Dévoreurs de livres, Les Livrophages vous emmènent chaque semaine à la rencontre d’un ouvrage et d’un auteur différents. Aujourd’hui, Caroline Mirski vous emporte dans la vie d’une famille et de sa nounou, avec Chanson douce de Leila Slimani, prix Goncourt 2016.

« Le bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu’il n’avait pas souffert. »

La scène inaugurale commence sans équivoque, par la mort d’un enfant. La coupable sera la nounou, celle qui est censée veiller sur les enfants des autres, leur donner de son temps et de son attention, celle qui va commettre un acte abominable et irréversible.

Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide de reprendre une activité professionnelle, malgré une vie confortable et les réticences de son mari, Paul. Comme la plupart des couples, ils vont finir par chercher une nounou pour garder Mila et Adam. Après un recrutement minutieux, ils vont engager Louise, une femme qui semble parfaite sous tous rapports. Sa présence, son efficacité, son affection pour les enfants vont devenir très vite primordiales. Louise sait se rendre indispensable en s’occupant non seulement d’Adam et de Mila comme leur propre mère, mais également comme une femme de ménage efficace et une très bonne cuisinière. Elle va petit à petit faire partie de la famille, devenant presque un membre à part entière : vacances, diner au restaurant et excursion en bateau, jusqu’au terrible drame.

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Leila Slimani, jeune journaliste et auteur franco-marocaine de 35 ans, nous offre son deuxième roman. Elle nous emmène dans la vie banale d’une famille qui va vivre un événement tragique. Au-delà d’un fait divers dont l’histoire a été inspirée, l’auteur nous fait découvrir l’intimité d’une femme, tiraillée entre son devoir de mère et son désir d’exister en s’épanouissant professionnellement. Elle pose la question du choix entre la vie de femme au foyer frustrée et la femme active débordée. Au milieu se trouvent les enfants, source de bonheur, mais également d’angoisse. La nounou sera la planche de salut pour Myriam qui pourra, grâce à elle, mener deux vies de front. Mais Louise dans sa solitude et son désarroi va s’accrocher aux enfants et au couple, au point de se greffer à cette famille qui n’est pas la sienne, faute d’en avoir eu une vraie, à elle. Elle s’y installe pour ne plus en partir et n’imagine pas sa vie sans eux. Leila Slimani fait entrer le lecteur dans l’esprit de la nounou et malgré son acte insensé, la rend humaine et vulnérable. D’un style sobre et épuré, ce récit familial se focalise sur la psychologie des personnages et décrit une problématique en apparence simple, celle de la garde des enfants, mettant en lumière des aspects traitant de classe sociale, de culture, d’éducation, mais aussi de rapports de forces et d’argent. Chanson douce a reçu le prix Goncourt 2016 et met de ce fait en avant le talent incontesté de Leila Slimani, auteur à l’avenir très prometteur.

Caroline Mirski

Référence : Leila Slimani, Chanson douce, éditions Gallimard, 2016, Paris.

Photos : © Magali Bossi (banner) et © Joël Saget / AFP (couverture)

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