« On air. Off shore. Out of control. » Huit DJs sur un bateau dans les années 1960 à diffuser du rock et de la pop toute la journée. Good Morning England est une comédie britannique où l’on rentre dans le monde de la musique et de la contre-culture de l’époque.

À l’occasion d’une absence suite à une surcharge de travail, je me permets de voler la chronique tenue par Audrey Tissot pour vous parler de Good Morning England de Richard Curtis. Et vu le titre, vous vous dites « Oh mais ils ont repris l’idée du titre de Good Morning Vietnam ! » En fait, non, c’est la « traduction » française, mais il faut dire que ce film porte beaucoup de noms différents : I Love Radio Rock en Italie, Pirate Radio en Amérique du Nord, Radio Rock Revolution en Allemagne mais la version originale (britannique) est The Boat That Rocked. Vous aurez compris le programme : du rock, une radio, un bateau.

Le film se déroule en 1966, « à l’apogée du rock’n’roll britannique ». Pourtant la BBC ne diffuse quasiment pas de pop alors que le pays ne connaîtra pas de meilleure période pour celle-ci, moins de 45 minutes par jour selon la scène d’introduction. Mais comment survivre dans un tel monde, me demandez-vous ? C’est là qu’interviennent les radios pirates, elles ne sont pas autorisées et, pourtant, elles diffusent du rock et de la pop toute la journée et un britannique sur deux les écoute ! Les fondements de l’histoire de The Boat That Rocked sont inspirés d’une histoire vraie, celle de Radio Carolina, un navire diffusant sur la bande FM sa musique scandaleuse.

Ici, nous sommes sur le navire de Radio Rock. Le jeune Carl, expulsé de son école pour avoir fumé des cigarettes et de l’herbe, est envoyé sur le navire de son parrain, Quentin, par sa mère pour le remettre sur le droit chemin… ou peut-être pas tant que ça. Radio Rock n’est pas vraiment le meilleur lieu pour ça : « there’s sex, drugs, and alcohol » comme le dit “Thick” Kevin, sauf le sexe pour Carl, dont l’expérience qui s’en rapproche le plus fût de se faire lécher le visage par un cheval…

Sur ce navire, Carl rencontre d’abord son parrain, qui lui propose… cigarettes et joints ; les DJs Dr Dave, qui va chercher à l’aider à perdre sa virginité avant de coucher avec la fille qui lui plaît, The Count, Simon “Simple” Swafford et Angus “The Nut” Nutsford dont tout le monde se moque ; la cuisinière lesbienne Felicity, John “News” Mayford et “Thick” Kevin bien sûr, son colocataire complètement idiot. On rencontre ensuite le reste de l’équipe : le technicien Harold et le DJ “Midnight” Mark qui ne parle quasiment pas mais multiplie les conquêtes féminines, le hippie Bob “Smooth” Silver et le célèbre Gavin Kavanagh qui après avoir étanché sa soif d’alcool et de femmes revient sauver la radio en manque de recettes publicitaires.

Sur ce navire complètement déjanté, The Count cherche à être le premier à dire « Fuck » à la radio, Dave essaie de faire perdre sa virginité à Carl en le faisant coucher avec sa copine dans le noir complet pour qu’elle ne sache pas qu’il ne s’agit pas de lui-même, Quentin présente à Carl sa nièce Marianne (Talulah Riley), de laquelle il tombe amoureux, Simon se marie à Elenore (January Jones)… pour son plus grand malheur tandis que Gavin et The Count se défient pour savoir lequel des deux est la plus grosse poule mouillée en grimpant jusqu’en haut du mât, pour ensuite sauter à la mer. Mais ce film est surtout sur le développement de Carl, il s’agit pour lui comme d’un rite de passage. Sur ce navire, il découvre l’identité de son père et le rencontre pour la première fois, vit ses premières expériences sexuelles (on va dire que se faire lécher le visage par un cheval ne compte pas, d’accord ?), et se prend des cuites pour l’enterrement de vie de garçon de Simon.

Ce film représente assez bien l’image que l’on se fait de l’époque, la musique, la libération sexuelle… mais aussi les choses vraiment stupides qu’on imagine les hippies faire, comme lancer un adulte qui ne sait pas nager dans la mer (depuis un bateau, je le rappelle) parce que « if you throw a baby in, he floats, instinctively, naturally, it’s a beautiful thing ! I think if you throw in an adult, it doesn’t work that way » Non, vraiment un adulte ne flotte pas ? Mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se presser pour aller chercher Angus qui se noie !

Une épée de Damoclès est cependant constamment présente durant le film : Sir Alistair Dormandy, un ministre cherchant à faire fermer les radios pirates et particulièrement Radio Rock, et son fidèle Twatt (« connard » en français donc). Dormandy déteste les radios pirates, il est un bon petit britannique propre sur lui, respectant l’ordre et la loi et l’appliquant. Il reste généralement très poli sauf lorsqu’un « MY ASS ! » ou « We have their testicles in our hands… and it feels good ! » sortent de sa bouche. Mais surtout, au service de la reine, il déteste ce rock’n’roll « pornographic » et réussit à faire interdire les radios pirates… ce qui ne va arrêter personne sur la bateau de Radio Rock.

Le casting est excellent : entre grands acteurs britanniques (Bill Nighy, Kenneth Branagh, Emma Thomson) et acteurs dont la renommée s’installe peu à peu (Philip Seymour Hoffman, Rhys Ifans, Nick Frost), les acteurs moins connus (Tom Sturridge, Chris O’Dowd) trouvent leur place sans rester dans l’ombre. Philip Seymour Hoffman incarne le Count, le DJ américain dont le retour à bord de Rhys Ifans en Gavin, le DJ qu’il a remplacé lors de son arrivée, met en difficulté, d’autant que Gavin, imbu de sa personne, met du temps à reconnaître la valeur des autres DJ. Nick Frost est Dr Dave. Il se veut, avec le Count, être un mentor pour Carl tandis que Bill Nighy incarne Quentin, le responsable de la radio qui est à l’opposé de Kenneth Branagh interprétant Sir Dormandy qu’il est difficile d’imaginer sourire si ce n’est quand il prépare la mort des radios pirates (ou pour dire qu’il tient leurs testicules dans ses mains). Il est difficile d’imaginer un meilleur casting tant les acteurs entrent parfaitement dans la peau de leurs personnages, comme s’ils venaient directement des années 1960.

Une conversation entre The Count et Carl représente mieux que tout ce que cette période et la musique qui va avec représentent pour nous aujourd’hui : « These are the best days of [their] lives ». Ils vivaient pour la musique et seulement pour elle, le reste était secondaire. L’idée était simplement de s’amuser dans l’insouciance de la jeunesse. On ne pense pas à la situation économique, on ne veut que la paix et l’amour en écoutant la meilleure musique au monde : Les Who, les Rolling Stones, les Troggs, les Supremes et surtout, « Dancing in the Street » de Martha and the Vandellas.

« All we need is music, sweet music.

There’ll be music everywhere.

There’ll be swinging and swaying and records playing,

Dancing in the street.

Oh, it doesn’t matter what you wear,

Just as long as you are there.

So come on, every guy, grab a girl.

Everywhere around the world

They’ll be dancing.

They’re dancing in the street. »

(William Stevenson/Ivy Jo Hunter/Marvin Gaye)

https://www.youtube.com/watch?v=CdvITn5cAVc

Malheureusement ce temps de l’insouciance ne dure pas très longtemps et depuis les révolutions de la fin des années 1960 jusqu’à la fin du rêve hippie au début des années 1970, on peut se dire que le Count avait bien raison, la suite sera bien moins drôle et la violence du punk et du hard rock peuvent bien représenter la violence sociale qui se fera ressentir et cela peut se ressentir dans le film avec la fin de ce rêve d’une radio libre voguant sur les mers. La fin du film – je ne vais pas vous la raconter bien sûr – est complètement irréaliste mais le film devait finir sur un happy-end aussi décalé que l’est le reste de l’œuvre. Lorsque le générique arrive et qu’on entend le « Let’s Dance » de David Bowie, on ressent cette sensation de bien-être que seul un feel-good movie est capable de vous donner.

Le film a sans aucun doute de nombreux défauts mais il permet surtout de passer un bon moment devant un film très drôle avec une excellente bande originale ! J’ai peu parlé de la musique, elle est simplement géniale et parfaite pour l’ambiance du film. Il est difficile de dire plus mais on peut comprendre la manière dont elle est vue dans la phrase du Count : « Years will come, years will go, and politicians will do fuck all to make the world a better place. But all over the world, young men and young women will always dream dreams and put those dreams into song». Je laisse les derniers mots à ce personnage génial qu’est The Count : ROCK AND ROLL !

Noé Rouget

Crédits photo : http://i.skyrock.net/5487/85945487/pics/3152128862_1_4_d3rrIKTk.jpg

http://dear-prudence.skyrock.com/3152128862-Good-Morning-England.html