Tasse de café. C’est le titre choisi par le collectif Miel de Luciole pour sa pièce, jouée à l’Almacén du 28 avril au 1er mai : deux langues qui s’entremêlent, des histoires de vie, un message de tolérance…

Tasse de café, c’est un projet né de l’idée de quelques étudiants, à l’origine du collectif Miel de Luciole, que nous vous présentions dans notre dernière version papier. Cette fois ça y est, depuis vendredi 28 avril, leur spectacle est joué sur les planches de l’Almacén. Tasse de café, ce sont les histoires de réfugiés syriens, leur périple avant d’arriver en Suisse, leurs rencontres avec la population, les péripéties qu’ils ont dû endurer avant d’obtenir le statut de réfugié, l’apprentissage de la langue… Tasse de café, c’est une pièce qui mélange arabe et français, sans jamais perdre le spectateur. Tasse de café, c’est enfin un message de tolérance, d’humanité, un propos nécessaire en ces temps difficiles…

La barrière de la langue abolie

L’un des points forts de cette pièce est de parvenir à mêler arabe et français, sans jamais perdre le spectateur. Ainsi, grâce à une construction magistrale du texte, certains propos sont repris, pour permettre à chacun de comprendre ce qui est raconté. Au-delà de l’aspect purement pratique de la compréhension, cette pièce permet d’appréhender la mélodie d’une langue qui n’est pas la sienne. Sans toujours faire attention aux propos tenus par les comédiens, on écoute, on est pris dans la musicalité des paroles et des voix. Quelque chose nous parvient. On ne saurait toujours dire quoi. Sans s’attarder sur le sens des mots, c’est une émotion qui envahit le spectateur, tant les comédiens sont expressifs. Par leurs gestes, par leurs regards, ils font comprendre une foule de choses à leur interlocuteur. La barrière de la langue n’existe plus. La différence n’existe plus. C’est la beauté de cette Tasse de café, autour de laquelle tout le monde se réunit.

Des histoires humaines

Tour à tour, on écoute le parcours d’un réfugié, ses moments difficiles sur le bateau, où il a été face à la mort, littéralement, on assiste aux démarches administratives d’un autre réfugié, qui ne parlait pas un mot de français à son arrivée. On entend l’histoire d’une jeune Africaine, qui se crée son chez elle en travaillant dans le café. On voit surtout les échanges entre tous ces humains qui se rassemblent, qu’ils soient Suisses ou Syriens, Blancs ou Noirs, hommes ou femmes. Toutes les différences disparaissent, pour ne laisser apparaître que des humains, avec leur histoire, leur parcours de vie.

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Des rapports toujours doux

Cette critique ne serait pas complète sans évoquer la musique, qui fait le lien entre tous ces personnages. Les histoires sont accompagnées par quatre musiciens : Noé Forissier au piano, Paul Castellano à la basse, Pauline Mettan au violoncelle et Baptiste Paracchini aux percussions, lui qui joue également ce Suisse, fiancé à une réfugiée syrienne et qui s’habille « avec l’habit traditionnel syrien » pour plaire à son futur beau-frère. Toute la maladresse de celui qui accueille est bien résumée dans son personnage. Lui qui croit bien faire en apprenant quelques phrases en arabe, mais qui fait tout à l’envers. Mais Obadah, le tenancier du café, ne lui en veut pas. Il en rit. Et, jusqu’au magnifique monologue final de Baptiste, la bonne humeur et les tentatives de rapprochement seront de mise, d’un côté comme de l’autre. Pour preuve, l’ouverture et la clôture de la pièce : dans la scène inaugurale, un francophone ne parvient pas à comprendre un arabophone qui lui dit simplement qu’il fait beau. À la fin, ils échangent les langues : le francophone parle arabe, l’arabophone lui répond en français. Sans parler la même langue, ils se comprennent.

Tasse de café, c’est avant tout un message de tolérance : tolérance envers les réfugiés, qui n’ont pas choisi de quitter leur pays et ont enduré un parcours difficile, inimaginable, avant d’arriver en Suisse ; tolérance de leur part aussi, envers ces Suisses qui les accueillent, parfois avec maladresse… Tasse de café permet la rencontre « hors de l’espace et du temps »[1], peu importe la langue. Tasse de café est enfin un message d’humanité, qui nous rappelle que, malgré nos différences, la rencontre avec l’Autre est fondamentale et que « [l’] homme qui s’approche nous ressemble de plus en plus, jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’il n’est autre que nous-même »[2]

Fabien Imhof

Infos pratiques :

Tasse de café – فنجان قهوة (Finjān qahwa), par le collectif Miel de Luciole, du 28 avril au 1er mai 2017 à l’Almacén.

Écriture et traduction : Paul Castellano, Rami Aleid, Youssef Gowrieh, Pauline Mettan, Christelle Sanvee

Mise en scène : Françoise Gautier

Avec Rami Aleid, Jules Bovard, Baptiste Paracchini, Deeah et Obadah Alsayed, Fadi Whbe, Pauline Mettan, Yasmine Tounsi, Christelle Sanvee et Youssef Gowrieh

https://www.facebook.com/Collectif-Miel-de-Luciole-1455484334464128/?fref=ts

Photos : © Lea Mahassen

[1] فنجان قهوة (Finjān Qahwa) – Tasse de café, extrait du dossier de présentation.

[2] Ibid.