Réaliser un film au second degré est une tâche particulièrement difficile. Pour y parvenir, il faut doser les scènes parodiques avec une précision très stricte : s’il y en a trop, le film devient ridicule ; si, à l’inverse, il n’y en a pas assez, le second degré risque de ne pas être compris et les parties concernées peuvent grandement en souffrir. En somme, tenter de réaliser un tel film, c’est l’assurance de ne pas connaître de succès mitigé : le film sera soit très mauvais, soit très bon. Néanmoins, cela ne peut jamais être parfaitement prévu, en témoigne les ratages industriels ou, surtout, les films qui se voulaient sérieux, mais qui provoquent l’hilarité. C’est le cas des fameux « nanars »[1], du film Future Cops, évoqué dans un épisode de Crossed[2], ou encore de Battleship. En soi, la majorité de ces films doivent plus leur force au hasard qu’au génie d’un quelconque scénariste.

Vous vous demandez probablement pourquoi je vous parle de ça. Si je le fais, c’est parce qu’à mes yeux, Kick-Ass constitue un excellent exemple d’un échec dans ce domaine. Le film se voulait constituer une parodie des films de super-héros, mais il n’y est pas du tout parvenu : il exploite trop les codes classiques, ce qui le fait passer pour un film de super-héros tout à fait banal, mais avec quelques rares scènes horriblement surfaites. L’important dans le second degré, c’est la constance, sinon cela ne passe pas. Or, Kick-Ass est majoritairement composé de scènes à prendre sérieusement et ponctué de quelques passages qui font passer les films de Tarantino pour des œuvres réalistes s’ils ne sont pas pris avec humour. Le problème, c’est que le spectateur ne peut changer à volonté sa compréhension du film ; à ne savoir que comprendre, il finit par ne plus se poser la question et par rejeter le film en bloc. C’est ce qui se produit avec Kick-Ass et ce qui explique que mes attentes envers le deuxième opus étaient très mitigées.

J’ai rapidement cru que cette inquiétude était totalement infondée. En effet, Kick-Ass 2 offre de prime abord tout ce que l’on peut attendre d’un bon film : des scènes d’actions bien pensées, mais sans excès, quelques parodies comiques qui sautent aux yeux et une réflexion offerte à ceux qui le désirent (ici sur la normalité et la justice). Nettement mieux dosé que son aîné, Kick-Ass 2 se montre donc sous son plus beau jour dans sa première heure, jonglant avec virtuosité entre ses nombreux thèmes afin d’offrir tour à tour rire, réflexion et divertissement, à chaque fois avec brio.

Le problème, c’est que ce moment passé, le scénariste semble se rappeler qu’il avait une histoire à raconter et qu’il faudrait peut-être la conclure. En l’espace d’une scène, un combat disputé sur une voiture roulant à pleine vitesse, le film perd tout son intérêt en basculant irrémédiablement dans le ridicule. Pas le ridicule qui fait rire, mais celui qui provoque la consternation et fait sortir le spectateur du film. En effet, dès ce moment et jusqu’au générique tant attendu, Kick-Ass 2 ne propose que des scènes d’actions surfaites, oubliant bien vite toutes les bonnes choses entrevues dans sa première heure. S’il n’atteint pas des sommets d’absurdités comparables à ceux de son prédécesseur, cette dernière partie suffit à laisser une impression très mitigée.

Au final, Kick-Ass 2 demeure un film correct. Il est très drôle par moments et pose quelques questions intéressantes. À n’en pas douter, il est nettement meilleur que le premier Kick-Ass. Par contre, il s’agit d’un film qui s’oublie vite, car il détruit dans son final tout ce qu’il pourrait avoir d’exceptionnel. En somme, s’il n’y a pas de raison de d’éviter ce film à tout prix, il n’y a pas non plus de raison de se ruer au cinéma pour le voir.

Référence : Kick-Ass 2, scénario de Jeff Wadlow, 2013.

Pierre-Hugues Meyer