Biennale du Genre

novembre 16, 2016 / by / 0 Comment

Longtemps forcées à rester silencieuses, les femmes d’aujourd’hui parlent de plus en plus des violences qu’elles subissent quotidiennement. Et à Genève aussi.

Du 17 au 26 novembre, Genève accueille la Biennale du Genre, un événement destiné à faire parler, réagir et prévenir les violences sexuelles et sexistes. Vous penserez peut-être qu’il s’agit d’une énième conférence pompeuse et qui ne vise que des experts ? Vous ne pouvez pas plus vous tromper. La Biennale du Genre veut non seulement faire parler du sujet important et urgent des violences faites aux femmes, mais vise aussi à toucher un large public. En effet, c’est en alliant le culturel à l’académique et à l’institutionnel ; les performances artistiques à la crue réalité ; et le pratique au théorique que ce festival trouve son originalité et sa force. Pendant dix jours, conférences, ateliers, performances et discussions autour du thème des violences de genre vont vous faire prendre conscience et réfléchir sur cette question et peut-être même vous offrir de nouvelles formes de rapports humains ?

La Biennale du Genre est non seulement née d’un partenariat entre le Bureau de l’égalité et de la prévention des violences domestiques, le Service égalité de l’Université de Genève, la Commission égalité de l’enseignement secondaire II et le Théâtre du Grütli suite à la Quinzaine de l’égalité en 2014, mais aussi, et surtout, du constat qu’il y avait une urgence à traiter. L’organisation de l’évènement s’est ensuite faite dans l’idée de joindre les forces artistiques, universitaires et institutionnelles pour s’attaquer à un sujet de société et ainsi nous pousser à une réflexion sur la façon dont on souhaite vivre ensemble, nous dit Rachel Lam, fondatrice de l’événement. Par conséquence, la Biennale du Genre n’est pas uniquement un festival artistique mais prend aussi une dimension formatrice et révélatrice. La diverse programmation montre bien que les violences sexistes et sexuelles ne sont pas uniquement un sujet de conversation féministes, mais plutôt un problème de société qui vise tout le monde et qu’il est nécessaire d’en parler.

La Biennale du Genre s’ouvrira demain avec une conférence universitaire de Brigitte Grésy, secrétaire générale du Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, intitulée « Le sexisme, du déni à la mise en visibilité ». L’accent est mis, dès le début, sur l’importance de rendre visible le phénomène et c’est en effet ce que le reste des intervenants va tenter de faire à travers différents médiums tout aussi captivant les uns que les autres. Plusieurs ateliers destinés à des publics différents seront également organisés : reconnaître et réagir au sexisme dans le monde du travail, dans le monde académique, ou encore une prévention pour les élèves du secondaire I âgés de 12 à 15 ans. La dimension formatrice est mise en avant avec une formation continue pour les enseignants et le personnel encadrant des élèves en particulier, le 25 novembre, visant à donner les outils pour lutter contre les harcèlements en tout genre.

Quant aux performances, elles permettront aux artistes de se réapproprier les thèmes liés aux tensions de genre. Latifa Djerbi et Boubakar Samb présenteront Eros et Pathos le samedi 19 et toucheront au thème de la violence conjugale. Le 22, Marie-Paule Ramo s’invitera au Grütli pour la lecture de Les Crocodiles des bords du Nil, un texte qui parle du viol et des traces qu’il laisse. La lecture sera suivie par une discussion sur la façon d’écrire et de mettre en scènes les violences sexuelles. Depuis L’aube (Ode au Clitoris) et Tabou sont les autres pièces à ne pas manquer. La première s’attarde surtout sur les violences faites au corps de la femme et la deuxième nous présente cinq viols et les étapes par lesquelles les victimes passent suite à l’acte – interrogatoires, polices, médecins et doutes sur leur responsabilité.

Il a toujours été important pour la Biennale du Genre d’inclure les artistes dans la réflexion sur les violences de genre car ceux-ci parviennent, en l’espace d’une scène et un moment limité, à offrir une alternative aux rapports sociaux qu’une conférence ne pourra peut-être pas faire. En effet, ce genre de manifestation montre bel et bien qu’il y a un problème sociétal à résoudre. Néanmoins, il est toujours difficile de trouver des solutions. Pour Rachel Lam, les artistes peuvent réellement expérimenter et proposer à la société une manière différente de fonctionner. « La grande force des artistes c’est qu’ils ont une scène vivante. Ils doivent chaque soir réinventer le rapport au public et la scène vivante est vraiment un lieu où tu peux expérimenter de nouvelles formes de relations […] L’artiste est force de propositions. Il ne se contente pas de dénoncer, mais essaye des nouvelles formes de rapports humains. » nous dit-elle.

Finalement, malgré le thème révoltant des violences sexuelles et sexistes, la Biennale du Genre tente de nous donner les moyens de ne pas perdre espoir. Il n’est alors pas seulement question d’informer le grand public de cette problématique mais de l’inciter à réfléchir à une solution. Et pour ma part, je ne peux que vous conseiller d’y faire un tour.

Catherine Rohrbach

Photo : Marion Wyss


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