Cet été, les fans de football ont été spectateurs d’une vague de démesure. Une vague comme on n’en avait jamais vu jusqu’ici. Je parle de la fièvre acheteuse qu’ont fait preuve les clubs les plus puissants d’Europe comme le FC Barcelone, Manchester City, Chelsea, Manchester United ou encore le Paris-Saint-Germain qui a réalisé le transfert le plus cher de l’histoire en achetant Neymar pour 222 millions d’euros.

Déjà, lors de l’été 2009, la somme faramineuse de 96 millions d’euros qu’avait dépensé le Real Madrid pour se faire des services de Cristiano Ronaldo, à l’époque vainqueur du ballon d’Or 2008, semblait extravagante et puérile. C’est à partir de ce moment que les prix des joueurs n’ont fait que d’augmenter. Le Real Madrid nous avait déjà habitués à faire ce genre de transferts chocs, notamment avec le transfert de Luis Figo en 2000 pour 60 millions d’euros ou encore Zinedine Zidane pour 75 millions d’euros, une année après. Des sommes indécentes, certes, mais « justifiée » par le fait que ces joueurs-là faisaient déjà partis des meilleurs joueurs de la planète.

La principale différence par rapport aux autres mercatos,  c’est que lors de cet été 2017, des sommes incroyables ont été payées pour des joueurs qui sont très jeunes ou des joueurs « standards ». Des paliers qui n’avaient jamais été franchis l’ont été. Par exemple, Kylian Mbappé, âgé seulement de 18 ans, a été acheté par le Paris-Saint-Germain pour la somme de 145 millions d’euros sans compter les 35 millions en variables [1]. C’est un joueur doté d’un énorme potentiel mais qui pourrait voir sa progression stagner comme cela arrive souvent aux jeunes joueurs.

Mais qu’est-ce qui a engendré une telle augmentation des dépenses ? Comment les clubs ont-ils fait pour disposer de plus en plus de fonds pour se permettre de payer de telles sommes ?
C’est, entre autres, à cause de l’apparition des investisseurs. Ceux-ci rachètent des clubs et voient cet achat comme une sorte d’investissement pour leurs propres entreprises ou afin de faire plus d’argent en utilisant le club. Par exemple, Chelsea appartient à un milliardaire russe depuis 2003, Manchester United est géré par deux businessmen américains depuis 2005, ou encore, le Paris-Saint-Germain qui a été racheté par un fond d’investissement qatari en 2011.

En 2010, la règle du fair-play financier est instaurée par Michel Platini. Elle dicte que les clubs ne peuvent pas dépenser plus qu’ils ne gagnent (avec une tolérance de 45 millions d’euros) et donne l’espoir aux amateurs de foot de voir ces investisseurs disparaître. Pourtant, cela n’a fait qu’empirer la situation du football actuel. Désormais les clubs sont gérés comme des entreprises et toutes les actions ont un seul et même but : faire de l’argent. Avec le fair-play financier, il faut être rentable. Par conséquent, depuis quelques années déjà, les clubs les plus populaires font des tournées de préparation en Asie, Amérique du Nord et en Australie principalement. Souvent les joueurs se blessent lors de ces tournées à cause des longs voyages ou bien à cause du mauvais état des terrains. A priori, il n’y a aucun intérêt pour les équipes d’aller à l’autre bout de la Terre pour jouer contre une équipe inconnue et de voir les joueurs se blesser. Cependant, cette stratégie remplit les bourses des clubs très facilement et leur donnent un bon coup de publicité, dans les pays en question. Les investisseurs priorisent donc l’argent plutôt que le sport. Toutes les actions d’un club ont pour but d’amasser de l’argent. Par conséquent, en achetant des joueurs comme Neymar à des coûts extraordinaires, le club gagne beaucoup plus d’argent grâce aux pubs faites par le joueur et grâce à la vente de maillots et de goodies. Cette transaction permet aussi plus de partenariats avec des sponsors et plus de marketing par le biais des réseaux sociaux des joueurs. C’est, encore et toujours, plus d’argent.

Cette bulle spéculative provoque un ras-le-bol chez une partie des amateurs de football. Impossible d’aller supporter les équipes aux stades sans payer moins de 100 euros pour un billet. Cependant, on peut aussi rester à la maison et regarder le match à la télévision, en payant son forfait mensuel évidement. D’ailleurs, l’augmentation des droits télévision gonfle aussi les bourses des clubs. Actuellement, les plus grands championnats du monde reçoivent de 3,3 milliards d’euros de recette grâce à ces droits. Ce phénomène de répartition est entré en scène depuis les années 2000 environ, c’est donc une pratique récente. Depuis, les matchs ont été privatisés, puis, ils ont été vendus aux chaînes télévision qui offrent le plus d’argent. Une vente aux enchères s’est mise en place et a entraîné une augmentation incroyable du revenu reçu par les clubs. Mais, ce n’est pas le cas de tous les clubs : les plus gros clubs – avec le plus de fans – reçoivent plus d’argent, alors que les petits clubs doivent se répartir une infime partie du butin des droits télévision. Cela crée encore plus de différences financières entre les clubs possédant de riches investisseurs et des clubs modestes. Ces derniers sont le plus souvent gérés par des familles depuis des années, ou bien, parfois, par les propres fans du club (par exemple, HNK Hadjuk Split, un club de la ville de Split). Un cercle vicieux s’installe : les clubs pouvant réaliser des tournées mondiales se font de plus en plus de publicité, et, par conséquent, leurs droits télévision augmentent également. C’est donc plus d’argent au final. Ce phénomène signifie qu’ils pourront battre les équipes modestes encore plus facilement, créant ainsi un écart de plus en plus important.

En conséquence, un sport qui était à la base populaire devient élitiste et basé sur l’argent. Cette bulle continuera de gonfler et de devenir de plus en plus grande jusqu’à que le public dise stop. Pour ce faire, à mon avis, un boycott général de la part des fans permettrait une prise de conscience et un changement radical dans le monde du football. C’est peut-être le seul moyen pour retrouver un football qui nous plaît.

                                                                                                                                      Agustin Gonzalez

[1] variable : sommes versées en plus du transfert si le club acheteur atteint une série d’objectifs fixés.

Sources :

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2017/07/28/20002-20170728ARTFIG00004-football-comment-les-prix-ont-explose-sur-le-marche-des-transferts.php

http://www.lepoint.fr/economie/football-et-argent-une-bulle-prete-a-eclater-26-08-2017-2152363_28.php

http://blogs.lexpress.fr/pantheon-foot/2017/07/31/la-bulle-du-football-va-t-elle-eclater/

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