Pour faire un film à succès, tout est bon. Une méthode souvent utilisée est d’exploiter l’image d’un autre film ayant très bien marché. Cela ne donne presque jamais un bon film, mais il arrive que celui-ci rapporte beaucoup d’argent malgré tout. Cobra appartient à cette catégorie : l’inspiration des séries des Rocky et des Rambo, sortis un peu avant, est revendiquée jusque sur le dos de la boîte du film. Il n’est pas compliqué d’imaginer comment ce film a été décidé :

–       « Bon, on nous a demandé de faire un film qui fera un carton au Box-office. Tu sais comment faire ça, toi ?

–       Cela ne doit pas être très compliqué… Attends, laisse-moi regarder les films à succès du moment. Hmm… Les films les plus rentables sont Rocky 4 et Rambo 2, donc il suffit de faire pareil. On prend Sylvester Stallone, on lui donne un rôle de badass et le tour sera joué !

–       Ok, mais tu sais comment faire un tel film, toi ?

–       Non, pas du tout, mais on demandera à Stallone de s’en charger ! Après tout, il a de l’expérience.

–       Excellente idée ! Et pour le reste ? La réalisation, la musique, les décors, …

–       Bah, le premier clampin venu fera l’affaire ! J’ai justement un petit cousin qui… »

C’est certainement ainsi qu’est né Cobra, d’une discussion sans intérêt entre deux producteurs sans talent. Il y aurait énormément à dire sur ce film, qui réussit l’exploit de tout rater : la réalisation s’oppose aux lois élémentaires de la physique et pourrait déclencher des crises d’épilepsie, les musiques sont incroyablement mal choisies, les lignes des routes ne sont même pas droites, comme si elles avaient été tracées par un accessoiriste bourré… Néanmoins, le cœur de cette chronique est le scénario, alors c’est à lui que nous nous intéresserons.

Ne se contentant pas de profiter de l’image de Stallone en tant qu’acteur, les producteurs ont voulu aller plus loin en le nommant scénariste. Je n’irai pas jusqu’à dire que je m’en doutais avant de l’apprendre, mais cela ne m’a pas surpris. En effet, le scénario du film n’a qu’un seul but : mettre en valeur Marion Cobretti, le lieutenant de police incarné par Sylvester Sallone. Tous les autres personnages semblent avoir été pensés dans ce seul but. Du coup, ils sonnent forcément creux.

Pour résumer sommairement l’histoire du film, un groupe d’individus commet de nombreux meurtres afin de promouvoir un « monde nouveau » (ne me demandez pas ce dont il s’agit, je ne pense pas que Stallone se soit posé la question lors de l’écriture du scénario de ce film). Le problème, c’est que lors d’un assassinat, le leader de ce groupe est vu par une jeune femme. Du coup, plutôt que de se tenir à carreau un moment (la jeune femme n’a aucune idée de l’identité du tueur), celui-ci décide de tout faire pour la faire taire définitivement. « Tout faire » signifiant ici envoyer tous ses hommes pour que Stallone, chargé de la protection de cette femme, puisse les tuer un par un, comme s’il était le héros du mauvais western attaqué par une horde d’Indiens.

Oui, vraiment, tout est extrêmement simpliste : les autres policiers sont profondément inefficaces, les méchants ont un mobile incompréhensible et la jeune femme est totalement écervelée. Tous ne sont là que pour servir le personnage de Stallone… qui se résume en une ligne : « bouh, je suis un méchant flic ! ». Navrant, tout comme l’évolution des évènements, qui est ultra prévisible. L’ultime affrontement est particulièrement ridicule, tant par ses dialogues atroces que sa réalisation infâme.

Il arrive que des acteurs célèbres puissent également être de bons producteurs, réalisateurs ou scénaristes. C’est par exemple Ben Affleck qui est à la réalisation du très bon Argo. Néanmoins, ce n’est en tout cas pas vrai pour Sylvester Stallone, qui est visiblement un très mauvais scénariste. L’objectif de Cobra était uniquement commercial, ce qui explique ce résultat médiocre. J’ai eu la chance de voir ce film avec une bande d’amis, ce qui fait qu’on a pu rire des passages les plus pathétiques du film, mais je déconseille malgré tout de payer pour une horreur pareille.

Référence : Cobra, scénario de Sylvester Stallone, 1986.

Pierre-Hugues Meyer