, Arigato gozaimasu 360 est un ouvrage qui mérite d’être lu, admiré… et parcouru, comme un périple à travers le Pays du Soleil levant !

Magali Bossi

 

Solange Momo, Arigato gozaimasu 360°, Genève, autoédité, 2015.

360 pages, 309 photographies

Livre trilingue : français, anglais, japonais

Prix : 69CHF

Ouvrage disponible dans toutes les librairies de Suisse Romande et, pour les impatients ou les curieux, sur : www.arigatogozaimasu.com

Lien Facebook : https://www.facebook.com/arigatogozaimasubook/

[1] Extrait de Arigato gozaimasu 360, p. 11.

[2] Id.

[3] Ibid., p. 42.

[4] Ibid., p. 69.

[5] Ibid., p. 90.

[6] Extrait de l’entretien que Solange Momo a accordé à R.E.E.L.

[7] Pour Solange, la version en japonais est très importante… car elle compte bien offrir son livre à celles et ceux qui, restés au Japon, ont nourri son expérience et son écriture !

[8] Extrait de l’entretien que Solange Momo a accordé à R.E.E.L.