Ce vendredi 13 novembre s’est ouvert à l’Auditorium Arditi le 17e Festival FILMAR en América Latina.

Pendant deux semaines (13-29 novembre), se succéderont sur les écrans une sélection des meilleures productions cinématographiques récentes du continent latino-américain. Cette année, ce seront près de cent films, comprenant fictions et documentaires, venant de 18 pays différents, qui seront projetés dans les quelques trente cinémas qui accueillent l’événement, ceux-ci se situant en grande partie à Genève, mais également dans d’autres villes de Suisse romande et en France voisine.

Le festival FILMAR est l’occasion pour le public de découvrir un cinéma engagé, créatif et d’une grande diversité. Il met également à l’honneur les jeunes cinéastes, qui voient leurs productions projetées en exclusivité en Suisse, après avoir été récompensées dans les principaux festivals internationaux.

Comme chaque année, huit films sont en lice pour le prix du public[1], et huit autres pour le prix du Jury des Jeunes[2]. La remise des prix aura lieu le dimanche 29 novembre lors de la cérémonie de clôture à l’Auditorium Arditi.

Le festival a débuté avec la projection du film Ixcanul Volcano du cinéaste guatémaltèque Jayro Bustamente. Il s’agit de son premier long-métrage, sorti en 2015 et primé lors du 65e Festival international du film de Berlin en février dernier. Ixcanul Volcano raconte l’histoire d’une jeune femme maya, María. Elle vit avec ses parents dans une exploitation de café sur le flanc d’un volcan. Étant promise à Ignacio, le contremaître de la plantation, ceci lui assure, ainsi qu’à ses parents, un logement et un travail. Mais María a une liaison avec Pepe, dont elle attend un enfant.

Dès les premières minutes, nous sommes plongés dans le quotidien de cette famille maya, dont la vie est rythmée par la culture du café et la lutte pour subsister dans un environnement chargé d’hostilités. Animosité des hommes, animosité de la nature.

Le sort de la famille de María dépend de son mariage avec Ignacio et de la récolte du café. Tributaires des serpents qui infestent le domaine et menacent les plantations, ils dépendent également d’hommes comme Ignacio, qui joue sur le fait que ni María ni sa famille ne parlent espagnol, ce qui lui permet de les manipuler et de les tromper.

Attachée aux traditions et aux croyances de son peuple, Juana, la mère de María, invoque la force du volcan afin que celui-ci assure à sa fille un mariage heureux. Le volcan est omniprésent. Il est à la fois inamical de par la faune qu’il abrite et doué de pouvoirs surnaturels, selon les convictions locales.

Divinité à laquelle on adresse des prières, il incarne une figure protectrice et qui pourtant isole. Il est à la fois abri et prison. Prison, car il maintient les populations indigènes dans un cocon rassurant mais aux horizons limités.

Dans un pays dirigé par des Guatémaltèques descendants des colons espagnols, l’accès au monde moderne, à ses progrès technologiques et scientifiques semble ne pouvoir passer que par un abandon de l’identité maya. Ceux qui refusent d’être relégués au plus bas niveau social, destin inévitable des Mayas assimilés à un système fortement empreint de racisme, choisissent de rester fidèles à leur culture et à leur langue. Ils sont dès lors condamnés à vivre en marge de la société ; dans le film, l’isolement est accentué par le fait que personne dans la famille de María ne parle espagnol, ni ne sait lire et écrire.

Profitant de cette ignorance, Ignacio, blessé dans sa fierté d’homme, se venge après que María se soit donnée à un autre homme. Incarnation du machiste, il entend maintenir sa future épouse dans l’ignorance et dans un système de valeurs traditionnelles où la femme ne doit posséder pour seule qualité que la beauté et la capacité à tenir un ménage. Cette grossesse est dès lors considérée comme un acte de rébellion. Rébellion silencieuse, mais forte symboliquement. En effet, María veut pouvoir être maîtresse de son corps. Elle préfère donc réserver sa première expérience à un homme qu’elle a choisi et qu’elle aime.

Bien que les hommes se veulent être les chefs, et se comportent comme s’ils l’étaient, le film nous offre à voir une réalité différente. En effet, que ce soit María ou sa mère Juana, celles-ci possèdent un pouvoir que les hommes sous-estiment ou du moins préfèrent nier. Bien que le père soit la figure officielle du représentant de la famille, c’est néanmoins Juana, avec son caractère énergique, qui dirige le ménage. Épaulant sa fille lors de sa grossesse, s’occupant des animaux et du nettoyage des terres arables, elle est le véritable moteur de la famille. Juana est également porteuse des valeurs ancestrales qu’elle cherche à conserver, consacrant le volcan comme figure providentielle.

Ce même volcan protège María et les siens d’un monde à la fois menaçant et fascinant, car mystérieux. La jeune femme ressent une vive curiosité pour ce qui existe au-delà du volcan, un monde fantasmé, où elle rêve d’aller. La relation à cet inconnu est ambivalente. À la fois, ce monde la sauve de la morsure d’un serpent, et pourtant lui ravit Pepe, son amant, parti tenter sa chance aux Etats-Unis et son bébé, enlevé afin de fournir les réseaux clandestins d’adoption.

D’une grande actualité, Ixcanul Volcano donne la parole à des acteurs de la réalité, très souvent occultée, des populations mayas du Guatemala. Ce film nous pousse à la réflexion en examinant plus particulièrement la question de la place réservée aux femmes mayas, doublement stigmatisées au sein de la société guatémaltèque.

Camille de Félice

Prochaines projections :

15 novembre 2015, 11h00/ Ciné Brunch (Fribourg)

27 novembre 2015, 20h30/ Ciné Versoix (Versoix)

Photo : http://24fpsverite.com/review/drama/ixcanul-volcano-berlinale-65/


[1] Il s’agit des films “Carmín Tropical” ; “Eva no duerme” ; “Fome” ; “ La obra del siglo”; “NN sin identidad”; “Tiempo suspendido”; “Tus padres volverán”

[2] Il s’agit des films “Climas” ;  “El jeremías” ; “El silencio del río”; “Guaraní”; “La mujer de barro”; “La niña de tacones amarillos”; “Marina”; “Siembra”.