Du 31 janvier au 11 février se tient la 9ème édition du Festival Mémoires Blessées au Théâtre de Saint Gervais.

Mémoires Blessées est un festival où le devoir de mémoire s’incarne et prend vie, où les horreurs et douleurs du passé prennent corps pour enfin être vues et comprises et ne pas sombrer dans l’oubli. À travers des lectures publiques et théâtrales, des performances artistiques, et des conférences, c’est toute l’hustoire du pan âpre de notre humanité que ce festival vient questionner et mettre en lumière. Durant ces deux semaines, et jusqu’au 25 mars pour certaines expositions, sont abordés d’importants moments de l’histoire du XXème siècle tels que l’Holocauste, la promulgation de la Loi Veil pour le droit à l’avortement en France, la complaisance de la Suisse à l’égard de l’Allemagne nazie, ou encore le massacre Komori dans les eaux de l’archipel des Comores par la police des frontières française depuis 1995.

C’est donc un festival de poids, un espace où acteurs, auteurs, musiciens et artistes se retrouvent pour faire entendre de maintes manières la détresse et la douleur, mais également l’espoir qui, par touches, semble poindre au travers des cris. Détresse et douleur d’abord avec Ne Pas Savoir : Quarante ans de Disparitions au Sahara Occidental, une conférence sur le sort des réfugiés déportés ou tués tout au long du conflit entre le Maroc et le Front de libération du Sahara occidental, avec comme intervenant Carlos Martin Beristain. Détresse toujours avec Obsession(s) – Une Histoire des Comores (6 février), une lecture théâtre de Jérôme Richer et Soeuf Elbadawi, sur les tueries dans l’archipel des Comores où, depuis 1995, les garde-côtes français coulent les navires voulant rejoindre Mayotte, restée française, depuis les autres îles de l’archipel. Espoir, pourtant, avec Se Souvenir pour Réinventer l’Avenir (du 31 janvier au 25 mars), exposition de l’Université populaire albanaise rendant hommage aux Albanais ayant aidés des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, et retraçant au travers de portraits ses « Justes parmi les Nations ». Espoir encore avec Majorité Silencieuse (du 31 janvier au 25 mars), de Maylène Mathée et Sébastien Grosset, une installation vidéo qui, à l’occasion de l’anniversaire le 18 janvier de la promulgation de la Loi Veil, met en lumière ce succès de démocratie tout en rappelant les inégalités hommes-femmes à l’intérieur même de son histoire. En effet, seules 9 femmes siégeaient alors parmi les 490 députés du parlement français. Cynisme et inquiétude enfin, avec tour à tour Le Rapport Bergier  de José Lillo, L’Un de Nous Deux (2 février) de Jean-Noël Jeanneney, et Hongrie : Un Théâtre au Cœur de l’Action (du 8 au 11 février) de György Karsaï, où les exactions nazies, le rapport de la Suisse au 3ème Reich et le gouvernement d’extrême-droite de l’Hongrois Viktor Orbán sont de nouveau épluchés, étudiés et mis en scène.

On l’aura compris ce festival n’a pas vocation de faire rire ou d’émerveiller. Ici, c’est la dure réalité, l’atroce vérité qu’on voudrait pouvoir relayer au placard ou cacher sous le tapis qui est montrée au grand jour encore et toujours pour qu’on ne l’oublie pas, que l’on préserve la mémoire de nos morts, de nos blessés, de nos déportés, mais également que l’on découvre  ceux des autres, dont les médias internationaux font souvent fi. Voilà ainsi Mémoires Blessées, à découvrir donc, par envie et par devoir.

Infos pratiques : Festival Mémoire Blessées au Théâtre de Saint-Gervais, du 31 janvier au 11 février 2017.

http://www.saintgervais.ch/programme/detail/memoires-blessees-1

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