Ciao ciao bambina…

avril 18, 2017 / by / 0 Comment

Dévoreurs de livres, Les Livrophages vous emmènent chaque semaine à la rencontre d’un ouvrage et d’un auteur différents. Ce matin, avec Lea Mahassen, on prend le large direction l’Italie avec Ciao Letizia d’Arthur Brügger, publié aux Éditions Encre Fraîche.

« J’aurais pu lui dire que j’aurais voulu la voir plus souvent, la connaître mieux, que j’aurais voulu qu’elle reste là, encore, et pas seulement dans mon souvenir. »

(p. 216)

Un titre italien pour un livre suisse

Lorsque j’ai vu pour la première fois la couverture de Ciao Letizia, le titre m’a immédiatement intriguée. C’est le résumé qui m’a rapidement décidée à me pencher sur cet ouvrage original. Il raconte l’histoire peu banale de la grand-mère de l’auteur, une Italienne du nord qui quitte la maison familiale à l’âge de quinze ans à la suite d’événements tragiques que je vous laisse le soin de découvrir. D’aventures en aventures, de drames en catastrophes, Letizia avance dans la vie comme dans un sombre tunnel aux issues incertaines et finit par se retrouver mariée, à La Chaux-de-Fonds, avec une famille nombreuse autour d’elle. Le lecteur suit son destin pas à pas, en parallèle avec les réflexions personnelles de l’auteur sur son travail, sur sa grand-mère et sur son rapport à la mémoire de sa famille.

Une thérapie par l’écriture

Étant passionnée par ces thématiques et faisant moi-même partie de la troisième génération d’une famille d’immigrés italiens, je me suis, avant même de commencer ce livre, tout de suite identifiée à l’auteur et à ses questionnements. Qu’éprouve-t-on lorsque l’on sait que l’on quitte son pays natal pour ne jamais revenir ? Que ressent-on lorsque l’on arrive sur une terre d’accueil où l’on n’a pas vraiment été invité ? Quelle éducation choisir pour ses enfants : les faire grandir en leur rappelant les traditions de leurs origines ou au contraire, faire table rase du passé et les intégrer de manière totale au pays « d’arrivée » ? Je pensais, en débutant ma lecture, retrouver ces interrogations, peut-être quelques réponses mais surtout, un récit de vie totalement détaché de l’auteur, qui laisserait tout à fait place à l’héroïne de la biographie. Je dois avouer que j’ai été déçue par la position adoptée par Arthur Brügger. Celui-ci, loin de s’effacer des pages de son livre, ne cesse de prendre la parole pour raconter ses émotions, tous les états par lesquels il passe durant l’avancée de son travail d’écriture, ce qui, selon moi, dessert énormément son propos. « On a beau se prendre un instant au sérieux et écrire un roman, au fond, on reste une poussière infime parmi d’autres poussières » (p. 115) écrit-il au chapitre 4 et bien qu’il s’empresse d’ajouter « mais je ne vais pas me lancer dans une théorie pseudo-philosophique et mélancolique, je ne suis pas là pour ça. Non, je suis là, comme toujours, pour parler de Letizia » (p. 115), le mal est fait. Plus les pages défilent, plus son roman se révèle être davantage une thérapie par l’écriture qu’une biographie fidèle et objective. Si certaines de ces expériences introspectives peuvent être intéressantes et plaisantes à suivre, celle-ci manque clairement son but et la prose trop pleine d’assurance d’Arthur Brügger fait que l’on passe tout à fait à côté de l’émotion que l’on voudrait y trouver.

Tu n’oublieras pas, même si tu t’en vas…

En bref, si je n’ai pas apprécié Ciao Letizia, c’est parce que je l’ai trouvé trop éloigné de l’objectif que l’auteur semblait s’être fixé. Malgré tout, on sent un attachement réel et sincère à son histoire personnelle, ce qui me pousse à penser qu’un regard plus mûr ainsi qu’un soupçon de simplicité et d’humilité auraient grandement profité à un livre au sujet aussi intéressant que celui-ci. On ne peut s’empêcher de regretter que l’auteur n’ait pas laissé son ouvrage de côté quelque temps pour le reprendre ensuite, avec plus de recul, afin de trouver un ton plus juste pour raconter une histoire personnelle si proche de lui.  Le témoignage d’une vie passée est cependant toujours bon à lire car le devoir de mémoire est sans doute la plus nécessaire et la plus noble des obligations. Il faudrait bien se garder d’oublier les parfums d’autrefois, même si l’on s’en va…

Lea Mahassen

Références :

Arthur Brügger, Ciao Letizia, Éditions Encre Fraîche, 2012, 216 p.

Pour ceux qui voudraient goûter au parfum de l’Italie…

Et pour ceux qui n’oublieront pas…

Photos : © Magali Bossi (banner), Lea Mahassen (couverture)

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