Le théâtre du Grütli nous propose jusqu’au 14 décembre le triptyque Chroniques adriatiques de Domenico Carli dans une mise en scène d’Anne-Cécile Moser. Vous parler des trois pièces qui composent ce triptyque, à savoir Ciao Papà, Ave Maria et Lido Adriatico, serait trop long et en dévoilerait trop. De la même façon qu’on regarde d’abord le centre d’un tableau en trois temps, je vous parlerai donc exclusivement d’Ave Maria.

Trois personnages diamétralement opposés s’adressent directement à nous, chacun leur tour, nous prenant pour le voisin qui vient prendre le café, l’avocat qui ne fait pas son boulot ou le journaliste qui l’interroge. Ils sont tous liés par la mort tragique de Rita, cette jeune femme qui allait se marier. On entend surtout sa mère, terrassée par le chagrin, qui parle comme si sa fille était encore de ce monde, traduisant le bouleversement et la tristesse profonde d’un départ prématuré et contre nature. La réalité de cette mort est d’autant plus troublée par la présence de Rita sur scène qui nous parle de son mariage et de sa cousine Giusi comme si de rien n’était, mais se souvient de sa situation quand sa mère l’appelle et qu’elle est incapable de répondre.

Rita et sa mère Maria sont entourées de deux personnages peu communs. Ils témoignent de leur part de responsabilité dans le meurtre accidentel de la jeune fille tout en partageant des bribes de leurs vies. Traduisant la violence et la cruauté qui règne dans cette Italie où société et mafia ne font pas bon mélange, une dealeuse et un tueur à gages justifient leurs actions comme une nécessité pour sauver leurs peaux.

L’histoire peut sembler banale, mais la façon dont elle est racontée est marquante. Avoir ces trois personnages en face de nous nous plonge directement au cœur des problèmes sociaux, mais également moraux. Aucun ne semble avoir choisi son destin, bien qu’ils se sentent obligés de se justifier. On a l’impression de voir un triptyque dans un triptyque et que chaque partie du tableau s’exprime toute seule. Les comédiens sont tous très bons et nous emmènent au cœur de leurs rôles, nous sentons que nous sommes comme mis en scène à notre tour en tant que proches ou connaissances des personnages.

Loin de la Commedia dell’arte, venez découvrir une autre Italie !

Lou Ciszewski

Référence : Chroniques adriatiques, au Grütli du 2 au 14 décembre 2014.

De Domenico Carli.

Conception et mises en scène Anne-Cécile Moser.

Avec Yves Adam, Maureen Chiché-Mayoraz, Roberto Molo, Shin Iglesias, Michel Rossy, Isabelle Tosic, Anne-Marie Yerly.

PS : Le triptyque entier dure 4h40 ! Si vous souhaitez le voir dans sa totalité, je vous conseille d’y aller les jours où les représentations sont plus tôt !