En conséquence du manque de places pour les étudiants des ECG genevoises, la conseillère d’État socialiste Anne Emery-Torracinta cherche des solutions. Elle propose de fermer le cycle d’orientation de la Seymaz et d’y reloger les étudiants et professeurs du Collège de Candolle, situé au centre ville. Le Collège deviendrait alors une ECG. Proposition qui, évidemment, provoque l’émoi dans les établissements scolaires concernés.

Je ne parlerai ici que de l’aspect candollien. Qu’est-ce que c’est, un Collège, finalement ? Des murs, des salles de classe, une cour et des échanges. Des échanges élèves-professeurs, entre élèves et entre profs. J’ai passé quatre années de ma vie à errer dans ces vieux couloirs froids. Il faut le dire, à Candolle, il faisait moins chaud qu’à Calvin. Mais bon, c’était Candolle, on était candollien ou on ne l’était pas.

Et moi, je l’étais, farouchement. L’identité candollienne existe, qu’on le veuille ou non. Au fond, on a tous besoin d’appartenir à un groupe spécifique et je crois que la rivalité amicale entre Candolle et Calvin a renforcé cette identité.

Candolle, c’est un petit collège. Un petit collège où on connaît à peu près tout le monde. Bien sûr, il y a des groupes qui restent plutôt ensemble, mais, en même temps, une volée toute entière ne peut pas se réunir pendant les 15 minutes de la grande pause du matin. Soyons francs : ça aurait rapidement été le désordre total. N’empêche que pour les plus grands événements, on ne faisait plus seulement partie de son groupe d’amis. On faisait partie de la famille candollienne.

Le jour de l’Escalade, par exemple. Là, déjà, tous les 4èmes se réunissent pour débattre le thème qui sera choisi. Et puis arrive le jour J. Tous les Candolliens, élèves ou professeurs, se réunissent autour du thème commun. Et la revue de l’après-midi, évènement tant attendu par tous où les quatrièmes préparaient des sketchs et des vidéos humoristiques sur leurs professeurs et sur la vie candollienne en général. Cette revue pendant laquelle, encore une fois, chacun est réuni dans le hall, assis (si inconfortablement) par terre. On est tous ensemble, ce qui compte, c’est la parodie de ce qui nous rassemble. Je pourrais parler des heures de l’Escalade. Mais il y a d’autres moments de l’année à évoquer : le dernier jour de cours des 4èmes, par exemple. C’est à la fin de l’année et que tu sois en première, deuxième, troisième ou quatrième, c’est jour de fête.

Candolle, c’est plus qu’un établissement scolaire. Le sentiment d’appartenance au grand groupe CANDOLLE est lié à son bâtiment dont les murs sont imprégnés de mes éclats de rire et de mes sanglots d’après-trim-de-sciences.

Si le Collège devait déménager, je devrais tirer un trait sur toute cette époque dont je garde pourtant de bons souvenirs. Si le Collège devait déménager, les murs candolliens oublieraient eux aussi mon court passage en leur sein. Le renouveau a sûrement du bon. Cependant, demander à un Collège entier de renoncer à son identité, c’est plus que le délocaliser. C’est le détruire lui et les souvenirs qui lui sont liés. J’aime ce Collège, j’aime ses vieux murs et sa cour vide. Pourtant, je n’y suis restée que quatre courtes années. Je n’ose même pas imaginer l’affection que les professeurs et les doyens doivent lui porter. On ne peut pas le négliger.

Leila Racordon