Cet article est une tribune d’expression. Comme toute tribune, elle reflète les opinions de son auteur(e), que la Rédaction s’engage à publier sans forcément toujours les partager.

 

J’aurais voulu écrire un beau texte de voyage, qui parle de rencontres, de pensées qui éclosent à la fenêtre d’un train, de rires exotiques, de couleurs qui pétillent la nuit accrochées aux lampadaires et aux néons d’échoppes, des cieux que l’on voit pour la première fois et qui s’évanouissent presque aussitôt pour en faire place à d’autres, de lacs gelés éclairés par le soleil du nord, de réveils glaciaires sous une tente au milieu de rien mais avec le sentiment d’être entouré de tant de choses, d’étendues de neige, de sable, de poussières, de soleils et de voies lactées, de lacs, de monts, de steppes, de plages, de pluies torrentielles et de chaleurs écrasantes, de gens qui chantent, qui rient, qui courent, qui s’asseyent à côté de moi dans le bus, le train ou le bateau, qui me parlent, qui m’ignorent, qui lisent ou qui crient. J’aurais voulu écrire sur ces belles choses, car elles me rendent heureux, elles sont porteuses de sens, pour moi et pour, j’en suis sûr, plein d’autres personnes aussi. Mais aujourd’hui Donald Trump est élu président, et cela me rend triste, car il représente l’exact contraire de tout ce qui me tient à cœur. Alors à la place de rêver et me perdre à raconter diverses tribulations en terra incognita, je rumine, je vomis mentalement sur cette immondice à tête blonde et sur toutes les personnes qui ont pu lui accorder une once de soutien ou de crédibilité. J’ai beau m’exténuer à reprendre le cours de mes pensées, de suivre les chemins mentaux du voyage, de remonter dans le train de mes souvenirs mais rien n’y fait, le bruit de fond de la radio me ramène à quai et me rappelle depuis déjà trop d’heures les mauvaises nouvelles de la journée. Personne ne devrait être ainsi capable de susciter autant d’amertume et de dégoût, de murer ainsi toute perspective réjouissante et d’obscurcir les pensées, les rêves et les désirs. Je veux continuer à voyager. Tout le monde veut continuer à voyager. Il faut éteindre les obscénités et regarder par la fenêtre.
Il neige ce soir.
Il est temps de se remettre à écrire et de poursuivre la route.

Léo Tichelli

Photo : © Léo Tichelli