Le 29 octobre dernier, les deux derniers candidats en lice pour le poste de Recteur de l’Université de Genève ont été auditionnés lors de l’Assemblée de l’Université. Il s’agit du professeur Christian Bovet, de la Faculté de droit, et du professeur Yves Flückiger, de la Faculté d’économie et de management, vice-recteur de l’Université. Ils ont chacun présenté un programme qui a ensuite été diffusé dans l’ensemble de la communauté universitaire. Si dans les deux programmes, les candidats partagent le même avis quant à l’amélioration de la visibilité de l’Unige sur le plan international, les stratégies proposées pour y parvenir présentent des différences assez nettes, tant sur le fond que dans la forme. Dans cet article, nous nous intéressons au professeur Christian Bovet, dont l’objectif central semble être un renouvellement profond du Rectorat et de ses organes.

En essayant d’être le plus méthodique et le plus succinct possible, le programme de Christian Bovet se présente comme une série de réflexions et de mesures « fortement interconnectés » réparties en 6 grands chapitres. Dans un premier chapitre intitulé Rectorat, il donne une définition de ce mot-institution dont l’une des fonctions réside, selon lui, dans l’écoute : « Le rectorat est à l’écoute et accessible ». Il se prononce également en faveur de l’autonomie et de la décentralisation des responsabilités, faisant confiance aux différentes unités de l’Université qui, d’après lui, « maîtrisent le knowhow académique nécessaire à la définition des priorités de l’institution. » Aussi, il préfère que le Rectorat se présente plus comme un « appui » aux unités de l’Université et se positionne contre un «  interventionnisme […] malvenu ». Dans ce chapitre, les mots sont clairs et accessibles : Christian Bovet table sur la simplicité pour faire passer son message. Une certaine discipline, teintée d’un grand besoin de rendre son propos le plus accessible possible, se dégage de ces lignes, ce que vont confirmer les chapitres suivants.

Dans Missions, le deuxième chapitre, il rappelle le caractère pluriel de la recherche sous l’égide de l’Unige et réaffirme une volonté de soutien à la recherche. Ce soutien passe notamment par une « réduction de la bureaucratie qui nuirait à l’image de l’université. » Ce travail ne pourrait s’effectuer qu’avec l’aide de collaborateurs ouverts à la discussion. Le mot d’ordre ici est « bottom up », qu’il emprunte au domaine de la recherche. C’est un anglicisme qui désigne une approche ascendante, laquelle consiste, « en matière scientifique, à partir de données élémentaires pour « remonter » vers des formes d’organisation plus globales » [1] .

Lorsque dans son troisième chapitre Christian Bovet aborde la question des acteurs, celui-ci tient à souligner l’importance des associations étudiantes lesquelles, selon lui, « ne doivent pas être perçues comme un mal nécessaire, mais comme de vrais partenaires ». En effet celles-ci pourraient et devraient massivement prendre part à tout débat les touchant particulièrement. Il propose également « d’améliorer la communication et l’engagement des Hautes écoles et universités », notamment dans les périodes précédents des votations comme celle du 09 février [2].

Le quatrième chapitre est consacré aux valeurs de l’Université de Genève. « Autonomie, cohésion et cohérence, innovation, communication et transparence », telles sont les valeurs qui pour Christian Bovet doivent retenir l’attention et doivent être quotidiennement appliquées par l’Unige. Il souhaite, pour cela, un appui conséquent de l’État, lequel permettrait d’inscrire les missions et objectifs de l’Université dans un plus large cercle en matière de formation et de recherche.

Le cinquième chapitre aborde la question du budget. Christian Bovet en est conscient, c’est une question qui présente un défi constant pour le Rectorat. Aussi se positionne-t-il pour une autonomisation de l’élaboration et la gestion des ressources financières, autonomisation qui offrirait à l’Université l’occasion d’atteindre judicieusement ses objectifs.

Enfin, dans son dernier chapitre, Relations extérieures, Christian Bovet promeut la valorisation et le développement des relations internationales, que ce soit sur le plan international, national ou régional. Il n’est pas réfractaire à la confrontation entre personnes d’opinions différentes, selon ce qu’il affirme : « il serait intéressant de faire se rencontrer des personnes d’intérêts différents, voire opposés, pour discuter et développer des liens et stratégies sur des questions liées à notre Université. »

Demain, l’Assemblée de l’Université prendra position suite à un vote de ses membres pour soutenir l’un des deux prétendants. Puis, à la fin d’année, le candidat devra être nommé par le Conseil d’État. Ce n’est qu’en juillet 2015 que le prochain Recteur de l’Université de Genève prendra ses fonctions.

Ariane Mawaffo

[1] http://le-cercle-psy.scienceshumaines.com/definition/Bottom-up

[2] Votation du 9 février 2014 contre l’immigration de masse.