« Vous connaissez des femmes qui n’ont jamais été harcelées dans la rue, vous ? Moi non plus. »[1]

Et c’est bien là le problème. C’est pourquoi même en Suisse, nous, femmes, avons une petite appréhension de l’espace public. De nombreuses études portant sur différents milieux et différents pays montrent qu’une majorité de femmes ont déjà subi du harcèlement de rue. C’est pourquoi nous changeons d’avis et choisissons parfois de porter la robe un peu plus longue au lieu de celle qui nous fait vraiment envie.

J’ajouterais qu’une forme d’autocensure comme celle-ci rappelle certains gouvernements qui forcent les femmes à se couvrir les cheveux : dans les deux cas, la femme ne peut se vêtir comme elle le désire vraiment et dans ces deux cas, c’est en raison de la pression du regard masculin. Il est temps de libérer les femmes de l’usuelle pression masculine et sociétale et dans le cas du harcèlement de rue comme dans les autres discriminations, la principale chose à faire, c’est de ne surtout pas banaliser.

Bien sûr, tous les hommes n’ont pas un regard dénigrant sur les femmes dans l’espace public, et heureusement. Mais ils sont encore suffisamment nombreux pour restreindre les libertés féminines.

Qu’est-ce que le harcèlement de rue ?

Les définitions sont nombreuses et plus ou moins inclusives. Certains par exemple, comptent dans le harcèlement les compliments de la part d’inconnus, d’autres non. Je reviendrai sur cette ambiguïté. Selon moi, le harcèlement de rue peut aussi porter sur d’autres traits physiques d’un individu – handicap, discriminations raciales –, mais ce type de harcèlement n’est malheureusement que peu mis en avant. Par souci de clarté, je me baserai dans cet article sur la définition apportée par le site officiel de la ville de Lausanne :

« Le « harcèlement de rue » désigne les comportements adressés aux personnes dans les lieux publics – rues, parcs, transports publics, bars et discothèques – visant à les interpeler verbalement ou non, en leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. »[2] On parle de harcèlement dans la mesure où ces sollicitations malvenues arrivent parfois plusieurs fois en une journée, même s’il s’agit de plusieurs individus différents[3].

Le harcèlement de rue peut donc toucher n’importe qui, avec une plus grande fréquence et intensité envers les femmes et les personnes LGBT. Me considérant comme une femme hétérosexuelle, je ne parlerai que du cas du harcèlement de rue exercé sur les personnes de sexe féminin.

Quant à la question de considérer ou non les compliments sur le physique comme du harcèlement, je considère personnellement qu’ils en font partie.

Je parle de compliments adressés sans autre : ni bonjour, ni autre démonstration d’appréciation de l’humanité de la personne abordée. Premièrement, cette action constitue une intrusion dans l’intimité d’une personne. De plus, même si l’intention se veut positive, une telle intervention part d’une « validation » du physique de la femme et la réduit donc – une fois de plus – à son apparence. Elle est donc inappropriée.

Pourquoi le harcèlement de rue est-il négatif pour les femmes ?

Le harcèlement de rue fait de l’espace public un espace essentiellement masculin, c’est-à-dire que les femmes n’y sont pas bienvenues ou seulement sous certaines conditions : suffisamment couvertes, pas seules, en journée, et j’en passe. En dehors de ces conditions, elles l’ont cherché, alors que rien ne justifie le harcèlement et rien ne justifie de blâmer les victimes. Le respect de ces conditions implicites, en plus d’être injuste, n’empêche pas – loin de là – le harcèlement de rue, qui peut également arriver en pleine journée, accompagnée d’un ami et vêtue d’un pantalon ample, exactement ce qui m’est arrivé il y a quelques jours. Ainsi, les femmes sont non seulement réifiées sexuellement, mais également recalées à l’espace privé, domestique, et donc privées d’une part de leur liberté.

Comment réagir si je suis harcelée ?

La seule réelle solution pour lutter contre ce fléau est l’éducation des garçons et hommes pour leur faire comprendre que les femmes leur sont égales et ainsi dignes de respect quelles que soient les situations, mais également celle des filles et des femmes, qui doivent prendre conscience de leurs droits, notamment le droit de refuser la marchandisation de leurs corps. C’est pourquoi les idées proposées ci-après n’en soigneront que les conséquences, qui sont par exemple la peur de l’espace public qu’engendre le harcèlement de rue. Dans un monde idéal, ce ne serait pas aux victimes de mieux se préparer à une agression mais aux agresseurs de savoir se tenir. Mais le monde étant ce qu’il est, ces quelques astuces permettront au moins aux éventuelles victimes de se sentir plus confiantes.

Premièrement, s’inscrire à un cours d’autodéfense, pour savoir se défendre physiquement mais aussi savoir comment réagir pour prévenir le pire. Ayant généralement lieu sous forme de sessions de 4-5 cours, ils peuvent aussi être disponibles à l’année.

D’autres astuces sont à connaitre plus en vrac : dire clairement ce qu’on veut (exemple : « éloignez-vous ! »), faire un scandale, parler fort en décrivant l’agresseur pour attirer l’attention sur lui, prévenir les responsables du lieu… Le but est ici de le déstabiliser.

Dans une foule, il s’agit d’interpeller des personnes en particulier et non crier à l’aide dans le tas. Une personne spécifique se sentira mal de ne pas réagir alors qu’on s’adresse à elle, tandis que dans une foule, la tendance est à se dire « il faut que quelqu’un réagisse », sans rien faire.

Et dans le cas où vous êtes témoin d’une situation de harcèlement, interpellez la victime, faites semblant de la connaitre et de l’avoir attendue 20 minutes, etc. Stoppez le processus.

Et si malgré mes propos, vous avez encore du mal à voir quels méfaits peut avoir le harcèlement de rue, même minime, je vous propose d’imaginer en subir quotidiennement voire plusieurs fois par jour, toute l’année, pendant toutes les années de votre vie, et ce en complément des très nombreuses autres discriminations faites aux femmes. Demandez-vous maintenant si vous n’en auriez pas rapidement assez. Ainsi peut-être pourrez-vous avoir plus de facilité à ressentir de l’empathie.

Pour en savoir plus au sujet du harcèlement de rue et de ses conséquences, ou du féminisme plus largement, je vous conseille les vidéos de la chaîne YouTube « Madmoizelle » et plus particulièrement celles réalisées par Marion Seclin.

« C’est à eux de comprendre que nous ne sommes pas des bouts de viande à leur disposition. »[4]

Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Harc%C3%A8lement_de_rue http://www.barbieturix.com/2014/05/01/harcelement-de-rue-les-strategies/


[1] http://harcelementderue.tumblr.com/ [2] http://www.lausanne.ch/harcelement [3]https://www.youtube.com/watch?annotation_id=annotation_3312652381&feature=iv&src_vid=q_ZUHQFHMBI&v=t00b2r4oWno [4] http://www.stopharcelementderue.org/