Caroline-Christa Bernard, auteure et interprète de l’album Le Fracas était de passage à Genève le week-end dernier. R.E.E.L. en a profité pour la rencontrer.

R.E.E.L. : Caroline-Christa, bonjour. Nous pouvons lire dans votre bibliographie que vous avez un parcours pluridisciplinaire. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?

Caroline-Christa Bernard : Je vis à Paris depuis longtemps. J’ai grandi dans ce qu’on appelle un environnement « next door », c’est-à-dire que je croisais, parmi mes voisins, de nombreuses personnalités du monde de l’art. Ainsi, lorsque j’habitais dans le 6ème arrondissement, l’un de mes voisins n’était autre que Serge Gainsbourg. Je le croisais régulièrement à la boulangerie, ainsi que ceux avec qui il collaborait (par exemple Alain Bashung sur l’album « Play Blessures » coécrit avec Gainsbourg). M’intéressant depuis toute petite à la poésie et la chanson, Gainsbourg a été un modèle pour moi. Il fait partie de ceux qui montrent une voie et nous poussent à nous dire : « Pourquoi pas essayer d’aller moi aussi vers ce chemin ? » Plus tard, j’ai exploré des cercles poétiques dans des libraires, avec des lectures autour de différents thèmes. L’une des plus marquantes a été celle de l’acteur Tcheky Karyo lisant le texte « Monologue Electrique » de l’auteur Zéno Bianu autour de la guitare de Jimi Hendrix. J’ai également fait partie d’un club de poètes, dirigé par la sœur de George Moustaki. J’ai pu ici assister à diverses lectures autour d’une thématique qui changeait chaque semaine. Ces expériences ont été assez magiques pour moi. Ensuite, j’ai fréquenté l’univers underground, près de Belleville. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de mettre en musique un de mes textes, intitulé L’Eau de chlore, dans lequel je raconte l’histoire d’une femme qui ne part pas en vacances et qui voit du chlore partout (piscines, tasse de café, verre de lait). Le chlore devient comme le symbole de l’eau des pauvres, notamment dans les piscines municipales où se baignent en été les citadins et les enfants privés de vacances. C’est aussi l’idée d’un monde aseptisé. Cette chanson a en plus une part d’autobiographie, puisque ce sont des choses que j’ai vécues moi-même, en partie du moins. J’ai eu des retours positifs et c’est ce qui m’a donné envie de continuer dans cette voie.

R.E.E.L. : Vous présentez actuellement un album de cinq titres, Le Fracas. Quelles en sont les thématiques ?  

C.B. : Il s’agit là aussi de textes autobiographiques, autour de la femme, de la vie, de la beauté et l’adversité. J’essaie de montrer que toute épreuve est surmontable. Je me suis rendu compte que la vie d’artiste est un chemin de solitude, dans lequel on ne trouve pas immédiatement les soutiens. Au début, les gens sont déconcertés et on est soi-même naïf. Ce n’est pas forcément le cercle proche qui nous soutient en premier, ne comprenant pas ce choix de vie. Le changement peut surprendre et faire peur. Les soutiens arrivent souvent plus tard, venant de personnes déjà liées au domaine artistique. J’ai donc voulu montrer, dans cet album, un parcours de la vie d’une femme de notre époque en cinq chansons. C’est une femme qui veut se réaliser mais ne sait pas trop par où commencer. Cet album se situe un peu à la marge, comme moi. Cette marge est une chance formidable pour beaucoup de gens. Il y a une plus grande liberté, loin des codes de l’industrie du disque. Les possibilités parallèles sont énormes. Cet album me rappellera plus tard ma jeunesse. D’un point de vue plus matériel, j’ai d’abord fait une version tambours avec Atissou Loko, le compositeur et le percussionniste de mon album, aux côtés de Vincent-marie Bouvot, réalisateur de talent. Lorsque j’ai été contactée pour chanter une de mes chansons pour l’émission télévisée « Des Mots de Minuit », Atissou Loko n’était pas disponible. Il a donc été remplacé par le guitariste François Baudin. Cela a donné une version moins punchy, plus calme, de mon album.

R.E.E.L. : Vous avez choisi d’intituler votre album Le Fracas. Pourquoi ce titre ? 

C.B. : J’aime beaucoup ce mot, parce qu’il a de nombreuses significations. Le fracas, c’est d’abord un bruit. C’est aussi l’idée de quelque chose de cassé, de brisé, une sorte de catastrophe. Mais le fracas a aussi un sens positif : il y a une idée d’éclat. Quand on parle de « beauté fracassante », c’est une beauté qu’on ne voit pas tous les jours. C’est quelque chose qui surprend, qui claque, qui réveille. Finalement, ce terme résume les difficultés, les surprises que la vie peut réserver.

R.E.E.L. : Qu’est-ce qui vous a influencé lorsque vous avez écrit les chansons de cet album ? 

C.B. : La chanson qui a donné son titre à l’album raconte l’adversité, le côté dur de la vie d’une femme. Dans le pont musical de la chanson, je dis qu’au fond rien n’est grave et qu’on peut se remettre de tout. Cette chanson est porteuse d’espoir. Lorsqu’on se lance dans une carrière artistique, il y a des risques, qu’ils soient d’ordre financier ou autres. On expose une part de soi, et cela suscite forcément des réactions, pas toujours bienveillantes. Il y aussi bien sûr de formidables rencontres. Cet album est aussi une forme d’hommage aux femmes artistes. J’ai beaucoup d’admiration par exemple pour Camille Claudel. Elle a vécu à une époque où le monde de l’art était dominé par les hommes. Elle s’est en quelque sorte perdue dans son art, se retrouvant à la frontière de la folie. Elle a dû faire face à de nombreuses adversités, notamment à cause de Rodin. Lorsqu’il y a de l’amour en jeu, il y a aussi des questions d’ego qui peuvent entraîner un déséquilibre. Un autre exemple que j’aime citer est celui de la chanteuse Nico (Christa Päffgen de son vrai nom), du Velvet Underground. Elle était d’abord mannequin avant de devenir l’égérie de ce groupe rock de la Factory d’Andy Warhol. Nico a pris énormément de risques pour son art. À aucun moment, elle n’a renoncé à ses rêves, même si elle gagnait peu d’argent et vivait dans une situation de grande précarité. J’ai beaucoup d’admiration pour ces femmes qui résistent et poursuivent leurs chemin artistique. C’est aussi cela que j’ai voulu montrer à travers cet album.

 

Propos recueillis par Fabien Imhof

 

Découvrez la suite dans cet entretien dès la semaine prochaine sur notre site.

 

Pour écouter ses chansons :

1) Petite Soeur : https://www.youtube.com/watch?v=7FrUp80PGz8

2) Les Paires de Claques : https://www.youtube.com/watch?v=0s5lAhtbzZ0

3) Circuit Carole : https://www.youtube.com/watch?v=llZ4prKIW7k

4) La Statue de la République : https://www.youtube.com/watch?v=Npd0UeSWIUI

5) Le Fracas : https://www.youtube.com/watch?v=R7mZSyCwrxg

 

Composition : Atissou Loko & François Baudin

Paroles & Chant : Caroline-Christa Bernard

Arrangements : Vincent-Marie Bouvot

Mixage : Joseph Noia (Up Line Studio)