Dévoreurs de livres, Les Livrophages vous emmènent chaque semaine à la rencontre d’un ouvrage et d’un auteur différents. Aujourd’hui, avec Magali Bossi, dégustez un ouvrage humanitaire et culinaire : La cuisine des réfugiés.

Une fois n’est pas coutume, les Livrophages ont les chros, aujourd’hui ! C’est en effet une rencontre un peu particulière que je vous propose cette semaine. Avec l’aide de Fabien Imhof, rédacteur-en-chef de R.E.E.L. et mordu de recettes, ce numéro des Livrophages s’associe avec J’ai les chros. Au menu ? La présentation d’un bouquin de cuisine (évidemment…) et la découverte de quelques plats qui y sont rassemblés.

En attendant la dégustation de vendredi, plongeons ensemble dans La cuisine des réfugiés de Séverine Vitali (textes) et Ursula Markus (photos) !

La cuisine des réfugiés est un livre qui a attiré mon attention avant Noël. D’abord, par sa couverture colorée et accueillante. Ensuite, par son titre. Dans une ambiance pré-fêtes, ce livre, malgré sa bonne humeur apparente, laissait transparaître des problématiques actuelles bien loin des célébrations qui faisaient trépigner les rayons des magasins genevois…

Publié à l’origine par les éditions Rotpunktverlag (Zurich), l’ouvrage s’intitule Heimat im Kochtopf. Rezepte von Flüchtlingen aus aller Welt. Autrement dit : Accueil dans une casserole. Recettes des réfugiés du monde entier. Il est traduit en 2016 aux éditions Helvetiq (Lausanne). La dédicace liminaire ne laisse aucun doute quant à la portée du projet : « À tous les êtres humains, nés libres et égaux en dignité et en droits – bon appétit ! » Il s’agit donc d’un projet culinaire… mais aussi humain et égalitaire.

Et de fait, l’idée de Séverine Vitali et Ursula Markus est bien plus qu’un livre de cuisine. À travers leur travail (textes et photos), elles proposent de découvrir autrement un monde qu’on méconnaît malheureusement trop en Suisse : celui des réfugiés, des gens qui viennent d’ailleurs pour chercher ici un asile, un abri, une maison – une vie. Des femmes, des hommes, des enfants, des adolescents, des jeunes, des vieux, des familles qui tous ont cela en commun : être venus en Suisse, après avoir dû fuir leur pays. Parfois, au péril de leur vie ; souvent, en laissant tout derrière eux. Pourtant, on en parle, de ces réfugiés. Dans la presse écrite, à la télévision, sur les ondes, dans les discours politiques, sur les affiches placardées. On en a peur, on les montre du doigt, on essaie de les comprendre, on veut les aider, on aimerait qu’ils restent ou qu’ils partent ailleurs – tout dépend. On en parle, c’est vrai… mais que sait-on de ces gens, de ces autres qu’on n’effleure à peine ? Que savons-nous des réfugiés, au fond ? C’est à cette question que ce livre essaie, à sa manière, de répondre.

« Les personnes qui quittent leur pays à la recherche d’un asile n’emportent pas seulement leurs espoirs d’une vie meilleure, mais également des valises pleines de traditions, d’expériences, de souvenirs – et de recettes de cuisine. Un aspect souvent ignoré dans les débats qui tournent autour de la crainte d’être envahis par les étrangers alors que les trésors qu’ils ont emportés sont un enrichissement pour nos sociétés modernes et vieillissantes. » – p. 11

Un enrichissement – pas une menace. Quelque chose de plus qu’on peut nous apporter, nous faire partager, pour qu’on partage à notre tour. Quoi de plus convivial que la cuisine ? Plus qu’un livre, La cuisine des réfugiés est un pont jeté entre des êtres humains. Séverine Vitali et Ursula Markus proposent des séries de recettes, des quatre coins du monde. Les plats sont accompagnés des portraits de celles et ceux qui les ont concoctés : des réfugiés présents dans toute la Suisse, qui ont ouvert leur cuisine aux deux femmes. Les photos, splendides, font écho aux textes qui, sans larmoiement, décrivent des réalités ignorées. À côté de la découverte culinaire, on découvre ainsi des fragments de vie, parfois émouvants, parfois tragiques, parfois amusants – toujours profondément humains. Sri Lanka, Honduras, Équateur, Andes, Éthiopie, Érythrée, Sénégal, Guinée, Mongolie, Tibet, Ossétie du Sud, Ukraine, Kurdistan iranien et irakien, Yémen, Syrie, Liban et Afghanistan : ces noms de pays qu’on peut parfois difficilement situer sur une carte (en tout cas, j’avoue que c’est malheureusement mon cas) font écho à l’actualité mondiale.

« Le résultat : un livre qui, par-delà les recettes de cuisine, dresse le portait intime de personnes qui ont cherché refuge en Suisse, de personnes qui, en dépit de la fragilité de leur situation, se sont ouvertes à ce projet et forcent notre respect. »

Le temps d’une recette de cuisine, on se souvient et on prend conscience de ces réalités. Pour ne pas les oublier, une fois le plat goûté.

Magali Bossi

Références : Séverine Vitali et Ursula Markus, La cuisine des réfugiés, Lausanne, Helvetiq, 2016.

Photos : ©Magali Bossi (banner et couverture)

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