Diablo Swing Orchestra, un groupe suédois qui nous fait swinguer dans un melting pot de genres musicaux allant du métal au jazz en passant par le classique. Tellement satanique !

Le propos ici n’est pas scientifique, mais, selon Wikipédia, la fusion nucléaire (ou thermonucléaire) est la fusion de deux noyaux atomiques. C’est cette réaction qui est opérée dans les étoiles[1]. Si vous me permettez le jeu de mots, la fusion nucléaire, c’est quelque chose de brillant ! Si cette fusion nous éblouit chaque matin alors que nous sommes encore à moitié endormis, une fusion peut aussi éblouir nos oreilles par la beauté du mélange musical. Et c’est là qu’intervient Diablo Swing Orchestra.

Ce groupe est loin d’être le premier à mélanger les genres. À vrai dire, la création un nouveau style musical vient bien souvent d’une fusion, comme le rock’n’roll que l’on dit mélange de blues et de country. Mais le terme fusion est aussi utilisé dans un genre précis comme pour le jazz fusion, mélange de jazz et de rock teinté de funk. Diablo Swing Orchestra, c’est autre chose, un véritable ovni musical. La musique du groupe est souvent décrite comme de l’avant-garde métal – qui semble en effet être l’influence majeure – mais ajoutez à cela du swing bien jazzy (le nom n’est pas trompeur) et un chant d’opéra, ça donne quelque chose… de brillant !

https://www.youtube.com/watch?v=m2mZVOd0jWY

Le groupe naît dans une légende remontant au XVIe. En 1501, en Suède, un groupe joue comme aucun autre, The Devil’s Orchestra. Chacun de ses concerts bouleverse son auditoire de sa musique divine et séductrice. Sa renommée devient telle que l’Église luthérienne suédoise s’inquiète de sa perte d’influence face à celle du groupe. Elle utilise alors le style de vie du groupe pour l’accuser de satanisme et le frapper d’hérésie. Le groupe vit depuis lors dans la clandestinité, comme des hors-la-loi mais jamais sa musique ne cesse car le groupe garde le soutien du peuple. L’Église met alors leurs têtes à un prix tel que les musiciens savent que leurs chances de survie sont nulles. Ils décident alors de finir dans un grand final, un concert des plus mémorables !

Mais l’orchestre ne doit pas mourir ainsi et les descendants du groupe ont pour instruction de se transmettre leur histoire et cinq cents ans plus tard de reformer l’orchestre. Leur grand concert, en 1503, rassemble des milliers de spectateurs et les membres du groupe sont arrêtés à la fin du concert, et condamnés à mort. Ce n’est qu’en 2003 que deux descendants des musiciens se rencontrent dans un magasin et parlent musique. Malheureusement, les instructions laissées par leurs ancêtres ont été détruites par l’Église. Les deux musiciens décident alors de reformer le groupe de manière moderne. Une voix d’opéra, un batteur groovy, un bassiste funky, un violoncelliste érudit et deux guitaristes, de quoi marquer le retour sous le nom du Diablo Swing Orchestra[2].

https://www.youtube.com/watch?v=osTu38yuuHo

Le sextet suédois se crée avec une base peu originale pour un groupe de métal : voix (Lisa Hansson), guitares (Daniel Håkansson et Pontus Mantefors), basse (Anders Johansson), batterie (Andreas Halvardsson), la particularité pourrait être le violoncelle (Johannes Bergion) mais ça fait longtemps que le métal a intégré les cordes de la musique classique dans son paysage musical. Mais dès le premier EP du groupe en 2003, Borderline Hymns, on sent le mélange d’influences. Du métal bien lourd, toujours accompagné de cette angélique voix d’opéra, sans oublier cette guitare classique qui accompagne le morceau « D’angelo ».

https://www.youtube.com/watch?v=YlTIOIaLd4c

Le groupe voit l’arrivée d’une nouvelle chanteuse en 2005, AnnLouice Lögdlund, qui chantera de sa voix d’opéra pour le groupe et ce jusqu’em 2014, lorsqu’elle préfère se concentrer sur une carrière dans la musique classique. L’ouverture de leur premier album, The Butcher’s Ballroom publié en 2006, est empreinte de l’influence jazz du groupe avec une intro en chabada pour la batterie sur « Balrog Boogie ». Le métal reste la base le leur musique sur l’album mais celui-ci reprend les quatre morceaux de l’EP Borderline Hymns, dont « D’angelo ». « Gunpowder Chant » démontre un certain éclectisme du groupe avec ses sonorités orientales tandis que « Qualms of Conscience » est une balade au piano.

https://www.youtube.com/watch?v=gsmAF9cVPm4

En 2009, le groupe revient pour un nouvel album, Sing Along Songs for the Damned & Delirious à la pochette aussi délirante que le titre (mais la fille sur ce manège fait un peu peur quand même). Quelques nouveautés pour le groupe, qui ajoute à sa composition deux cuivres : une trompette (Martin Isaksson) et un trombone (Daniel Hedin). Les deux musiciens rejoignent le groupe deux ans plus tard. Avec l’intégration de ces deux musiciens, le son du groupe prend clairement plus des allures de swing et l’influence jazzy se fait ressentir. Le groupe continue les mélanges de genre en ajoutant une courte balade russe « Siberian Love Affairs » et un « Memoirs Of A Roadkill » difficile à identifier avec des accents de swing et de jazz manouche. Le sommet de l’album reste son morceau d’introduction « A Tap Dancer’s Dilemma » (voir la 2e vidéo) mais il faut compter avec quelques autres morceaux aux rythmes entraînants : « Lucy Fears The Morning Star », « Vodka Inferno », « Ricera Dell’anima » pour n’en citer que trois.

https://www.youtube.com/watch?v=cA_MS3OJ1sE

Le groupe sort son 3e album en 2012, Pandora’s Piñata qui marque l’arrivée d’un nouveau batteur (Petter Karlsson puis Johan Norbäck). L’album commence avec un « Voodoo Mon Amour » aussi déjanté qu’on peut s’y attendre venant de ce groupe, comme l’est « Black Box Messiah » avec ses voix folles déformées. Il est suivi de « Guerrilla Laments » dont certaines parties du morceau nous transportent dans un stade de corrida (sans faire de mal à aucun taureau). Le groupe alterne toujours entre parties énergiques et parties plus douces, ce qui se remarque avec les doux « How to Organize a Lynch Mob » et « Aurora ». On ressent les accents funky sur « Honey Trap Aftermath » tandis que « Mass Rapture » est plutôt influencé par la musique orientale en la mêlant au métal.

https://www.youtube.com/watch?v=MhYiANz5oeI

Depuis 2012, le groupe n’a pas sorti d’album mais sa composition a légèrement changé avec le départ de la chanteuse AnnLouice Lögdlund qui ne pouvait plus concilier sa carrière solo dans la musique classique avec celle du groupe. Elle est remplacée par Kristin Evegård et avec elle, le groupe sort un nouveau single, « Jigsaw Hustle » en 2014. Il rompt avec la tradition du groupe en étant plus pop-métal que ce que le groupe est habitué à faire et la nouvelle chanteuse n’a pas de chant d’opéra. Il ne nous reste qu’à espérer que le groupe reviendra à sa fusion musicale de jazz, classique et bien sûr métal dans leurs futurs arrangements. En attendant, leurs premiers albums brillent et attention, la lumière flashe :

https://www.youtube.com/watch?v=WU1dtLsNHSQ

Noé Rouget


[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Fusion_nucl%C3%A9aire

[2] http://www.candlelightrecords.co.uk/candleweb/redesign/candle_diablo.htm