Pour la rentrée, R.E.E.L. vous propose une nouvelle chronique[1], pour discuter de musique. Que ce soit à propos d’artistes, de morceaux ou d’albums. Qu’il s’agisse de bruits joyeux ou tristes. Chronique à laquelle nous vous invitons à collaborer.

Tout le monde écoute de la musique. Ou presque. Tous ceux qui en écoutent sont d’accord pour dire qu’ils ressentent quelque chose en l’écoutant, quelque chose qui vient de ce son, de ces notes qui déclenche en eux cette émotion. L’auditeur ressentira du bonheur, de la tristesse, une énergie débordante ou de la mélancolie. Je fais partie de ces personnes et si vous me lisez, c’est probablement votre cas aussi. Pourtant si nous aimons la musique et qu’elle nous fait ressentir quelque chose, nous n’apprécions pas forcément la même musique et une même musique ne nous touchera pas forcément tous de la même manière.

Écoutez « Blue Monk » de Thelonious Monk sur son album Thelonious Alone in San Francisco ; sur cet album enregistré en 1959, il est seul avec son piano au Fugazi Hall ; tout ce que vous entendrez est le son de son piano. Ouvrant l’album, « Blue Monk » est proposée dans une version plus calme et posée que dans sa version originale puisque Thelonious Monk n’a pas de section rythmique pour le soutenir. Quand j’écoute ce morceau, j’entends ce qui est pour moi l’un des plus grands morceaux de jazz, simple et magnifique malgré la seule présence d’un piano. Mais tout le monde ne ressent pas ça. Si l’électro ou la pop me touchent rarement, une part de la population occidentale incluant la plupart des jeunes de mon âge dansent et chantent sur ces morceaux. En même temps, ces personnes ne trouveront pas forcément un grand intérêt dans les vieux enregistrements de blues ou de jazz que j’écoute, comme ceux Robert Johnson par exemple. Mais cela ne nous empêche pas d’apprécier tous ensemble des classiques des Rolling Stones ou des morceaux de groupes comme les Red Hot Chili Peppers ou les Arctic Monkeys.

De nombreuses personnes ont cherché à comprendre la musique. Comment comprendre le jazz ? Pourquoi la jeunesse des années 50 s’enthousiasmait-elle sur ces rythmes de rock’n’roll et pourquoi dansaient-ils de façon si « obscène » ? Une question qui aujourd’hui nous fait plutôt sourire. Et comment la musique peut-elle avoir cet effet sur l’être humain ?[2] Ces questions ne sont pas intéressantes pour tout le monde : Louis Armstrong disait qu’on ne comprendrait pas le jazz si on cherchait justement à le comprendre. Mais pour beaucoup de gens, la musique est un des éléments les plus importants de leurs vies Le guitariste des Rolling Stones, Keith Richards va jusqu’à dire qu’« après l’air, la bouffe, l’eau et la baise, […] la musique est la première nécessité humaine »[3]. Elle est en tout cas pratiquée depuis la préhistoire puisqu’en 2012, une équipe de chercheurs a découvert dans une cave du sud de l’Allemagne, une flûte faite en os d’oiseau et en ivoire de mammouth, vieille de 42 à 43 000 ans[4].

En tous cas, la musique continue d’être pratiquée par de nombreux peuples, si ce n’est tous. Aujourd’hui, les musiciens sont jugés sur leurs enregistrements, certains ayant rencontré des critiques virulentes à leur encontre car leur musique ne correspondait pas assez aux standards habituels du genre qu’ils pratiquent. Miles Davis s’est vu reprocher le manque d’improvisation dans son album Sketches of Spain alors que le jazz, et plus particulièrement l’instrumental, est une musique où l’improvisation prend une part très importante. Il répond à ce sujet au magazine Rolling Stone « It’s music, and I like it »[5] car qu’importe la musique tant qu’elle plaît ? Certains musiciens ont aussi eu peur de reprendre des morceaux jugés commerciaux mais pour les bluesmen, le blues dépend de la personne qui joue, s’il a le blues, et ce qu’il jouera sera du blues[6] et c’est comme ça que Miles Davis reprend le tube de Cyndi Lauper « Time After Time » et en fait un morceau de jazz en changeant légèrement l’arrangement et remplaçant la voix par une trompette.

Dans cette chronique, c’est une position similaire à celle de Miles Davis que j’aimerais adopter : parler des musiques que j’aime, quelles qu’elles soient. Je ne vais pas parler de genres que je ne connais pas ou que je connais mal pour les descendre, les critiquer gratuitement, mais plutôt présenter des artistes, des albums ou des morceaux que j’apprécie et qui me font ressentir quelque chose. Et si vous trouvez dommage qu’on ne parle pas d’un style spécifique, d’un artiste que vous aimez, alors je vous invite à écrire vous-même un article sur ce thème et je vous laisserai ma place pour cette chronique avec joie pour que vous présentiez les musiques que vous aimez.

Noé Rouget

[1] Le titre fait référence à un morceau du Derek Trucks Band, sur un album éponyme

[2] Cette question est l’objet du livre du neurologue Oliver Sacks, Musicophilia, Tales of Music and the Brain.

[3] « After air, food, water and fucking, I think music is maybe the next human necessity » Traduit dans Blake, Marc, Qu’en pense Keith Richards ?, Paris, Sonatine, 2010, p.110.

[4] http://www.bbc.com/news/science-environment-18196349

[5] http://www.rollingstone.com/music/lists/500-greatest-albums-of-all-time-20120531/miles-davis-sketches-of-spain-20120524

[6] En français, le blues est aussi un état d’esprit mais la musique blues n’est pas forcément triste