John Edgar Hoover a marqué de son empreinte une partie de l’histoire des États-Unis, lui qui fut président du FBI de 1924 à sa mort en 1972. Quarante-huit ans de règne. Quarante-huit ans durant lesquels il a vu défiler de nombreux présidents, avec lesquels il s’est plus ou moins bien entendu.

            Marc Dugain a choisi de revisiter son histoire dans La Malédiction d’Edgar, paru aux éditions Gallimard en 2005. Ce roman présente la particularité d’être écrit sous la forme d’un journal fictif, attribué à Clyde Tolson, adjoint du directeur et numéro 2 du FBI. Celui-ci couvre une période allant de 1932, sous la présidence de Roosevelt, à 1972, année de décès de John Edgar Hoover. Un rapide survol du contenu de ce journal s’impose, pour comprendre les intérêts et enjeux de l’ouvrage. On y trouve la retranscription de nombreuses conversations, non seulement entre le directeur et son adjoint, mais également entre John Edgar et d’autres personnages marquants de l’histoire des États-Unis, tels que divers présidents, de Roosevelt à Nixon, en passant par Truman et Kennedy, mais également Joe Kennedy, le père du président. On peut également y lire le résultat de différentes investigations, qu’il s’agisse de simples enquêtes sur les mœurs de certains personnages du paysage politique américain ou d’autres, plus importantes, sur des événements ayant marqué l’histoire des États-Unis, de l’affaire des missiles soviétiques à l’assassinat du président Kennedy.

            L’intérêt de ce roman est d’abord de présenter une vision de l’Histoire différente de celle des manuels. La forme du journal fait entrer le lecteur dans une certaine intimité, une confidence, lui permettant de comprendre certains enjeux du FBI depuis l’intérieur. Il faut évidemment prendre cet aspect avec des pincettes, puisqu’il ne montre ainsi pas un avis objectif et impartial des événements, mais ce n’est pas ce qu’on demande à un roman. De plus, Marc Dugain revisite ici une partie de l’histoire des États-Unis, nous faisant découvrir certains éléments pas forcément connus du grand public, notamment au sujet de l’assassinat de John F. Kennedy. L’auteur le précise lui-même à la fin de son ouvrage, « Cette fiction prend appui sur des événements réels et met en scène des personnalités qui apparaissent sous leur vrai nom. Certains de leurs propos sont imaginaires, d’autres sont fidèles à la manière dont ils ont pu être rapportés dans des livres ou des articles. »[1] Il faut donc évidemment se méfier de la véracité des dialogues et des éléments rapportés dans ce livre, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’une fiction, et non pas d’une source historiquement fiable.

            Au-delà de tous ses aspects événementiels, le plus grand intérêt de cet ouvrage réside certainement dans le développement d’aspects plus personnels de la vie et le caractère de John Edgar Hoover. Une phrase résume à elle seule la personnalité du directeur du FBI : « Le pouvoir au fond, c’est de faire ce qui est dans l’intérêt de la nation et ne lui fait savoir que ce qu’elle peut entendre. »[2] Il a consacré sa vie à servir sa patrie et défendre les intérêts de cette dernière. Ceci permet également de comprendre le titre, La malédiction d’Edgar. On l’apprend en lisant le quatrième de couverture, Clyde Tolson n’était pas uniquement l’adjoint du directeur, il était aussi son amant. Cet élément peut paraître anodin, il est en réalité la clé de l’ouvrage, permettant de mieux cerner la complexité de la relation que Hoover pouvait entretenir avec les femmes. Cette liaison qu’il entretenait avec son numéro 2 explique en grande partie son acharnement à dévoiler la vérité, à lutter contre le mal sans jamais se fatiguer, et ce, jusqu’à sa mort. Je ne vous en dis pas plus, les détails sont à découvrir dans l’ouvrage de Marc Dugain.

            Au final, cet ouvrage, dans lequel il peut être difficile d’entrer au début, vaut véritablement la peine d’être lu, non seulement pour son aspect divertissant, mais également pour découvrir une autre vision de l’histoire du FBI et de ce grand personnage que fut John Edgar Hoover, une vision plus intimiste, plus personnelle aussi de ce qui a motivé cet homme, devenu au fil du temps inamovible à son poste. La seule à avoir pu le déloger de la tête de l’agence, c’est la mort.

Fabien Imhof

[1] DUGAIN, Marc, La Malédiction d’Edgar, Folio Gallimard, Paris, 2005, p. 499.

[2] Ibid., p. 421.