Hollywood… Le nom d’un lieu, d’un système production, mais aussi et surtout d’un imaginaire, d’une mythologie. Les premiers studios s’y installèrent dans les années 1910, pour fuir le mauvais temps new-yorkais et l’emprise de Thomas Edison, qui détenait l’ensemble des brevets cinématographiques. Après des débuts presque artisanaux, Hollywood s’imposa rapidement comme un système de production industriel et hiérarchisé. Les grands studios y virent le jour dans les années 1920 et s’assurèrent peu à peu le contrôle total de la production, de la distribution et de l’exploitation de leurs films. À la mise en place de ce système économique est associée l’émergence du star system : les vedettes de l’écran, ces êtres au statut quasi divin, permettaient d’attirer dans les salles obscures un public désireux d’oublier la banalité de son quotidien et souhaitant consommer du rêve. La mise en place de la star passa par l’élaboration d’un appareil discursif qu’alimentaient les revues de fan, destiné à asseoir le caractère bigger than life de la star. Promoteur d’une culture du divertissement et producteur de fictions universelles, Hollywood s’est constitué comme un lieu légendaire, un véritable mythe moderne à la mythologie propre, que certains films de fiction ont participé à écrire. C’est à ces derniers que le cycle « Visions d’Hollywood » qu’organise le ciné-club universitaire rend hommage.

La programmation met l’accent sur les films qui ont contribué à élaborer la légende noire d’Hollywood, dont ils présentent les facettes les plus sombres. C’est le cas de The Player (1992) de Robert Altman, qui fait état d’un Hollywood dévoré par l’ambition et le cynisme, où les films ne sont envisagés qu’en fonction de leur rentabilité. The Day of the Locust (1975) de John Schlesinger constitue un portrait amer et désenchanté de l’Hollywood des années 1930, placé sous le signe de la médiocrité. Derrière leur banalité apparente, les personnages du film, aspirant tous à percer un jour dans le milieu du cinéma, se révèlent d’une cruauté inhumaine. Devant la caméra de Robert Aldrich, la Mecque du cinéma devient le lieu de tous les vices et de toutes les perversions, comme dans The Legend of Lylah Clare (1968), film rarement montré qui explore la logique morbide qui sous-tend le système hollywoodien, lequel se nourrit de la mort de ses stars pour en bâtir la légende. On y voit Kim Novak, dans un rôle étrangement similaire à celui qu’elle jouait dix ans plus tôt dans Vertigo d’Alfred Hitchock, tomber dans les griffes d’un réalisateur qui veut en faire son égérie. What Ever Happened to Baby Jane ? (1962), film gothique aux accents morbides réalisé par le même cinéaste, montre les ravages que le système hollywoodien opère sur ses anciennes stars, créatures monstrueuses avilies par le souvenir obsédant de leur gloire passée. Le duel qui y oppose les deux grandes actrices hollywoodiennes Bette Davis et Joan Crawford a marqué les esprits. Autre film consacré à la décadence des stars, Fedora (1978), avant-dernier film de Billy Wilder, raconte l’histoire d’un producteur qui tente de faire jouer une ancienne vedette dans un ultime film, laquelle, pour dérober aux regards son visage marqué par le temps, vit recluse sur une île grecque. Dans cette même lignée « noire », qu’il ouvre toutefois vers d’autres horizons, Mulholland Drive (2001) de David Lynch raconte l’envoûtement qu’exerce l’usine à rêves sur une jeune actrice fraîchement débarquée à Los Angeles. Film d’une liberté formelle étonnante, il brouille les cartes entre rêve et réalité et happe le spectateur dans la spirale de la folie et de l’onirisme.

Hollywood a également servi de terrain à des films plus légers, tels la célèbre comédie musicale Sing’in in the Rain (1952) de Stanley Donen et Gene Kelly ainsi que The Errand Boy (1961) de Jerry Lewis, où le célèbre comique incarne un garçon de courses extrêmement maladroit qui sème le trouble dans l’univers hiérarchique et rigide que constitue Hollywood. Dans Sullivan’s Travels (1941) de Preston Sturges, un réalisateur de comédies musicales souhaite réaliser un film engagé sur une thématique sociale. Pour mieux connaître le sujet, il décide de mener une vie de vagabond qui se révélera rocambolesque… À cheval entre ces deux veines, entre la critique et le comique, Inserts (1975) de John Byrum, raconte l’histoire d’un grand réalisateur hollywoodien déchu qui se trouve contraint à tourner des films pornographiques. Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard permet d’appréhender le mythe hollywoodien à partir d’un point de vue européen.

Emilien Gür

 

Cycle « Visions d’Hollywood », jusqu’au 30 mars. Tous les lundi à 20h à l’Auditorium Arditi

Plus d’informations sur le site des activités culturelles de l’université de Genève /.