Imaginez un film dans lequel se trouveraient Batman, Gandalf, Shaquille O’Neal, Abraham Lincoln ou encore C-3PO. Impensable, n’est-ce pas ? C’est pourtant une partie du casting fou de La Grande Aventure Lego, qui capitalise sur les très nombreuses licences Lego pour le proposer. Cependant, même si une telle équipe peut en faire saliver certains, elle présente aussi un risque important : comment éviter que le scénario du film ne soit pas noyé par la présence de tous ces personnages iconiques ?

C’est pourtant un péril que Phil Lord et Chris Miller, les scénaristes et réalisateurs du film, ont réussi à éviter avec brio. Pour cela, ils ont choisi de se baser en premier lieu sur une intrigue originale, exploitant des personnages créés pour l’occasion. Celle-ci relate comment Emmet, un ouvrier lego sans aucune spécificité, tente d’empêcher Lord Business, le grand méchant du film, de figer le monde à jamais. L’histoire est donc assez classique et elle ne manque pas d’exploiter tous les éléments habituels de ce type de film, comme par exemple la belle héroïne dont le héros est amoureux ou le vieux mentor qui livre une prophétie. Néanmoins, les évènements n’en sont pas pour autant moins intéressants, grâce à une excellente maîtrise du rythme et de l’humour de la part des scénaristes. C’est dans ce but que sont utilisées les licences lego, mais c’est toujours avec un doigté admirable : les personnages ajoutés ne sont là que pour leur apport à l’intrigue et non pour un quelconque fan service. L’ensemble ne paraît donc pas artificiel, ce qu’un tel casting aurait pu laisser craindre.

En outre, c’est ici que vient s’ajouter la seconde dimension du film : les nombreuses réflexions qu’il amène. L’histoire semble banale ? C’est normal : elle se moque des classiques hollywoodiens. Ainsi, quand Vitruvius, le mentor dont il était question plus tôt, évoque la prophétie, Lord Business lui répond immédiatement « oh non, pas encore une prophétie… », comme aurait pu le penser n’importe quel spectateur. Cette prophétie sera d’ailleurs l’un des enjeux du long métrage, lui permettant d’ouvrir une réflexion sur cette composante fondamentale d’une bonne partie des films hollywoodiens actuels.

Néanmoins, même si La Grande Aventure Lego pourrait faire rire un cadavre, il serait faux de penser que le scénario ne propose rien d’autre que des parodies et des blagues bien senties. L’œuvre se permet d’aborder certains sujets plus profonds, comme la musique ou, plus logiquement, la place qu’occupent les briques Lego dans une famille, puisqu’il s’agit d’une activité qui peut être pratiquée à tout âge.

La Grande Aventure Lego réussit l’exploit de s’adresser à un public aussi large que celui du jouet dont il est adapté. Les plus jeunes apprécieront l’histoire de base, qui est bien pensée et efficace. Les plus âgés seront morts de rire du début à la fin grâce aux références dont dispose le film. Enfin, ceux qui attendent d’une séance de cinéma qu’elle leur offre des outils de réflexion sur le monde en auront pour leur argent. Que Christopher Nolan, Peter Jackson et Alexandre Astier soient avertis : La Grande Aventure Lego sera difficile à déloger de sa place de meilleur film de l’année 2014.

Référence : La Grande Aventure Lego, scénario de Phil Lord et Chris Miller, 2014.

 

Pierre-Hugues Meyer