« Le féminisme est un mouvement politique socialiste and antifamilial qui pousse les femmes à quitter leur mari, tuer leurs enfants, faire de la sorcellerie, détruire le capitalisme et devenir lesbienne.(1) » Vraiment ?

Aujourd’hui, est défini comme « féministe », tout acte visant à l’égalité sociale, politique et économique des sexes. Bien que le terme féminisme n’ait fait son apparition dans le vocabulaire qu’au 19ème siècle, il est possible de retracer ce genre d’action depuis bien plus longtemps. En effet, l’idée qu’une femme est égale à un homme n’est pas une invention de la fin du 19ème. Olympe de Gouge, par exemple, rédigea en 1791 la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne en réponse à la Déclaration des droits de l’homme, qui ne faisait pas mention de la femme. Du côté britannique, à la même période, Mary Wollstencraft publiait sa Défense des droits de la femme (1792). Et même au Moyen-Âge, Christine de Pizan, considérée comme la première femme ayant vécu de sa plume, écrivit La cité des dames, ouvrage où elle dénonce les différences de traitement entre les hommes et les femmes. Si l’on peut retrouver des actes féministes loin dans l’histoire, on peut aussi en trouver des critiques. Et ô combien de critiques a eu le féminisme !

D’abord, il est important de préciser que dans ces critiques, certaines sont justifiées et d’autres naissent de la peur et de l’incompréhension. En effet, le féminisme a été longtemps considéré comme un mouvement de et pour les femmes blanches, occidentales et de classe moyenne ; il est normal que des femmes ne rentrant pas dans ces catégories se révoltent contre ce white feminism et donnent leur définition de leurs propres luttes féministes. C’est ainsi qu’est né, par exemple, le black feminism dans les années 70 aux États-Unis et la notion d’intersectionnalité (vous aurez le droit à un article entier sur l’intersectionnalité, ne vous inquiétez pas !). Malheureusement, les critiques ne sont pas toujours constructives et, aux yeux de la société, féminisme est souvent mal compris. « Lesbiennes », « folles à poils », « t’as le droit de vote, tu demandes quoi de plus ? », « t’es mal-baisée, c’est pour ça que t’aimes pas les hommes » et j’en passe.

Pourquoi le féminisme a-t-il une si mauvaise réputation ? Pourquoi le fait de se battre pour l’égalité appelle les injures et la violence ? Je n’ai bien sûr pas la science infuse, ni même la prétention de connaître la réponse. Néanmoins, je peux tenter de donner des explications en me basant sur mes faibles connaissances et surtout mes propres expériences. Le féminisme est ainsi souvent considéré comme un mouvement futile et contre les hommes ; certains ne se gênent pas pour le décrédibiliser et l’insulter. Apparemment, il faudrait d’abord régler les guerres et le terrorisme avant de s’intéresser aux traitements des femmes. Bien sûr que la paix dans le monde est importante, mais pour y arriver (s’il est possible d’y arriver), il faudrait aussi régler les rapports sociaux à un niveau plus micro de la société. Lutter contre le terrorisme ? Pas de problème, mais si toute femme portant le voile est injustement considérée comme une terroriste à cause de sa religion, la lutte ne va pas aller très loin. De plus, il est important de noter que le féminisme est un mouvement qui vise à renverser l’ordre social établi (le patriarcat) pour proposer une version plus juste de la société où les privilèges et les opportunités n’iraient pas uniquement à une catégorie sociétale (homme blanc, hétéro, occidental, de classe moyenne). Dès lors qu’il s’agit de changer le statu quo, les personnes qui se retrouvent en position de pouvoir prennent peur et ne veulent pas le changement. Cela se comprend : personne ne veut la place de l’opprimé. De là est née l’idée que les féministes veulent dominer le monde, imposer un matriarcat et faire souffrir les hommes comme elles ont souffert pendant des siècles. Alors que finalement, ce qu’on veut, c’est simplement un traitement juste, des droits égaux : en gros, être considérées comme des humains et non comme une sous-catégorie.

En attendant que le terme et le mouvement soient mieux compris, la mauvaise réputation du féminisme ne me gêne pas. Je continuerai à m’identifier ainsi tant qu’il le faudra et, en plus, si je deviens une sorcière, c’est encore mieux.

(1) Phrase de Pat Robertson dans une lettre contre un changement dans la constitution de l’Iowa qui prônait l’égalité des sexes.

Photo : Thelma And Louise, Ridley Scott, 1991.