Chaque lundi, REEL vous offre dans ses pages numériques un éditorial. Tribune d’expression, cette chronique a souvent un pied dans l’actualité la plus immédiate. Elle reflète les opinions de son auteur(e), que la Rédaction s’engage à publier sans forcément toujours les partager.

Jeudi dernier, jour de l’Ascension, avait lieu à Genève la finale de la coupe de Suisse de football. En marge de l’événement, un important dispositif policier a été déployé. Cela était-il vraiment nécessaire ?

La finale de la coupe de Suisse, on en a tous entendu parler. Sion allait-il conserver son invincibilité en finale face à la meilleure équipe du pays ? Sur le terrain, le résultat n’a pas répondu aux attentes des supporters valaisans. Mais plusieurs questions autour de l’organisation se posent : Un tel risque de violence est-il normal dans le monde du sport ? Un tel dispositif policier est-il vraiment nécessaire dans ce cadre ?

À la première question, je répondrai de manière catégorique : non ! Le sport ne véhicule pas des valeurs prônant la violence ! Certes, il existe des sports de combat – mais rappelons que la « violence » y est codifiée, grâce à des règles précises – certes, les bagarres sont légion lors des matches de hockey sur glace par exemple – le contexte est ici très particulier, avec des rushs très courts de la part des joueurs, qui mettent une intensité phénoménale pendant quelques minutes, normal que les nerfs craquent parfois – mais cette violence parmi les supporters n’est pas normale, encore moins excusable.

Rappelons d’abord le contexte. Pour cette finale, deux parcours différents ont été mis en place pour permettre aux cortèges de supporters d’aller de la gare Cornavin au stade de La Praille. Ils ne devaient en aucun cas se croiser, le risque de bagarres entre eux étant élevé. La question se pose alors : pourquoi des êtres humains, venus assister à une compétition sportive, pourraient-ils se battre ? Le sport doit être le véhicule de certaines valeurs, comme le respect, le fair-play, le fait de dépenser son énergie dans un but précis. En aucun cas il n’est question de violence. On utilise d’ailleurs souvent le sport pour évacuer le trop-plein d’énergie, d’énervement ou autre, sans violence. De nombreux incidents ont été à déplorer ces derniers temps. Outre les récurrentes remarques racistes à l’égard de certains joueurs, des incidents ont éclaté lors d’un match de coupe d’Europe entre l’Olympique Lyonnais et le Besiktas Istanbul, ou encore lors d’un match entre cette même équipe lyonnaise et Bastia, cette dernière ayant reçu de lourdes sanctions (défaite sur tapis vert, suspension de stade pendant plusieurs matchs, amendes…). On se souvient également des tristes affrontements, dans les rues françaises, entre Russes et Anglais durant le dernier Eurofoot. Il est temps pour les instances du football de se poser les bonnes questions…

Comparons cet événement à d’autres sports : la finale de la coupe de Suisse de basket-ball a également eu lieu à Genève, à l’Arena. Certes, le nombre de supporters n’était pas aussi élevé (5’000 environ contre 25’000 pour le foot), mais le dispositif de sécurité n’était, et de loin, pas aussi important. Des agents de sécurité étaient présents, comme pour n’importe quel événement rassemblant autant de personnes, mais à aucun moment les supporters n’ont dû être séparés. Au contraire, les Montheysans, bien que déçus par la défaite de leur équipe, ont bu des verres au bar en compagnie de leurs homologues genevois, le tout dans une ambiance bon enfant. Pis, des débordements ont eu lieu – ils ont été le fait de certains joueurs et membres du staff du BBC Monthey – et les supporters ont demandé des comptes et des excuses au club. Aucun n’a donc cautionné une telle violence. En coupe Davis non plus, alors que 17’000 supporters étaient présents pour la demi-finale face à l’Italie à Palexpo, aucun débordement n’a été à déplorer. Pourquoi donc cette violence gangrène le football ? À cette question, je n’ai malheureusement pas de réponse…

La deuxième question posée est celle de la nécessité d’un tel dispositif. La réponse est ici bien plus épineuse : force est de constater que, au vu des antécédents[1], il était nécessaire de déployer autant d’agents. Le bilan a d’ailleurs été positif, puisque peu de dégâts ont été à signaler : on parle de quelques vitres brisées et d’un panneau routier abîmé, soit, d’après la police genevoise, moins qu’un samedi soir habituel. J’aurais tendance à dire que c’est déjà trop, rien ne justifiant de tels actes, en marge d’un événement sportif. Le problème qui se pose, dans cette mobilisation de 600 policiers (police et police municipale confondues), avec des renforts venus d’autres cantons, est celui de leur absence ailleurs. On entend souvent que la police genevoise manque d’effectif, pourtant, on est contraint de mobiliser de nombreux agents pour cette manifestation. Ce sont autant d’agents qui n’étaient pas ailleurs, à assurer leur travail quotidien.

La question du coût se pose également. On parle de dépenses de plus d’un million de francs. À l’heure où la mode est à la coupe budgétaire – on se souvient tous des coupes voulues dans la culture ou dans l’enseignement – on peut donc se poser la question de l’intérêt d’une telle dépense. Quels profits en a-t-on tiré ? L’accueil d’un événement populaire important le justifie-t-il ? Ces questions-là mériteraient une plus ample réflexion…

Violence dans le football, dispositif important afin d’éviter les affrontements entre « supporters » – peut-on encore les appeler ainsi, pour ceux que cela concerne ? – coût élevé… autant de critiques et de problèmes qui amènent à se poser de nombreuses questions sur l’avenir de tels événements en Suisse et dans le monde. Le football est-il gangréné par la violence ? L’argent qui transite dans des sommes colossales permet-il de justifier tout cela ? Ne devrait-on pas organiser les matchs à risque à huis clos ? Autant de questions qui doivent être posées, si nous ne voulons pas courir à la catastrophe. Ramenons le sport à ses valeurs premières.

Fabien Imhof

Références :

https://www.rts.ch/play/tv/12h45/video/coupe-de-suisse-la-police-genevoise-dresse-un-bilan-positif?id=8653280

http://www.lemanbleu.ch/fr/News/Les-forces-de-l-ordre-se-preparent-pour-la-coupe-suisse.html

http://www.lepoint.fr/dossiers/sport/racisme-foot/

http://www.ouest-france.fr/sport/football/ligue-europa/ligue-europa-lyon-besiktas-retour-sur-les-incidents-d-avant-match-4928916

http://sport24.lefigaro.fr/football/ligue-europa/actualites/incidents-lors-de-lyon-besiktas-exclusion-avec-sursis-et-amende-pour-les-deux-clubs-855548

http://www.leparisien.fr/sports/football/video-ligue-1-des-supporteurs-de-bastia-prennent-a-partie-les-joueurs-de-lyon-16-04-2017-6859377.php

http://www.rts.ch/decouverte/monde-et-societe/metiers/metiers-du-foot/2081763-football-et-violence-en-suisse.html

https://www.rts.ch/sport/football/7797364-uefa-euro-2016-langleterre-et-la-russie-menacees-de-disqualification.html

Pour une touche d’ironie : http://www.legorafi.fr/2017/03/14/pour-un-hooligan-sur-deux-il-y-a-un-probleme-de-football-dans-la-violence/

Photo : francetvinfo.fr

Cette photo représente les émeutes ayant eu lieu entre supporters russes et français lors de l’Euro 2016, comme illustration des dérives que peuvent atteindre ces derniers.

[1] On peut évoquer l’agression d’un bus servettien sur une aire d’autoroute par des « supporters » du FC Sion : http://www.tdg.ch/sports/sfc/agression-servette-fc-derniers-elements/story/15646094 condamnée fermement par Christian Constantin, président du club valaisan.