Depuis quelque temps sur les réseaux sociaux fleurit un média qui s’adresse à des jeunes : Tataki. Divers projets y sont représentés. Parmi ceux-ci, Iceberg Project, qui propose des portraits de jeunes ayant une histoire forte à raconter (philosophie de vie, expérience douloureuse, coup de gueule). Rencontre avec Adrien Donzé, initiateur et responsable de ce projet.

R.E.E.L. : Adrien, merci de nous recevoir. Nos lecteurs ne te connaissent sûrement pas. Peux-tu commencer par te présenter en quelques mots ?

Adrien Donzé (A.D.) : Je m’appelle Adrien Donzé, j’ai 25 ans et je produis actuellement une série de vidéos pour les réseaux sociaux. Au départ, je poursuivais des études d’art à la Haute Ecole d’Art et de Design. Puis parallèlement à mes études, j’ai suivi un stage au sein de Kapaw, un jeune média qui se développe uniquement sur les réseaux sociaux et qui m’a beaucoup appris. J’y ai vu une approche totalement différente, avec un contact direct auprès de l’audience, beaucoup plus d’interactions. J’ai eu l’idée de Iceberg Project pendant ce stage. En troisième année à la HEAD, alors que j’étais en situation d’échec, j’ai eu un déclic et j’ai décidé de quitter l’école ainsi que Kapaw pour me consacrer exclusivement à ce projet. J’ai eu la chance à ce moment-là que Tataki fasse un appel à projets et me sélectionne. Aujourd’hui, ils accompagnent mon projet et m’aident à le développer.

 

R.E.E.L. : C’est précisément pour parler de ce projet que nous sommes ici aujourd’hui. En quoi consiste-t-il ?

A.D. : Il s’agit d’une série de portraits-vidéos de jeunes de 18 à 28 ans, afin que le public, qui est à peu près dans la même tranche d’âge, puisse s’y identifier. Ces jeunes viennent de tous horizons et racontent quelque chose de fort qu’ils ont vécu et ont envie de partager. Depuis toujours j’aime les histoires puissantes et profondes qui illustrent la capacité de l’être humain à se relever après une expérience douloureuse ou à penser différement de la norme. C’est quelque chose qui m’a toujours fasciné. J’ai envie que le grand public puisse s’identifier à ce qu’il voit. Et je trouve que se retrouver seul face à une caméra permet de créer une certaine intimité.

R.E.E.L. : Comment fais-tu pour trouver les candidats qui vont participer à ces vidéos ? Comment se passent concrètement les rencontres ?

A.D. : Je ne sais pas si je devrais dire ça, mais j’ai commencé par faire des appels sur Tinder. Je précise que je m’y suis inscrit uniquement pour cela (rires). J’ai lancé des appels, puis j’ai expliqué mon projet aux gens intéressés, avant de les rencontrer. Aujourd’hui, je fais ça directement depuis la page Facebook du Iceberg Project. Ceux qui sont intéressés commencent par me raconter leur histoire par message, puis ils choisissent un lieu qui correspond à ce qu’ils ont à dire. Je veux toujours que ce soit un lieu public, dans lequel chacun pourrait croiser cette personne. Ensuite, il s’agit de la mettre en confiance, de créer comme une bulle d’intimité au milieu de tous les gens qui passent. En général, chacun a préparé un peu ce qu’il allait dire avant de venir. Je suis surtout là pour écouter, mais il m’arrive parfois de poser des questions pour réorienter un peu le propos s’il se disperse.

R.E.E.L. : D’un point de vue plus technique, comment se passe ensuite le montage et comment se présentent tes vidéos ?

A.D. : Il y a effectivement un gros travail de montage après coup. À chaque fois, je tourne au ralenti avec différents plans, avec une voix off qui raconte. Je cherche à créer quelque chose d’intimiste et d’immersif, comme si on mettait le temps sur pause et qu’on entrait dans la tête de la personne. D’une certaine manière, je trouve que c’est une façon de sublimer la personne ainsi que son histoire. Quand j’enregistre l’histoire, j’essaie d’avoir le plus de matière possible. La première version, sans coupure, dure environ 6 à 7 minutes, que je ramène ensuite à 2 minutes, pour aller vraiment à l’essentiel. En ce qui concerne les plans, tout se fait de manière assez intuitive.

R.E.E.L. : Peux-tu nous parler un peu de Tataki, ce nouveau média de la RTS, duquel fait partie Iceberg Project ?

A.D. : Tataki cherchait au départ beaucoup de projets très divers : de l’humour, des formats découvertes, du décryptage lié à la pop-culture… Il y avait beaucoup de projets au début et, petit à petit, cela se resserre un peu, pour trouver la bonne ligne. La constante, c’est que ça se passe souvent dans la rue. Le but est de donner la parole aux gens, de créer toujours un contact, une interaction. L’objectif est aussi de s’adresser aux jeunes. Pour ce faire, Tataki se développe principalement sur les réseaux sociaux, en partant du constat que les jeunes délaissent de plus en plus les médias « classiques », pour se tourner vers ce type de plateformes.

R.E.E.L. : Maintenant que ce projet tourne bien[1], quelle suite envisages-tu ?

A.D. : À court terme, mon objectif est de rester au sein de Tataki. Grâce à eux, j’apprends beaucoup, car ils apportent un autre regard et des retours que je n’aurais pas en travaillant seul. À plus long terme, mon but est de partir à la rencontre de jeunes d’autres pays francophones, comme la France ou la Belgique, où j’ai déjà quelques contacts, voire même le Québec. Mais tout cela demande une autre organisation, une logistique différente, qui n’est pas possible actuellement.

R.E.E.L. : Adrien, merci pour ce moment que tu nous as accordé, et longue vie au Iceberg Project !

Propos recueillis par Fabien Imhof

La page Facebook du projet : https://www.facebook.com/theprojecticeberg/

La page Facebook de Tataki : https://www.facebook.com/Tatakiiii/

Photo : ©Kapaw

Logo : ©Adrien Donzé et Andrea Furlan

[1] Ndlr : à l’heure où nous écrivons, 25 vidéos ont déjà été publiées.