Le théâtre, c’est cher. Le théâtre, c’est barbant. Le théâtre, c’est pas convivial. – Vous vous reconnaissez ? Un peu, beaucoup, pas du tout ? La Comédie de Genève, en collaboration avec les Activités Culturelles de l’UNIGE, vous propose de changer votre vision du théâtre. Cap sur Commedia 2018, festival de théâtre estudiantin, du 8 au 12 mai prochains.

Comme dit l’adage « jamais deux sans trois »… et c’est tant mieux ! Le plus estudiantins de festivals de théâtre remet le couvert pour une troisième édition. Au programme ? Des pièces à foison, des troupes d’étudiants venus de Suisse et de France, de la langue originale, des décors fous, des intrigues palpitantes, de la musique, du chant et même une plongée dans l’Antiquité ! Si avec tout ça, vous ne trouvez pas chaussure à votre pied… Cerise sur le gâteau : l’ensemble du festival se déroulera dans le beau cadre de la Comédie, haut lieu du théâtre à Genève, et sera entièrement gratuit.

Cette année, l’identité graphique du festival a été totalement remaniée. Dans un bleu accrocheur, les nouvelles affiches rappellent que le théâtre est bien vivant, invitent à envahir la scène et à faire entendre nos voix sur les murs. Pour en découvrir un peu plus, rendez-vous dès le 8 mai dans les couloirs de la Comédie de Genève… Des événements auront également lieu à Uni-Mail durant le festival, alors soyez aux aguets !

Quid du programme nous direz-vous ! Des présentations plus détaillées de chaque troupe et de chaque spectacle seront à retrouver trois fois par semaine sur notre site internet, dès mercredi. Mais avant cela, une petite mise en bouche ?

Passion et éclectisme

Les festivités débuteront le mardi 8 mai, avec la Cie Acte V. Venue de l’Université de Lausanne, elle jouera Le Procès d’Horace, d’après Pierre Corneille. Un moyen de canoniser un classique ? Que nenni ! Grâce à l’adaptation et la mise en scène de Marek Chojecki et Josefa Terribilini, Le Procès d’Horace se propose de réfléchir aux questions de réception d’un texte théâtral : qu’est-ce qui fait qu’une pièce « marche », plaît au public, devient un « classique » ? Qu’est-ce qui la rend compréhensible ou non pour les spectateurs, d’une époque à l’autre ? Autant de questions qu’il faudra démêler…

Changement de décor le lendemain, avec deux pièces très différentes. Tout d’abord, Ciel bleu ciel de Martin Crimp, dans une mise en scène de Guillaumarc Froidevaux et Noémie Treichel. En compagnie du Théâtre universitaire neuchâtelois (THUNE), vous plongerez dans une histoire morcelée, entre effroi et banalité. Que signifie « jouer » ? Qu’est-ce que le « récit » ? Comment essayons-nous de raconter des choses ?

La soirée se poursuivra de manière tout aussi surprenante, avec un projet de l’Organisation Estudiantine de Théâtre Antique (ORESTHEA) : Agamemnon d’Eschyle, dans une mise en scène d’Adrien Früh et Gaëlle Hostettler. Guerre de Troie, vengeance, famille, assassinat et trahison sont au menu de ce chef-d’œuvre du théâtre antique. Mais attention ! Il s’agit d’une reconstitution fidèle, en langue originale (grec ancien, surtitré en français), accompagné d’un chœur antique, d’une lyre et d’un aulos. Une plongée dans le temps qui vaut la peine d’être vécue ! Pour s’en convaincre, lisez sans tarder notre critique, écrite à l’occasion de la première édition d’Agamemnon, en novembre dernier.

Le jeudi 10 mai, retenez votre souffle, car nous allons traverser l’Europe. Nous serons tout d’abord en Espagne – ou à Paris, tout dépend du point de vue – avec la Cie La vecindad del 17, de l’Université de Lausanne. En langue espagnole (surtitrée en français), cette compagnie vous propose une traduction d’après Raymond Queneau : Crónicas de un pisotón aburrido en el autobús al lado de la puerta. L’histoire ? Un homme monte dans un bus. Rencontre un autre homme. Se dispute. Discute. Part. Et tout recommence. À partir des Exercices de style de Queneau, la Cie La vecindad des 17 propose des entremêlements d’histoires et mélange sans complexes de nombreuses œuvres majeures de la culture hispano-américaine. Musique live et vidéo donne aux textes assemblés une coloration particulière… presque un petit goût d’Oulipo[1] !

Après ce voyage en bus, cap sur les forêts de Silésie occidentale, avec Et ils nous ont dit : vous aurez le monde, une création d’après Anton Tchekhov, par la Cie Les Rescapés (Université de Fribourg). Travail collectif d’écriture, cette création se base sur Les Trois sœurs de Tchekhov, et s’intéresse au drame familial, entre enfermement en huis clos et grande histoire. Attention : le thriller n’est pas loin !

Mises côte à côte, les deux pièces du vendredi 11 mai auront de quoi surprendre. C’est Lapin 243, par la Cie CNEPUK (Université de Franche-Comté), qui ouvrira le bal. Écrite et mise en scène par Cloé Marguerie, elle se présente comme un journal de bord et s’inspire d’un fait divers de 1969. Un homme et une femme sont sur un bateau… le tout pourrait sonner comme un gag, si la folie et la violence n’étaient pas loin. Comment faire une fiction d’un meurtre ou d’une disparition ? Quelle liberté est laissée à l’auteur, quelle marge d’interprétation ? Ce sont ces questions qu’égraine Lapin 243.

Suivra alors Bovary de Tiago Rodrigues qui, par bien des côtés, ne quitte pas les bancs du tribunal. L’Atelier-théâtre du département de français (ATFD) de l’UNIGE propose cette pièce, inspirée du procès intenté à Flaubert en 1857, suite à la parution de Madame Bovary. Entre réalité et fiction, on croisera l’auteur et son avocat… mais aussi Emma, Charles, et les amants de madame… où est-on, dans ce kaléidoscope narratif ? De quoi interroger les limites de la fiction, le pouvoir de la métalepse et l’épaisseur des personnages de roman.

Pour son dernier jour, Commedia prend la mer et vogue vers des eaux résolument musicales : bienvenue dans Meurtres & Marinières : une comédie musicale bateau. Créée par l’Association Comédie Musicale UNIGE, Meurtres & Marinières fait la part belle au chant, à la danse… et au meurtre ! Dans une mise en scène de Lou Ciszewski et Annabella Zamora, vous embarquerez à bord d’un paquebot luxueux… pour suivre Agatha Poivron, étudiante en criminologie. Bien décidée à élucider l’assassinat de Madame Vieille, elle ne va pas ménager ses efforts pour trouver la vérité. Entre Hercule Poirot et La Croisière s’amuse, la comédie musicale comme vous ne l’avez jamais vue ! N’hésitez pas à lire notre critique, écrite à l’occasion de la première édition de Meurtres & Marinières, il y a un an déjà.

Le théâtre à l’université

Vous l’aurez compris, le festival Commedia se veut passionné, diversifié et 100% estudiantin. De Genève à Lausanne, de Neuchâtel à la Franche-Comté, en passant par Fribourg, le théâtre universitaire rassemble des étudiantes et des étudiants amateurs… mais bien décidés à montrer leur talent et à expérimenter ! Plus qu’un divertissement, Commedia est également un moyen de questionner le sens et la place de l’enseignement universitaire dans la Cité : que peut-on faire des outils qu’on nous apprend ? Comment créer à partir des théories et des concepts que l’on étudie ? Comment questionner la société, l’histoire, l’inconscient ? Comment créer du lien entre le milieu étudiant, le milieu artistique, le monde professionnel et le grand public ? Voilà quelques-unes des pistes que Commedia nous propose de suivre.

On se réjouit d’y être ! Et vous ?

Magali Bossi et Fabien Imhof

Infos pratiques

Commedia, festival de théâtre universitaire – Genève

Du 8 au 12 mai à la Comédie

Entrée libre, ouverte à tous

https://www.comedie.ch/programme/festival-commedia-2018

http://festivalcommedia.ch/

Photo : © Comédie de Genève

Affiches : © Festival Commedia 2018

[1] Oulipo : Ouvroir de littérature potentielle. Groupe littéraire international mêlant création littéraire et mathématique. Queneau en était en était le cofondateur.