Une rencontre entre deux êtres que tout semble opposer, une histoire qui les lie, c’est Le poisson belge, joué jusqu’au 1er octobre au Théâtre Alchimic.

Cette pièce pourrait être tragique. Et pourtant, il n’en est rien. Un vieux garçon, « Grande Monsieur » (François Revaclier), à qui un rendez-vous a posé un lapin, fait la rencontre de Claude Cloquet (Sarah Marcuse), une petite fille que ses parents ne sont pas venus chercher à l’école. Il l’accueille chez lui, juste pour la soirée. Puis pour le week-end et, apprenant que les parents sont morts, pour la vie. Ces deux êtres que la vie n’a pas épargnés vont se rapprocher, s’appréhender, tenter de se comprendre et de se réparer l’un l’autre. Le poisson belge, c’est une pièce à la fois drôle et émouvante, dans un texte brillant de Léonore Confino.

Sarah Marcuse signe la mise en scène de cette pièce. Sur scène, un plateau rond représente l’appartement de Grande Monsieur. Le désordre apparent et le mélange d’objets hétéroclites (une tirelire éléphant, trois parapluies aux motifs divers et variés, un porte-manteau tordu, une chaise, un coussin léopard, des cadres photos empilés sur le sol…) ne sont pas sans rappeler l’état intérieur des deux personnages. Leur cœur, leur vie est en désordre. Ils n’ont plus vraiment de repère : l’une devient peu à peu orpheline, l’autre est au chômage, et l’on apprendra un peu plus tard qu’il aime se déguiser en femme et qu’il a un fils de 20 ans qu’il n’a jamais vu qu’en photo. Au fond de l’appartement, un écran rond, sur lequel sont projetées les scènes se passant dans la salle de bain, en ombres chinoises, dans une gestuelle qui n’est pas sans rappeler certains vieux films de Chaplin. Cette trouvaille permet de montrer des choses qu’on ne peut voir sur scène : des rêves, Claude qui voyage de la salle de bains aux profondeurs marines, elle qui a toujours rêvé d’être un poisson… On y voit également Claude qui nage, comme si elle était devenue ce qu’elle rêvait d’être, dans un moment très émouvant, accompagné par la musique d’Asaf Avidan et son Labyrinth song. De bien jolies trouvailles, qui illustrent magnifiquement l’aspect poétique du texte.

Si la mise en scène est intelligente, que le jeu des comédiens est juste et bien senti, c’est véritablement le texte qui donne toute sa force au Poisson belge. Alors que le propos pourrait donner lieu à une pièce tragique, Léonore Confino parvient à rendre tout cela à la fois drôle et touchant. Des quelques perles sorties par Claude, à l’agacement de Grande Monsieur, en passant par leurs imitations des discussions entre leurs parents, le public est embarqué dans ces moments qui allègent le propos, comme une bouffée d’oxygène. À côté de cette drôlerie, il y a aussi des moments de tendre émotion, souvent mêlés aux autres d’ailleurs. C’est en cela que Léonore Confino réussit une belle prouesse : elle parvient à lier humour et émotion.

L’innocence, la candeur de Claude, opposée à l’expérience, à la lassitude de Grande Monsieur face à la vie, donnent un résultat étonnant et détonnant. Alors qu’ils vivent à l’écart du monde, incapables d’y trouver véritablement leur place, de confidence en confidence, ils se lieront d’amitié, l’un déteignant sur l’autre, les travers de l’un se retrouvant chez l’autre et inversement, tout comme leurs qualités. Petit à petit, ils s’influencent, se comprennent, se réparent. Des demi-personnes qu’ils étaient, ils redeviennent entiers, ne pouvant plus être séparés.

Le poisson belge, c’est une pièce qui fait du bien. Elle fait du bien, parce qu’elle fait rire et détend. Elle fait du bien, parce qu’elle est un véritable hymne à la tolérance, à l’écoute de l’autre. Elle fait du bien, parce qu’elle nous rappelle qu’il faut prendre du temps pour soi, accepter nos parts sombres et nous montre qu’on ne peut vivre sans elles, qu’il faut les appréhender. Le poisson belge, c’est une pièce qui nous apprend à nous écouter les uns les autres, à s’écouter soi-même, à se retrouver. Le poisson belge, c’est une pièce nécessaire, pour toutes ces raisons.

Infos pratiques :

Le poisson belge, de Léonore Confino, du 12 septembre au 1er octobre 2017 au Théâtre Alchimic.

Mise en scène : Sarah Marcuse

Avec Sarah Marcuse et François Revaclier

https://alchimic.ch/le-poisson-belge/

Photos : ©Dominique Vallès