Pour l’Atelier théâtre du Département de français (ATDF), le compte à rebours a commencé : après quatre représentations de Bovary de Tiago Rodrigues du 1er au 4 mai à 20h dans la salle de spectacle de l’Unige (MS180), direction la Comédie et sa grande scène pour le festival Commedia, vendredi 11 mai.

Créé en 1996, l’ATDF est bien connu des étudiants en Français moderne, qui peuvent y participer dans le cadre du BA7 de dramaturgie, mais il est aussi fréquenté par des étudiants qui viennent d’horizons très différents : d’autres départements des Lettres mais aussi d’autres facultés, que ce soit grâce aux Activités Culturelles ou dans le cadre de cours à option. Le groupe de cette année ne fait pas exception dans sa diversité, le charme d’un melting pot culturel en plus (la preuve sur scène !). Tous les deux ans, les participants se transforment réellement en comédiens et l’ATDF devient une troupe sous la direction d’Éric Eigenmann, professeur associé au Département de français mais surtout animateur de l’atelier. Après avoir mis en scène Juste la fin du monde, de Jean-Luc Lagarce en 2014 et Forêts de Wajdi Mouawad en 2016[1], il a choisi cette année Bovary de Tiago Rodriges, une réécriture théâtrale de Madame Bovary de Gustave Flaubert dans laquelle l’œuvre est mise en perspective avec le procès de mœurs intenté à l’auteur après la publication du roman. Il a expliqué à REEL pourquoi :

« J’aime les pièces d’écriture contemporaine qui comportent une dimension de défi, qui semblent difficiles à monter[2]. Cela faisait un moment que j’avais envie d’une pièce plus narrative et en ayant l’idée d’adapter un classique, je pensais justement à Flaubert[3]. Et puis, j’ai vu Bovary jouée à Meyrin dans la mise en scène de l’auteur et j’ai réalisé qu’il existait déjà une bonne adaptation, le fait que le texte original soit en portugais n’étant finalement pas un problème puisqu’il est issu d’un roman français. Le seul problème restait le nombre de personnages : pour permettre à tou-te-s les comédien-ne-s intéressé-e-s de participer il a fallu les démultiplier. Cette polyphonie, qui vient pourtant d’une contrainte technique, permet de faire mieux passer le texte des avocats (que j’avais moi-même trouvé très long en tant que spectateur) grâce au côté ludique du partage des voix. »

Après s’être déjà familiarisés avec le texte l’automne dernier, les participants à l’atelier se sont mis au travail dès la rentrée de février – avec quelques nouveaux venus – et le groupe s’est transformé en troupe avec toujours le même objectif en tête : le plaisir de jouer. La production du Bovary de l’ATDF est ainsi le fruit des propositions faites par les comédiens tout au long de l’année et de l’expérience d’Éric Eigenmann et Sylvie Jehan à la production et Natacha Jaquerod à la scénographie. Ils ont finalement fait de ce texte le leur et, dans la fébrilité d’une des dernières répétitions avant la première, encouragent nos lecteurs à venir découvrir cette nouvelle Madame Bovary :

« C’est plus qu’une adaptation : la pièce joue sur un emboîtement entre le roman, le procès et les lettres que Flaubert a écrites ensuite, et c’est la même chose avec les personnages, les avocats finissent par rentrer dans les scènes du roman tandis que ses personnages en sortent. Le sujet prend vie en fait, c’est Flaubert qui s’exprime directement et l’affrontement entre les avocats donne plus de rythme et d’humour encore, il y a pratiquement des « punchlines ». La pièce aide à comprendre le roman, à y découvrir des choses qu’on n’y avait pas vues mais elle prend aussi le contre-pied de ce qu’on n’a pas forcément aimé dans le texte. D’ailleurs, ceux qui n’ont pas aimé le personnage seront ravis : venez voir Madame Bovary attaquée par les avocats ! »

Anaïs Rouget

Infos pratiques : Bovary de Tiago Rodrigues, le vendredi 11 mai à 20h à la Comédie de Genève (Grande salle) par l’Atelier-Théâtre de Département de Français.

http://festivalcommedia.ch/film/bovary/

https://www.facebook.com/events/1798136900494096

Photo : ©Sylvie Jehan

[1] Les deux pièces ont été présentés durant les éditions précédentes de Commedia : (re)découvrez nos articles :
http://www.reelgeneve.ch/juste-la-fin-du-monde-une-famille-et-un-enterrement/
http://www.reelgeneve.ch/voyage-dans-les-forets-de-wajdi-mouawad-avec-latdf/
http://www.reelgeneve.ch/latdf-commence-commedia-sur-les-chapeaux-de-roues-en-forets/

[2] C’était déjà le cas avec les deux productions précédentes. [ndlr]

[3] Dont l’œuvre est souvent considérée comme étant très loin du théâtre.