Bien loin des tristement célèbres moutons noirs des affiches de l’UDC, la Black Sheep Theatre Company a eu le mérite de faire rire le public avec Sorry we’re closed, vendredi 13 mai durant Commedia.

Trois sketches. C’est ce que cette troupe anglophone venue de Lausanne a présenté dans le Studio Steiger. Trois sketches qui tournent autour de la thématique de l’entreprise en faillite.[1]

Le premier sketch, Buttercup, tient son titre du nom du poulain qui y naît. Un couple de paysans est au bord de la faillite. Ils ne comptent que sur une chose : l’accouchement de leur jument. Quelle n’est pas leur surprise lorsque le poulain naît avec une corne !  « C’est une simple malformation ! » soutient la femme (Sophia Yazitzoglou). « C’est une licorne » assure le mari (Ludovic Thévenot) ! Profitant de cela, il décide de faire venir les médias et de rendre publique cette affaire, en proposant aux gens de venir caresser la licorne en échange d’un peu d’argent. La pièce se présente sous la forme d’un imbroglio entre le mari et la femme qui ne sont d’accord sur rien dans la manière de gérer l’affaire, la vétérinaire (Iris Dwir Goldberg) qui veut absolument emmener le poulain pour faire des tests et les journalistes (Aline Stotzer et Andy Reilly)  qui cherchent à tout prix à faire un article et obtenir un maximum d’argent grâce à ce buzz.

L’appât du gain est ainsi au centre de ce premier sketch. Chacun y cherche un intérêt personnel, sans se soucier du bien-être de l’animal ou des autres. Au final, personne n’en sort vraiment vainqueur et tous sont plutôt désabusés. Une belle réflexion sur la société actuelle, qui a tendance à mettre en avant le bien-être personnel et l’argent, aux dépends du bonheur collectif. Le sketch n’en demeure pas moins d’une grande drôlerie !

Après une petite pause consacrée au changement de décor, les comédiens reviennent avec Hotel Montague, dans lequel le concierge (Ludovic Thévenot) – à l’accent français déplorable, mais tellement hilarant –  refuse une chambre à un client (Andy Reilly), sous prétexte qu’il s’appelle Capulet. Dans le même temps, un ami du groom (Alessandro Taini) est logé dans la dernière chambre libre, dans laquelle il est en train de désaouler après avoir trop bu la veille. Lorsque l’une des clientes de l’hôtel (Iris Dwir Goldberg) – qui s’avère être la mère de sa fiancée, sans le savoir – se trompe en voulant lui donner un remède, il devient totalement surexcité et se met à courir dans tout l’hôtel, sans que quiconque ne puisse l’arrêter, ni le groom (Sami Veillard) ni la réceptionniste (Yasmina Naim).

Ce deuxième sketch est empreint d’un humour potache, qui va du comique naturel de Sami Veillard, sa chemise trop petite et ses mimiques qui font pouffer le public, à l’accent exagérément français de Ludovic Thévenot (qui est capable de parler anglais dans un très bel accent, rassurez-vous), en passant par un duel au parapluie entre le concierge et Capulet. Tout est fait pour que le public rie…et cela fonctionne ! Ajoutez à cela les surprises, notamment l’arrivée de la patronne de l’hôtel (Katia Meylan) au moment du duel ou encore le moment où la cliente découvre que l’ami du groom est en réalité son futur gendre…vous obtiendrez un résultat détonnant ! Il faut féliciter Elizabeth Leemann, l’une des membres de la troupe, qui a écrit ce spectacle. Elle a su, dans ce deuxième sketch, jouer avec les codes, les renverser, surprendre le public et, surtout, le faire rire !

Le troisième sketch, The taxidermist, fait la part belle à l’humour noir. M. Killberg (Marek Chojecki) a la fâcheuse habitude de tuer ses assistants lorsque ceux-ci font quelque chose qui lui déplaît – avouez qu’il porte bien son nom ! Sa femme (Aline Stotzer) en a assez. Attention, elle se fiche pas mal qu’il tue ses assistants, cela l’embête simplement de devoir nettoyer le tapis toutes les semaines. En parallèle, deux policiers (Andy Reilly et Ludovic Thévenot) vont tout faire pour tenter de les prendre en flagrant délit et pouvoir enfin arrêter ce couple de dangereux criminels. Mais un grand problème se pose : comment les voir par la fenêtre, alors même qu’il y a des rideaux opaques ?

De ce dernier sketch, on retiendra d’abord l’inquiétant Marek Chojecki qui, tout en sobriété, alors que son assistant lui a demandé ce qu’il devait faire – question à ne pas poser – pose le furet empaillé qu’il caressait, en fait de même avec sa veste, dans des gestes très calmes et posés, avant de prendre une hache et de se mettre à entonner une chanson dont les paroles sont très simples : « Let’s talk about death ! » [2], avant de s’acharner avec une certaine violence sur son pauvre assistant. Outre cet humour noir décapant, on retiendra le décalage total entre les deux policiers. Le chef (Andy Reilly) veut tout faire pour arrêter le couple Killberg, alors que son assistant (Ludovic Thévenot), caché dans un arbre a d’autres priorités : il s’occupe de deux écureuils à qui il a donné des petits noms. Quel déchirement pour lui lorsqu’il doit se rendre chez les Killberg , pour jouer les assistants et les prendre sur le fait, devant alors quitter ses nouveaux amis. Au final, alors que M. Killberg finit par être arrêté, il décidera de reprendre l’affaire. Et oui, qui s’occupera des écureuils lorsqu’ils seront morts ?

Derrière ces trois sketches très drôles, on retrouve la brillante écriture d’Elizabeth Leemann, qui parvient à emmener le public où elle veut, de surprises en surprises, dans divers genres d’humour, tout en le faisant rire tout au long du spectacle.

Merci et bravo à cette belle troupe, qui aura apporté de la légèreté et de l’humour, quoique teinté de quelques réflexions fort intéressantes sur la société et les comportements humains, à cette deuxième édition du festival !

Fabien Imhof

Infos : http://festivalcommedia.ch/film/sorry-were-closed/

Photos : © Audrey Baans

Distribution :

Mise en scène
Aline Stotzer

Assistants à la mise en scène
Marek Chojecki
Elizabeth Leemann

Responsable Culturelle
Elodie Miserez

Pianiste
Marek Chojecki

Chorégraphie
Katia Meylan
Sofia Yazitzoglou

Jeu
Marek Chojecki
Iris Dwir Goldberg
Katia Meylan
Yasmina Naim
Andrew Reilly
Aline Stotzer
Alessandro Tadini
Ludovic Thévenot
Sami Veillard
Sofia Yazitzoglou

[1] Pour en savoir plus, c’est ici.

[2] « Parlons de la mort ! » pour celles et ceux qui ne parleraient pas anglais.