« Écrire » : un mot d’ordre pour l’UNIGE, qui plus est en Lettres. Écrire, oui, mais écrire quoi ? – Dans le cadre d’un partenariat conclu l’an passé avec l’Atelier d’écriture (BA7) du Département de langue et littérature françaises modernes, R.E.E.L. vous propose une immersion régulière dans l’écriture créative… créée, produite et façonnée dans le cadre de l’Atelier animé par Guy Poitry.

Des pastiches aux transpositions génériques, des thèmes libres aux comptes rendus de lecture, en passant par des exercices plus légers, venez découvrir des plumes en tous genres, au talent diablement prometteur. – Comme quoi, « université » rime aussi avec « créativité » !…

Un grand merci à Noémie Zwicky qui pour ses listes souvent bien cocasses !

 

[Pastiche de Sei Shônagon, Le Livre de chevet, « Choses détestables ».]

 

Un ami qui vous parle alors que vous regardez un film au cinéma, vous empêchant de vous concentrer sur un dialogue. Ne voulant pas lui dire : « chut », vous tentez de l’écouter d’une oreille et le film de l’autre, mais vous manquez tout de même une information cruciale. Cela est détestable.

En voulant attacher un bracelet à son poignet, on tente désespérément de faire se rejoindre les deux extrémités, mais l’une tombe toujours de l’autre côté.

Au moment où l’on veut descendre d’un bus, des personnes cherchent à monter précipitamment sans laisser la place à celles qui descendent. Dépourvues de logique, elles s’indignent ensuite qu’il faille les bousculer pour sortir. Qui n’a jamais vu pareille stupidité ?

On est en retard, et on part en vitesse de chez soi. Au moment où l’on atteint le rez-de-chaussée, on s’aperçoit qu’on a oublié quelque chose ; il faut remonter. C’est très détestable.

Un ordinateur qui beugue au moment où l’on veut enregistrer un document très important.

Des mites alimentaires qui envahissent la cuisine.

Un chien que vous caressez et qui vous lèche la joue, laissant une odeur nauséabonde sur la peau. Cela n’est pas de sa faute, mais c’est dégoûtant.

Un passant qui, dans la rue, jette ses déchets par terre. On pourrait croire que de telles manières se rencontrent seulement chez des jeunes gens mal éduqués. Pourtant, j’ai connu certaines personnes apparemment très convenables qui le font sans remords, et je trouve que c’est répugnant.

Quelqu’un qui, alors que vous devez vous rendre ensemble quelque part, met beaucoup de temps à préparer ses affaires. Il faut l’attendre patiemment, et il vous met en retard.

On va se coucher, et on s’apprête à s’endormir. Mais voilà qu’une envie pressante se fait sentir, et il faut se relever.

Quelqu’un qui arrive en retard au théâtre ou à l’opéra, se voyant refuser l’entrée, se met en colère, commence à crier et à gesticuler pour qu’on le laisse passer. Ce genre de personnes s’offusque souvent si on ne leur accorde pas certains privilèges. Sans doute se croient-elles au-dessus de tout le monde en raison de leur statut social ou financier. De même, il est fort détestable de voir un homme d’une certaine importance crier au scandale car on ne l’a pas fait passer avant tout le monde ou parce qu’on n’a pas reconnu qui il était. Souvent, les gens de cette sorte s’énervent facilement, haussent le ton et sont très malpolis.

Faire preuve de mauvaise foi dans un débat, parler pour ne rien dire ou pour briller, se croire cultivé et faire la leçon à ceux qui n’ont rien demandé, se vexer face à la critique, ou prendre les choses trop personnellement, vouloir toujours avoir raison, trop se préoccuper de ce que les autres pensent ; tout cela est très détestable.

Un homme avec lequel on est en relation qui se montre excessivement jaloux. Il s’emporte dès que vous adressez la parole à un autre homme, et refuse de vous laisser sortir sans lui. Cependant il arrive que ce ne soit pas déplaisant.

Les femmes qui portent des manteaux de fourrure.

Un homme, se trouvant assis à vos côtés dans un endroit sans échappatoire, comme un avion ou une salle de classe, qui fait des bruits incessants avec sa bouche, comme s’il mâchouillait dans le vide : « mje-mje ». Il ne s’en rend sans doute pas compte. Mais qui oserait lui demander de cesser ? Il faut donc supporter ce bruit mouillé, et cela est très détestable.

Celui qui double dans une file d’attente.

Un homme qui, tout seul dans une voiture, décide de se curer le nez au moment où il attend au feu rouge. Quel genre d’homme cela peut-il être ? Je ne sais ; mais même s’il n’est pas éduqué, il aurait dû attendre d’être hors de vue. Hélas ! on ne peut s’empêcher de l’apercevoir à travers la vitre, tandis qu’il ne se doute de rien.

Quelqu’un dont on ne verra jamais de sourire sur le visage, et qui ne daigne dire bonjour.

Un coiffeur qui vous coupe les cheveux bien trop court. Il est absolument haïssable.

Un conducteur, devant vous à un feu rouge, met trop de temps à démarrer. Il conduit ensuite très lentement, mais ne vous laisse pas dépasser. Comme il avance à un rythme si lent, il laisse trop de distance devant lui et vous fait manquer le feu vert. Enfin, comble de la mauvaise conduite, il ne met pas son clignotant au moment de tourner sur une route secondaire, et manque de vous faire rentrer dans son parechoc arrière.

Ou encore : un conducteur inconscient dépasse à toute allure sur une route à double sens. Alors qu’il arrive sur une route à double voie, il zigzague entre les voitures en toute absence de considération, oubliant lui aussi l’existence du clignotant. Un individu de ce genre n’oublie en revanche pas son klaxon, qu’il fait retentir à la moindre occasion.

Un conducteur doit avoir, dans ces circonstances, une conduite civilisée. Je l’imagine : il conduit cinq kilomètres au-dessus de la vitesse maximale autorisée. Lorsque le trafic se densifie, il ralentit. Il prend son temps, sans pour autant ralentir les autres. Il garde suffisamment de distance avec la voiture devant lui, mais pas trop. Soudainement une voiture lui fait une queue de poisson, mais il est tolérant et ne s’énerve pas. Ainsi, il rattrape l’erreur d’un autre et n’en commet pas.

Qu’il est détestable, celui qui s’emporte au volant de sa voiture, vocifère des injures, coupe la route à tout le monde et colle celui de devant de beaucoup trop près !

Un réveil qui ne sonne pas est extrêmement détestable.

Noémie Zwicky