Revenons sur un des événements les plus populaires en France durant lequel se mélangent concours agricoles, dégustations et expositions. De nombreux visiteurs sont attirés chaque année et c’est également l’occasion pour les politiques français de venir rencontrer les agriculteurs. Pourtant, en France, chaque année les conditions de vie et de travail de ces derniers se détériorent.

Après avoir travaillé en tant que bénévole dans une exploitation agricole pendant trois mois, je suis particulièrement touchée par le monde de la campagne et par les gens qui y vivent. Durant cette expérience, j’ai pris conscience de ce qui se passait hors des villes et à quel point cette vie pouvait être parfois compliquée malgré le fameux dicton : « Le bonheur est dans le pré. »

Être agriculteur n’est pas un métier facile. Même si leur production est nécessaire au pays, leur profession est menacée. Chaque année on peut voir des agriculteurs français en colère qui manifestent devant les hauts représentants du pays, sans que rien ne bouge. Le nombre d’exploitations agricoles françaises ne cesse de diminuer. En 2000, on en trouvait 386 000 contre 300 000 aujourd’hui [1]. Quelles sont alors les menaces qui planent sur les producteurs français et contre quoi manifestent-ils ?

Tout d’abord, on trouve les accords de libres échanges. Plusieurs sont en cours de signature ou de négociation en ce moment même. Ces accords favorisent l’importation de produits issus de l’agriculture industrielle étrangère. Par exemple, le projet de libre-échange entre l’UE et les pays du Mercosur (Amérique du Sud) permettrait l’importation de 70 000 tonnes de viandes produites de manière industrielle[2], faisant concurrence aux producteurs français, sans compter l’impact écologique et les critères sanitaires moins exigeants. Plus concrètement, l’Allemagne grâce à un mode de production intensif a déjà envahi les rayons viandes des supermarchés de l’UE proposant des produits à des prix imbattables.

De plus en plus, les agriculteurs sont boycottés. Ils subissent également les pressions écologiques et éthiques de la population sans soutien de leur état. Leurs produits sont boudés par les consommateurs, alors que les prix sont plus bas que le coût réel de production. C’est en particulier le cas de la production laitière. Les restrictions de plus en plus sévères ne leur permettent pas de faire face aux concurrences venues d’outre-Atlantique ou de pays qui limitent moins leur production industrielle.

Tous ces éléments poussent les agriculteurs à se révolter ou pire. En France, selon une étude de 2013 effectuée par l’Institut de veille sanitaire, le suicide est la troisième cause de mortalité chez les agriculteurs, après le cancer et les maladies cardiovasculaires. Sur trois ans d’étude (2007, 2008 et 2009), l’Institut de veille sanitaire a enregistré autour de 500 suicides d’agriculteurs français[3]. Mais alors pourquoi autant de passivité de la part des politiques et des concitoyens face à cette crise ?

Chaque année c’est environ 700 000 visiteurs qui visitent le Salon international de l’agriculture de Paris Expo[4]. C’est l’occasion pour tous ces gens de rencontrer les producteurs et découvrir la vérité des campagnes françaises. C’est aussi l’opportunités pour les politiques de discuter directement de ces problèmes avec les principaux concernés. Pourtant, quelques sifflements et un bref échange tendu plus tard, Emmanuel Macron continue sa petite ronde mondaine.

Si ces chiffres sont la réalité de l’Hexagone, je ne pense pas que la situation de la Suisse en soit bien éloignée. Un petit pays se fait facilement absorber par les productions industrielles de puissance comme l’Allemagne. Lecteurs, si la cause vous concerne (ce qui, à mon avis, devrait être le cas de tout le monde puisque nous sommes tous des consommateurs), je vous invite à aller rencontrer les producteurs du coin et les associations qui les soutiennent. En tant que consommateurs, nous avons la possibilité de changer les choses et d’améliorer la vie des personnes qui nous nourrissent.

Joana Innocenti

Sources :

[1] WERLY, Richard, « La France agricole en faillite », le Temps, 16 février 2016 : https://www.letemps.ch/monde/france-agricole-faillite

[2] ATS, « Emmanuel Macron face aux inquiétudes des agriculteurs », le Temps, 24 février 2018 : https://www.letemps.ch/monde/france-agricole-faillite

[3] LeMonde.fr avec AFP, « Un suicide tous les deux jours chez les agriculteurs », le Monde, 10 octobre 2013 : https://www.lemonde.fr/societe/article/2013/10/10/500-suicides-recenses-chez-les-les-agriculteurs-en-3-ans_3493464_3224.html

[4] site internet du Salon international de l’agriculture : https://www.salon-agriculture.com/

Pour en savoir plus :

Sur la situation en Suisse : Emission Toutes Taxes Comprises de la RTS, « Le coût de l’agriculture », 19 septembre 2016 : https://www.rts.ch/play/tv/toutes-taxes-comprises/video/le-cout-de-lagriculture?id=8028369&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

Sur les problèmes liés à l’agriculture intensive avec l’exemple de l’élevage de porcs en Allemagne : Mr.Mondialisation, ‘’ « Le vrai prix de la viande pas chère » : un reportage édifiant sur le porc allemand ‘’ , 12 septembre 2017 : https://mrmondialisation.org/le-vrai-cout-de-la-viande-pas-chere/

Crédit photo :

© Ladepeche.fr

© Salon de l’agriculture 2018

[1] « La France agricole en faillite », le Temps, 2016

[2] « Macron face aux inquiétudes des agriculteurs », le Temps, 2018

[3]  « Un suicide tous les deux jours chez les agriculteurs », le Monde, 2013.

[4] Site internet du salon de l’Agriculture