[4e semaine d’observation – Fonctionnement d’une symbiose.]

            « SYMBIOSE, subst. fém. : A – BIOL. Association durable entre deux ou plusieurs organismes et profitable à chacun d’eux. »[1] : voici – (sans entrer dans des détails assommants permettant à l’auteure d’étaler sa science) – la définition la plus aisée que l’on pourrait donner de l’étrange organisation unissant le PALM[2] et l’Homo Memorantis. Ainsi, comme les perspicaces et assidu-e-s lecteur-trice-s de R.E.E.L. l’auront remarqué, ce partenariat académique particulier met ses deux acteurs principaux sur un pied d’égalité avec l’algue et le champignon (dont le partenariat forme le lichen), ou le poisson-clown et l’anémone de mer.

Dès lors, reprenons la question qui clôturait notre dernier numéro : comment trouve-t-on PALM à son pied ?…

            Dans cette douloureuse et angoissante recherche du PALM parfait, il semble que les nombreux spécimens d’Homo Memorantis adoptent des attitudes différentes, grossièrement résumables comme suit : a) l’attitude prudente ; b) l’attitude « au petit bonheur » ; c) l’attitude procrastinante. – Dans un souci méthodologique inquiet, l’auteure de la présente chronique se doit cependant de préciser que ces trois attitudes ne sont que des cadres prédéfinis et apposés sur un système de stratégies en réalité beaucoup plus complexe ; autrement dit : oui, je sais, c’est un peu simple comme explication, mais comment voulez-vous que le lectorat comprenne si on commence à faire dans le détail, non mais ?!

Ainsi donc, comment fonctionnent réellement ces différentes attitudes ?

Procédons par ordre : l’attitude prudente tout d’abord. – Il arrive souvent (d’après des statistiques rigoureusement exactes) que le futur Homo Memorantis, en partant à la recherche d’un PALM, joue la prudence. En effet, durant son cursus académique et comme tous ses congénères Estudiantis, il suit de-ci de-là des séminaires, cours et autres TP ; se laissant porter – (tel un moucheron sans permis de vol et en état d’épuisement[3] avancé) – par les aléas des programmes de cours, il papillonne entre des enseignements divers, avec au mieux un intérêt poli pour ce qui se dit et au pire, une indifférence crasse. Et puis un jour, PAF ! le moucheron se prend une vitre, l’Homo Memorantis a la révélation : au détour d’un séminaire / cours / TP, il rencontre LE professeur qu’il désire ardemment comme PALM. S’opérant souvent pour des questions d’affinités d’humeur ou d’intérêts intellectuels, ce choix est donc dicté par la prudence, le PALM pressenti étant par ailleurs souvent spécialiste du domaine – (thématique, chronologique, esthétique etc.) – dans lequel s’inscrira le futur Travail de Mémoire. L’Homo Memorantis joue donc la prudence en s’associant symbiotiquement avec un être supérieur pouvant lui apporter conseils, encadrement, remises en questions pertinentes et éventuels coups de pied au derrière, car maîtrisant – (du moins en partie) – le sujet du futur Mémoire. Cette attitude prudente peut également s’illustrer par le fait que l’Homo Memorantis à la recherche d’une symbiose avec un PALM va se tourner vers l’Homo academicus profesoris qui prend normalement en charge les Mémoires dans un département donné : ici, le choix n’est pas guidé par l’affinité intellectuelle ou humorale ; il s’agit de se mettre en symbiose avec un PALM défini d’avance par l’institution universitaire – le plus souvent, le chef du département concerné[4]. Enfin, pour en finir avec l’attitude prudente dans la recherche d’un PALM à son pied, ajoutons encore que l’Homo Memorantis précautionneux contacte le symbiote pressenti plusieurs semaines à l’avance, le plus souvent par mail[5].

Après avoir évoqué la prudence rigoureuse de certains Memorantis, concentrons-nous à présent sur ceux qui choisissent d’approcher leur futur PALM « au petit bonheur ». – Cette technique est principalement l’apanage des Memorantis ayant en tête un sujet de Mémoire précis, mais non nécessairement issu d’un cours / séminaire / TP. Ainsi donc, le frétillant et rempli d’espoir Memorantis, fier comme un coq d’avoir dégotté un Sujet pas trop pourave[6], se décide à approcher un Homo academicus profesoris qu’il apprécie, dans le but naïf de lui proposer une symbiose. Seul problème : le sémillant Memorantis ne sait pas si sa proposition conviendra au PALM pressenti, car il ne connaît pas précisément ses domaines de spécialisation. Évidemment, en usant d’une telle démarche, deux scénarios antithétiques sont possibles : soit le futur PALM est intéressé par la proposition… soit il ne l’est pas (logique, non ?). – Dans le premier cas, aucun problème : une organisation symbiotique est convenue entre les deux parties, avec peut-être une petite mise au point clarifiante concernant la délimitation du Sujet. – Dans le deuxième cas, ça se corse : il arrive en effet fréquemment que le PALM pressenti ne puisse répondre aux espérances du jeune Memorantis, pour cause d’inadéquation intellectuelle (comprenez par là que le PALM en puissance n’est pas spécialiste du sujet proposé par son naïf étudiant et ne ressent aucune affinité avec lui[7]… ou que là, tout de suite, il a pas le temps d’en parler et qu’il veut aller prendre son café – cette dernière option étant peu courante, rassurez-vous). Pourtant, l’Homo Memorantis ne se voit pas pour autant lâchement abandonné dans la fange de son désespoir, et il est heureusement très vite réorienté vers un collègue Profesoris plus à même de remplir le délicat rôle de PALM.

La dernière attitude de l’Homo Memorantis face à la recherche de son PALM est la moins recommandée – et la moins recommandable : il s’agit de l’attitude procrastinante. Bien que l’auteure de cette chronique n’ait pas, dans son panel rigoureusement constitué (et regroupant les Memorantis qui ont bien voulu accepter de prendre 10 minutes de leur précieux temps pour répondre à un questionnaire préalablement établi… merci à eux !), d’exemples de ce genre, il ne faut pas en conclure par l’irrémédiable irréalité d’un tel fonctionnement : en effet, pour les spécialistes un tant soit peu au fait des habitudes des populations étudiantes, la procrastination est une réalité – pire, une CERTITUDE. Ainsi donc, la technique procrastinante consiste à se dire : à son entrée en Bachelor : y’a pas le feu au lac, on a le temps ![8] ; à la fin de son Bachelor : y’a pas le feu au lac, on a le temps ! ; à son entrée en Master : y’a pas le feu au lac, on a le temps !… et finalement : à la FIN de son Master : puréééééééé ! je vais JAMAIS Y ARRIVER !!! – On l’aura compris, l’Homo Memorantis adepte de l’attitude procrastinante dans sa recherche de PALM s’expose, après avoir chanté tout l’été, à se trouver fort dépourvu quand la fin du Master est venue (d’ailleurs M. De La Fontaine en connaissait un rayon là-dessus). S’étant rendu compte qu’être fourmi est plus prudent que de jouer la cigale, le Memorantis procrastinant se voit dès lors condamné à courir à la recherche du temps perdu – (comme un certain Marcel, mais avec vâchement moins de succès quand même) – et de sauver les meubles : autrement dit, il saute sur le premier Sujet de Mémoire venu, et il agresse le premier potentiel PALM qu’il croise. Avec parfois des séquelles dangereuses pour tout le monde : on ne compte plus le nombre de PALM pressentis hospitalisés suite à une agression symbiotique trop virulente de la part d’un Homo Memorantis procrastinant, ou les dépressions estudiantines désespérées devant l’impossibilité de nouer un partenariat vital avec un PALM…

            Mais bon, rassurez-vous, l’Homo Memorantis n’arrive pas souvent à de telles extrémités et est, dans la plupart des cas, résolument adepte de l’attitude prudente dans sa recherche de PALM – ce qui peut éventuellement le faire passer pour un casanier angoissé face à des rivaux procrastinants, mais rend quand même la symbiose plus agréable pour tout le monde !…

            Dans le prochain numéro et avant d’en finir avec le délicat sujet de la symbiose, nous examinerons à la loupe – (et sous couverture) – quelques situations anecdotiques de la relation Memorants-PALM.

Magali Bossi,

Ethnochroniqueuse pour R.E.E.L.


[1] Rendons à César ce qui est à César, et au Trésor de la Langue française informatisé ce qui lui appartient : merci pour ses définitions d’une appréciable et judicieuse clarté.

[2] Pour celles et ceux qui n’auraient pas suivi les numéros précédents, l’auteure doit-elle rappeler qu’il n’est ici aucunement question d’engin en plastique servant à nager plus vite ou de pattes de canards ?… Acronyme bien pratique pour éviter un nombre de caractères superflu, le PALM désigne le Professeur Accompagnant Le Mémoire. – Tenez-le-vous pour dit !

[3] Et pour certains d’ébriété, mais l’auteure ne tient pas à s’aventurer sur ces sentiers glissants…

[4] Ainsi, d’après les sources dont dispose la consciencieuse auteure de cette chronique, le département d’Histoire médiévale paraît avoir dévolu cette tâche au Prof. Franco Morenzoni, Homo academicus profesoris bien respecté de son état…

[5] Il semblerait néanmoins que certains Homo Memorantis aient tenté d’entrer en contact avec leur futur PALM par pigeon voyageurs, estimant une telle approche – (tellement plus original et personnalisée !) – plus à même de susciter l’intérêt du futur PALM. Toutefois, suite à des plaintes anonymes concernant des fientes dangereusement intempestives, cette approche a été abandonnée. Les pigeons incriminés s’étant malencontreusement échappés, il paraîtrait qu’ils hantent depuis quelques temps une de salles du 3e étage d’Uni Bastions. Pour plus d’informations, v. la page Facebook du site www.unibastions.ch :

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=253893161444870&set=a.244891125678407.1073741829.243653619135491&type=1&theater

[6] À noter que cette appréciation doit être laissée aux spécialistes, mais que d’après l’auteure, peu nombreux sont les sujets à entrer dans cette catégorie… et non, l’auteure n’a pas un égo surdimensionné, merci pour elle !

[7] « Lui » désignant, au choix, le sujet du futur Mémoire (c’est la version sympa) ou le Memorantis plein d’espoir (là, version moins sympa).

[8] À dire avec l’accent vaudois, façon personnage de C.-F. Ramuz, c’est encore plus drôle !