« Écrire » : un mot d’ordre pour l’UNIGE, qui plus est en Lettres. Écrire, oui, mais écrire quoi ? – Dans le cadre d’un partenariat conclu avec l’Atelier d’écriture (BA7) du Département de langue et littérature françaises modernes (animé par Guy Poitry), R.E.E.L. vous propose une immersion régulière dans l’écriture créative… Comme quoi, « université » rime aussi avec « créativité » !

Aujourd’hui, Garance Sallin vous propose une vie de saint un peu particulière… entre hagiographie et scène de crime. Merci à elle !

Saint Sébastien

Individu de sexe masculin. La vingtaine. Corpulence mince. Cheveux châtains. Yeux : indéterminé. Un coup porté à la tête – non létal.

Une corde maintient étroitement ses mains contre les espaliers. Ses pieds sont liés. Pour tout vêtement, il ne lui reste qu’un boxer taché de sang.

Dix, vingt, trente flèches ont traversé sa chair. Trois ont manifestement atteint le cœur ; les autres se partagent le haut et le bas, les bras et les jambes, l’aine, le torse, l’orbite, le sternum, le bas-ventre. Des dizaines de ruisseaux écarlates strient son corps. Quelques gouttes ont séché sur le sol lisse du gymnase.

Et, posée à ses pieds, au cas où quelques néophytes n’auraient pas saisi la référence, une carte postale du Louvre où figurent Saint Sébastien, ses yeux au ciel et ses neuf petites flèches élégamment plantées.

En vingt ans de carrière, il avait eu l’occasion de croiser quelques horreurs. Cependant, le plus souvent, l’épouvante résidait dans le motif du crime, le contexte général, et bien moins dans la forme. Une strangulation, un coup de feu qui s’échappe, une défenestration ; tout cela ne produisait certes pas de beaux cadavres. Mais jamais rien de ce qu’il avait pu voir jusqu’à ce jour n’égalait la mise en scène macabre qu’il avait sous les yeux.

Qu’y avait-il à dire ?

L’acharnement, la haine. À côté de cela, le martyre du Sébastien miniature qui gisait sous la victime avait l’air d’une séance d’acupuncture. Compte tenu du symbole choisi et de la violence de l’acte, il s’agissait sûrement d’un crime homophobe.

De la méthode. On l’avait assommé pour mieux pouvoir l’attacher et s’en servir comme cible. Et, hélas, du talent. On recherchait donc un archer. Ce salaud serait facile à retrouver : un nombre limité de personnes avait libre accès à la salle et au matériel de tir.

Photos et notes prises, premières hypothèses émises, on commença à retirer les flèches. Pauvre petit gars, songea-t-il. Où étaient ses vêtements ? L’autre connard avait dû les embarquer.

La lumière crue faisait luire son corps pâle. Perforé, défiguré, outragé, voilà comment avait fini ce jeune homme. Il ne pouvait détacher son regard de lui : il y avait ce mystère autour de sa personne, cette singularité dans le meurtre, ce sentiment d’injustice qu’il avait appris à refouler au fil des années. Une chose était certaine : il n’était pas près de devenir croyant.

Garance Sallin

Photo: ©Magali Bossi