Le Capitaine, bienvenue sur mon bateau, hardi matelots, hissez-haut !!!

Le 3 mai 2014  Capitaine ETC. présentera sa toute nouvelle galette musicale, L’appel du Large. L’album invite à l’évasion au bord de la frégate de ce groupe spécialisé dans la variété française. R.E.E.L. est allée à la rencontre de Guillaume Pidancet, chanteur principal et Capitaine… Etc. Suite de l’interview dont la première partie est dans le numéro 8 de votre revue, version papier.

TRAVAIL : exactement comme sur un bateau !

Sur le plan de l’écriture, un texte sur deux est de moi et l’autre d’Antoine Rosselet-Christ. Certaines fois, je prends des textes de Baudelaire, de Prévert ou de Rostand.  Antoine, c’est un peu le censeur de la langue et du rythme de nos chansons et heureusement qu’il est là pour tout contrôler, ce qui me laisse libre de faire autre chose. Il est plus pointu en ce qui concerne la poétique du texte.

Sur le plan de la composition et de la mise en musique, je compose peut-être la plupart des morceaux, mais je n’ai jamais fait de solfège de manière approfondie. La musique écrite est un véritable casse-tête pour moi. Je fonctionne plus à l’instinct, au feeling, ce qui se transforme souvent en vaste manège lors des répétitions (Rires !) ; pour mes musiciens, plus calés que moi techniquement, le défi pour eux est de reconnaître une mélodie qui me vient dans la tête et que je leur mime.

La raison en est que j’ai commencé la musique avec un prof de guitare malgache, Philippe Buton, pour qui la musique se chantait, se ressentait, se vivait. Pour lui, on l’écrit seulement pour ne pas l’oublier afin de ne pas avoir à s’encombrer l’espace mental. Ainsi, après qu’il m’ait appris mon premier morceau et après que je l’ai maîtrisé, il m’a donné pour exercice de le modifier à ma manière ; ce qui est plutôt rare pour un prof de guitare, ce qui était plutôt un cadeau pour moi.

Mon absence de compétence en solfège me permet de lâcher la bride à mes musiciens, de leur demander de se servir de leurs connaissances musicales hyper pointues pour en faire quelque chose d’autre. Je raconte une histoire en le « disant », mais ils ont souvent une histoire légèrement différente au travers de leurs instruments.  S’ils racontent leur propre histoire, cela nous permet à tous d’y être impliqués. J’ai la chance d’avoir des musiciens qui sont d’accord de comprendre mon langage, qui se l’approprient et l’aiment. Quelques fois, tout comme le capitaine qui contrôle son équipage, j’agis avec ma troupe comme un chef d’orchestre ; je suis souvent trop despotique, mais un bon despote (Rires !). En définitif, j’écris souvent les textes en premier puis je compose et j’arrange ;  ou alors, je trouve une musique (ou une idée musicale) d’abord et j’écris ensuite le texte, avant l’arrangement.

« J’ai surfé un arc-en-ciel, fait du slalom entre gratte-ciels et survolé les océans, c’est bleu c’est long, c’est bleu c’est chiant, je suis assis sur un nuage et mon nuage part en voyage. »

Air Canari, L’appel du large.

EXPERIENCE SUR SCÈNE : « assis, sur un nuage… et mon nuage part en voyage»

Pour les concerts, j’aimerais à chaque fois créer un univers totalement fantastique, différent. Un univers qui ne soit pas seulement un patchwork de morceaux tels qu’ils se suivent sur l’album, mais un véritable spectacle autant visuel que sonore.

Sur scène, je donne ce que j’ai de meilleur à donner. On pourrait apparenter la scène à un saut à l’élastique. J’essaie d’« être », ni plus ni moins. Juste ce que je suis, en toute honnêteté. Moi sans artifice, à bas les masques, et non pas un rôle. Après un concert, j’ai souvent besoin de temps pour me recentrer, pour remettre ma coquille protectrice. Je dis souvent avant un concert  à mes musiciens : éclatez-vous, faites-vous plaisir et soyez vous-mêmes. C’est comme une transe, comme si quelqu’un d’autre que moi était sur scène. Aussi, j’essaie d’avoir le plus d’humilité possible ; j’ai cette sensation d’être un… « imposteur », puisque je n’ai pas de technique et que je n’ai que des intuitions à offrir au public ; par contre, je  n’ai aucune garantie que ce que je propose fonctionne, mais j’essaie. Je n’ai pas l’impression que je suis un « artiste », parce que dire qu’on est « artiste » pour moi est pédant.

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LA FORCE DE CAPITAINE ETC : il en faut pour lever l’ancre !

Capitaine Etc., c’est autant un capitaine qu’un navire. Les deux sont dépendants. Moi le chanteur et les autres membres de la troupe, nous sommes très liés.

Capitaine Etc., ce n’est pas une thérapie, ni une œuvre d’art, du moins pour l’instant. C’est plus un besoin primaire pour pouvoir avancer.

Capitaine Etc., c’est aussi capitaine blablabla. Capitaine, oui, mais à terre : il  y a un côté fort d’ironie sur moi et sur mes rêves d’ado de voyage, etc.

Capitaine Etc., c’est aussi toutes les possibilités qui s’offrent à nous. Musicalement, par exemple : les morceaux ne sont pas figés. Pour un même morceau, la formation peut être piano-chant ou tout un orchestre symphonique (un autre de mes rêves !). Les morceaux peuvent raconter pleins d’histoire, l’histoire peut se raconter de plusieurs manières dans pleins d’endroits, etc… Ce qui est figé, c’est le canevas de l’histoire. Ici, le texte, quoique le texte subisse des modifications d’un concert à l’autre en fonction du ressenti.

Selon Shakespeare, la musique est l’aliment de l’amour. D’accord ou pas d’accord ?

Non, je ne suis pas d’accord. Déjà, la définition de l’amour est polysémique. C’est plutôt dans l’autre sens. La musique se nourrit plutôt d’amour, d’émotion. C’est l’amour que j’ai pour les gens qui me permet de chanter. La musique est une toile de fond dans le vaste manège qu’est la vie.

R.E.E.L. : Guillaume Pidancet merci.

Pour en savoir plus, http://capitaine-etc.net/ ou sur facebook.com/capitaine_etc.

Ariane Mawaffo