« Écrire » : un mot d’ordre pour l’UNIGE, qui plus est en Lettres. Écrire, oui, mais écrire quoi ? – Dans le cadre d’un partenariat conclu l’an passé avec l’Atelier d’écriture (BA7) du Département de langue et littérature françaises modernes, R.E.E.L. vous propose une immersion régulière dans l’écriture créative… créée, produite et façonnée dans le cadre de l’Atelier animé par Guy Poitry.

Des pastiches aux transpositions génériques, des thèmes libres aux comptes rendus de lecture, en passant par des exercices plus légers, venez découvrir des plumes en tous genres, au talent diablement prometteur. – Comme quoi, « université » rime aussi avec « créativité » !…

Aujourd’hui, le texte de Clarissa Yang reprend le genre du pastiche, en l’occurrence celui du style de Balzac. Comme le début de la nouvelle Z. Marcas de Balzac, il s’inscrit aussi dans le genre du portrait d’un personnage, à partir de la glose de son nom. Le personnage ici présenté est la future Mme Swann de La Recherche du temps perdu.

Odette de Crécy

Je n’ai jamais connu de créature aussi intrigante que celle-ci, dont le caractère et l’apparence extérieure demeurèrent insaisissables ; l’étude de sa personnalité suscitait d’abord la fascination et par la suite une émotion déchirante. Il existait chez elle un parallèle certain entre son nom de scène, sous lequel elle se présentait toujours, et son destin unique. Ce nom, si minutieusement construit, révélait toute la tension qui divisait cette femme.

Odette de Crécy ! Qu’y a-t-il de plus fascinant qu’un nom de scène ? Au lieu de servir de masque à l’individu, il pénètre au plus profond de ses désirs pour en devenir le miroir. A la place de l’échappatoire espérée, toutes les déceptions y sont déjà préfigurées. Examinez le délicieux mélange d’un surnom populaire et d’une forme aristocratique : cette composition n’est-elle pas étonnante de par sa symétrie syllabique ? Ne pensez-vous pas qu’elle appartient à ces noms qui demandent à être répétés, sans jamais pouvoir être percés à jour ? Le son délicat semble artificiellement harmonieux et correspond à une figure dramatique, écartelée entre la vie et le rêve.

Odette ! Cette appellation ne vous rappelle-t-elle pas le cygne sur lequel Petipa a réalisé une de ses plus célèbres chorégraphies ? N’appelle-t-elle pas par là une existence romanesque ? Ce prénom semble figurer une éternelle actrice, prisonnière de son propre rôle, tournant dans le cycle de sa vie sans pouvoir se libérer. Observez maintenant le nom : de Crécy ! Toute une histoire est peinte en quelques lettres. Un nom qui appelle une origine, mais qui n’est qu’une noblesse façonnée de toutes pièces. La réalité de cette cocotte n’était qu’une fiction, un ballet éphémère. Crécy ! Une des batailles les plus sanglantes de l’Histoire de France. Tout le déchirement qui composait cet être se lit ici. Crécy ! N’entendez-vous pas la créatrice qui se désespérait de son propre artifice ?

Clarissa Yang