Du jeudi 27 avril au mercredi 17 mai, le Théâtre du Grütli abritera une exposition tristement actuelle, signée par le photographe américain Gabriel Green : Une crise humanitaire aux portes de l’Europe. À voir sans tarder.

Des bateaux surchargés de gens cherchant une vie meilleure… des bateaux échoués, des corps battus par les flots. Des îles où débarquent des centaines, des milliers de personnes… des camps autorisés, ou des camps sauvages – mais des camps tout de même. On a tous en tête des images, des reportages, des vidéos de cette situation volontiers nommée « crise migratoire », qui touche notamment la Grèce. Les débats sont légion, les avis divergent et le sujet fait le bonheur des médias. D’où viennent ces migrants ? Combien sont-ils ? Représentent-ils une menace pour les pays européens ?

Ce ne sont pas à ces questions que l’ONG CIPADH (Centre international pour la paix et les droits de l’homme), la Northern Lights Aid et le FIFDH (Festival du film et forum international sur les droits humains) vont tenter de répondre, en partenariat avec le Théâtre du Grütli. Non. Au cours de l’exposition Une crise humanitaire aux portes de l’Europe, les photographies de Gabriel Green vont documenter une question plus humaine : qui sont réellement ces migrants ?

Photojournaliste américain, Gabriel Green est passionné et engagé. Il collabore avec l’organisation Northern Lights Aid. Son but ? « Donner un visage est une voix à ceux qui sont oppressés et marginalisés. »[1] Après avoir travaillé dans un journal régional, il part documenter la crise humanitaire sur les rives grecques. L’aventure n’est pas seulement photographique – elle est aussi humaine :

« En arrivant à Lesbos, [Gabriel Green] s’est rendu compte de la situation : des bateaux arrivant de Turquie avec à leur bord des enfants et des adultes cherchant à fuir les conflits. Il y est d’abord resté entre octobre et décembre 2015 en arborant la double casquette de volontaire et de photojournaliste. Il y a capté des moments puissants, notamment en cherchant à prendre en photos ceux qui luttaient pour leur vie ainsi que les volontaires qui les y aidaient. […] Lorsqu’on l’interroge, il se dit changé par cette expérience. Il déclare avoir vu le meilleur comme le pire de l’humain : son potentiel de compassion comme celui de cruauté. Son travail n’est toujours pas fini : rapporter les faits qu’il a vus est une mission qui l’anime et lui permet d’apporter sa pierre à l’édifice, d’aider. Il a d’ailleurs prévu de repartir courant mars où un nouveau et ambitieux projet l’attend. En effet, soutenu par certains collègues photojournalistes, il prévoit de créer un programme éducatif pour enseigner les bases du photojournalisme aux réfugies vivant dans les camps afin qu’ils puissent raconter leur propre histoire. »

Cette expérience de terrain est le cœur de l’exposition Une crise humanitaire aux portes de l’Europe. Comme l’explique Sonia Rodriguez, chargée de projet au CIPADH, cet événement est l’occasion de questionner de manière multiple la crise migratoire : qui sont les migrants qui arrivent chaque jour en terres européennes ? Quelles histoires portent-ils avec eux ? Quelle solidarité se met en place pour les aider ? Comment les États s’impliquent-ils dans la situation ? Est-ce que les solutions proposées sont vraiment efficaces ? Et si non, comment y remédier, par l’entraide et l’amitié ?

Le CIPADH a ainsi contextualisé spatialement et temporellement les photographies de Gabriel Green, en collaborant étroitement avec des agents sur place. Trois temps de la crise émergent donc :

  • La période 1 (de la mi-2015 à mars 2016), avec l’arrivée en masse des migrants sur les îles grecques (Lesbos, Chios, Samos, Kos et Leros) ;
  • La période 2 (de février 2016 à juin 2016), avec une fermeture des frontières et l’émergence de camps sauvages (comme ceux d’Idoméni) ;
  • La période 3 (depuis juin 2016), avec de l’aide apportée par le gouvernement grec et l’Europe… seulement dans les camps officiels.

« L’exposition photo va donc permettre de présenter ces différentes données sous une forme plus subtile, reflétant ainsi les différentes réalités qui font partie de la vie des migrants. Ces photos dévoilent leur réalité : les moments de doute comme de crainte ainsi que les moments de joie, d’espoir ou de vie quotidienne. Le projet a simplement pour but de remettre les migrants au centre de la discussion. L’approche souhaitée est de sortir des questionnements habituels et de se focaliser sur la façon d’aider ces personnes. »

En parallèle à l’exposition Une crise humanitaire aux portes de l’Europe, la table ronde Comment s’organise la solidarité ? posera de nombreuses questions, le jeudi 27 avril : comment les États doivent-ils agir ? Pouvons-nous nous engager, en tant que citoyen-ne-s ? Et si oui, comment ? Aux côtés de la journaliste Laure Gabus (modératrice et co-auteure de Leros, portrait d’une île au cœur de la crise migratoire, Georg Éditeur, 2016), des experts et personnages politiques seront présents : Gabriel Green, bien sûr, mais aussi Sami Kanaan (conseiller administratif de la ville de Genève en charge du Département de la culture et du sport), Anja Klug (directrice du bureau du HCR[2], pour la Suisse et le Liechtenstein), Marie-Claire Kunz (juriste à la section réfugiés, au sein du Centre Social Protestant) et Alexandra Zosso (coordinatrice de projet pour Nothern Lights Aid).

Curieux ou concernés, volontaires ou militants, Suisses ou étrangers, cette question nous concerne, car elle fait partie du monde dans lequel nous vivons – du monde tel qu’il est actuellement. Une exposition et une table ronde à ne pas manquer, pour comprendre autrement des enjeux contemporains.

Infos :

Une crise humanitaire aux portes de l’Europe (exposition photo)

Du mercredi 26 avril au mercredi 17 mai (10h à 18h)

2e étage de la Maison des arts du Grütli

Vernissage le 27 avril dès 18h

Entrée libre

Comment s’organise la solidarité ? (table ronde)

Le jeudi 27 avril (à 19h)

2e étage de la Maison des arts du Grütli

Entrée libre, dans la mesure des places disponibles

www.cipadh.org et www.grutli.ch

Photos : ©Gabriel Green

[1] L’ensemble des citations est tiré du dossier de presse de l’événement, mis à disposition par le CIPADH.

[2] Ou United Nations High Commissioner for Refugees.