Du 11 au 21 septembre le Grand Théâtre de Genève donne le célèbre (et dernier) opéra de Gioacchino Rossini Guillaume Tell. Et sincèrement, avec des places dont le prix d’appel est de 26CHF, cela vaut le coup d’aller passer un soir à l’opéra afin de s’émouvoir les oreilles (et profiter des entractes pour visiter le bâtiment magnifique et luxueux du Grand Théâtre, qui durant cet hiver va déménager à l’Opéra des Nations pour cause de travaux).

Alors, pour les puristes de la plus connue des histoires suisse, le Guillaume Tell raconté par Rossini (d’après la pièce de Schiller) s’éloigne un peu de ce que l’on pourrait nommer l’original. Ici, Guillaume Tell et son ami Arnold, le fils du doyen du village, souhaitent se soulever contre le bailli Gessler, représentant des Habsbourg dans cette partie conquise de la Suisse. Mais, d’une part, Guillaume est obligé de s’enfuir car il a voulu défendre un homme opprimé par les soldats autrichiens. D’autre part, Arnold est tombé amoureux de la fille de Gessler et hésite donc à rejoindre les rangs de l’ennemi. Quand Guillaume retrouve Arnold et lui explique que Gessler a tué son père, cela le convainc de revenir parmi les suisses pour se venger. On assiste alors au serment du Grütli, où Guillaume et Arnold, ainsi que leur camarade Walter, accompagné des hommes des trois premiers cantons, jurent de se débarrasser du tyran. Mais Guillaume est attrapé un peu plus tard au village par Gessler pour avoir refusé de s’incliner devant son couvre-chef. Pour s’amuser, le tyran oblige Tell à tirer à l’arbalète dans une pomme posée sur la tête de son fils. Puis ils les capturent, mais tout deux réussissent à s’échapper, avec l’aide de la fille de Gessler, qui a en horreur le comportement de son père. Tell réussit ensuite à tuer Gessler. Pendant ce temps, Arnold prend le commandement de l’armée des Suisses et ils capturent la forteresse d’Altdorf, la base des Autrichiens dans la région. Ainsi tout est bien qui finit bien : les Suisses sont libérés des Autrichiens, la famille de Tell est saine et sauve, et Arnold peut vivre son amour avec la fille de Gessler puisque celle-ci a trahi son père.

David Pountney livre pour cette œuvre une mise en scène à la fois moderne, lisible, simple et efficace.
On peut souligner la scénographie en accord parfait avec la mise en scène – qui concilie un aspect pratique certain de par sa sobriété, et une beauté à la fois froide et grandiose – et un excellent travail de lumière qui rend très bien l’ambiance grise et froide de l’oppression. Le maniement des figures de style visuelles et musicales est très bon, entre autre la personnification de la Suisse par un violoncelle.
Enfin, il ne faut pas oublier le cœur du spectacle : les chanteurs et les musiciens sont en grande forme, ainsi que les danseurs. On peut d’ailleurs noter l’intérêt de la chorégraphie, moderne, expressive et qui ose faire rire (ou au moins sourire). En particulier, le premier acte contient une scène très intéressante où trois jeunes couples qui viennent de se marier expriment dans une chorégraphie proche du spectacle de marionnettes avec leurs chapeaux et leurs voiles la consommation de leur union.

Pour ceux qui craindrait de voir une œuvre défigurée à grand coups d’idées modernes pas forcément du meilleur goût comme pour ceux qui trouvent ennuyeuses les mises en scènes d’un classicisme rebattu : n’ayez crainte. Ce Guillaume Tell sait très bien rester entre les deux et se renouveler sans choquer. C’est du moderne qui respecte l’œuvre : allez-y !

Audrey Tissot

Crédits photos : geneveopera.ch