Superman, Batman et Wonder Woman enfin réunis sur le grand écran ? C’est sûr que ça fait rêver ! Et c’est le pari que relèvent les studios Warner avec la sortie ce 15 novembre de Justice League. Après avoir établi leurs nouvelles interprétations de l’iconique trio de superhéros dans trois films aux succès variables (respectivement Man of Steel, Batman vs Superman, et Wonder Woman), ils les réunissent désormais contre un adversaire commun : le cruel Steppenwolf, destructeur de mondes, qui menace de s’en prendre à notre chère planète. Dans ce combat, le trio est rejoint par trois héros encore inédits dans l’univers cinématographique DC : The Flash, l’homme électrique qui se déplace comme la foudre ; Aquaman, un natif d’Atlantide qui maîtrise les eaux ; et Cyborg, un… cyborg. On l’aura compris, les noms des personnages résument en général leurs capacités (bien que chez DC, le superpouvoir principal de Batman soit « d’être riche », comme le dit Bruce Wayne dans le film). Une fois rassemblés, ces six superhéros devront surmonter leurs différends pour empêcher Steppenwolf de mettre la main sur trois « Mother boxes », artefacts puissants et destructeurs.

Justice League est la réponse des studios DC à l’écurie Marvel et à son The Avengers, sorti en 2012 avec le succès que l’on connaît, lançant la tendance actuelle des « univers étendus ». Malheureusement, cela se ressent. En effet, il semblerait qu’après les déboires subis par Man of Steel et Batman vs Superman (sans parler de la catastrophe Suicide Squad, qui porte bien son titre), DC abandonne sa tendance pour les scénarios empêtrés dans des ambitions philosophiques aux tonalités dépressives, et opte pour la recette Marvel : humour et one-liners omniprésents, intrigue plus courte et efficace. Non seulement est-il regrettable que DC renonce à un ton et à une philosophie qui ont vécu leurs meilleurs jours avec la trilogie Batman de Christopher Nolan, mais la reprise de la stratégie Marvel implique ici des échos difficiles à ignorer : au Tesseract – également un artefact cubique source inépuisable d’énergie – d’Avengers (et plus généralement aux « Infinity Stones ») répondent les « Mother Boxes » ; à la Sokovie d’Avengers : Age of Ultron répond un coin isolé de la Russie. On retrouve même la thématique du travail d’équipe. Ça sent le réchauffé, et ce n’est probablement pas étonnant quand on sait que Joss Whedon, réalisateur des deux Avengers a co-écrit Justice League. En résultat, si l’on retrouve la patte Zack Snyder, avec son usage abusif de slow-motion (qui vire ici carrément à la stop-motion, lors de certaines scènes impliquant The Flash), son étalonnage colorimétrique terne, ses visuels apocalyptiques filmés à 90% sur écrans verts, et même une légère reprise de son introduction de Watchmen, on a surtout une pâle copie de l’affrontement de six superhéros et d’un grand méchant qu’Avengers avait dépeint de manière spectaculaire et savoureuse. Comme si, tandis que Marvel assombrit et complexifie son univers, mêlant au divertissement des débats politiques d’une actualité troublante (principalement portés par la franchise Captain America), DC faisait demi-tour et appliquait une recette déjà datée.

Dès lors, le charisme de l’excellent casting (nouveau comme ancien, avec une mention spéciale pour Gal Gadot), la qualité de l’humour et de certains effets spéciaux se retrouvent gaspillés au service d’une histoire prévisible et de problématiques sous-développées (on pense entre autres à Cyborg, seul personnage à posséder de réels dilemmes dans un ensemble attachant mais trop lisse). Ajoutons à cela un méchant aux motivations dérisoires, de nombreuses incohérences et un symbolisme lourd, ainsi qu’un recours constant à la violence au point que le spectacle avorte tout embryon de pensée. Reste alors ledit spectacle, mené à bon rythme, bien structuré, avec en bonus une excellente scène d’ouverture sous forme de podcast. Il faut reconnaître aussi que l’introduction des nouveaux héros, bien que superficielle, est rondement menée pour un film de deux heures, et qu’au niveau de la musique l’évocation du générique de la série animée Batman rehausse une BO globalement convenue. Il est fort à parier que ce sera suffisant pour que la vague des superhéros se poursuive. Que ceux qui aiment s’en réjouissent, les autres devront encore attendre la fin des superhéros.

Misha Meihsl