« Écrire » : un mot d’ordre pour l’UNIGE, qui plus est en Lettres. Écrire, oui, mais écrire quoi ? – Dans le cadre d’un partenariat conclu avec l’Atelier d’écriture (BA7) du Département de langue et littérature françaises modernes, R.E.E.L. vous propose une immersion régulière dans l’écriture créative… façonnée dans le cadre de l’Atelier animé par Guy Poitry. Comme quoi, « université » rime aussi avec « créativité » !

Nous vous proposons aujourd’hui une seconde dissertation (évidemment parodique !), en réponse à la question : « Pourquoi la Providence intima aux larmes d’avoir le goût salé plutôt que tout autre goût ? » Cette interrogation capitale trouve ses racines dans « Larmes » de Alphonse Allais (in Deux et deux font cinq).

Sylvain Leutwyler clot cette thématique. Bravo à lui !

            Le questionnement de Balthazar[1] et l’ardeur qu’il a mise dans ses recherches nous obligent à la solidarité, de sorte que nous aussi nous allons nous demander pourquoi les larmes sont salées.

            Tout d’abord, dès lors que nous abandonnons la position superficielle qui veut que les larmes soient salées parce qu’elles contiennent une forte proportion de chlorures alcalins, nous ne saurions plus nous exprimer par un pronom collectif, fût-il de majesté. Mettre de côté la réponse scientifique, c’est en effet sortir de la rationalité, qui peut être considérée comme commune et partagée, pour accorder une intention au caractère salé des larmes et partant, la possibilité d’un sacré qui en découle. Replacer la question sur un plan spirituel revient dès lors à l’aborder de manière éminemment subjective et à interroger le pour quoi plus que le pourquoi. Je suis ici heureux que la dissertation, exercice auquel je m’adonne, soit de nature écrite, sans quoi cette différence essentielle entre les deux termes amenée par le blanc nouveau qui coule et forme une locution à deux mots ne pourrait pas être perçue par le destinataire de mon argumentation. Ceci étant dit, il m’attriste d’autant plus d’avoir dû abandonner le nous conventionnel pour le je convenu. Nous y reviendrons cependant ensuite. En définitive, je m’exprime donc par conséquent en je afin d’analyser subjectivement avec cohérence la finalité du goût salé des gouttes lacrymales.

            Ensuite, s’il est bien vrai que se demander pour quoi les larmes sont salées c’est interroger pour quoi elles ont un goût salé, il apparaît alors que cette question ne viendrait pas si facilement à l’esprit des hommes et ne serait donc pas un sujet dissertatif de premier choix – étant entendu qu’un questionnement doit être partagé pour être dissertable, et ce minimalement par le rédacteur de l’énoncé et son dissertateur soumis – cette question ne viendrait pas si facilement à l’esprit des hommes disais-je d’abord, ou plutôt ensuite, si l’anatomie humaine n’était pas telle que les yeux sont placés au-dessus de la bouche et si la gravité était inexistante ou significativement autre.  Ainsi, je reformule dès lors par conséquent notre questionnement en interrogeant le pour quoi ou plutôt le pourquoi de l’anatomie humaine et de la gravité.

            En conclusion, nous vous demandons pourquoi la Providence intima aux yeux producteurs de larmes de se placer au-dessus de la bouche et à la gravité d’exister de telle manière que la bouche puisse faire l’expérience salée des pleurs.

Sylvain Leutwyler

[1] Ndlr : celui qui, chez Allais, s’interroge sur la saveur des larmes.