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Le résultat des présidentielles françaises est tombé hier et c’est Emmanuel Macron qui a été élu avec 65.5% des voix. Malgré cela, l’avenir de ces cinq prochaines années n’est pas encore écrit pour nos voisins français. Il s’annonce même passablement ombrageux…

Emmanuel Macron a réussi, au terme d’une présidentielle décidément peu banale, à tirer son épingle du jeu et est ainsi devenu le plus jeune président de la Ve République. Il doit pourtant résister à la tentation de se reposer sur ses lauriers, car son chemin jusqu’aux portes du pouvoir est encore long et semé d’embûches. Il a beau aligner derrière lui 65.5 % des votants, de nombreuses voix s’élèvent à présent de toutes parts pour dénoncer un président qui, selon elles, n’est pas représentatif de la majorité des Français. Étonnante situation pour un candidat qui a obtenu la majorité à la fois au premier tour et au second tour. Petit tour d’horizon pour comprendre la raison de ce désamour pour le président fraîchement élu.

Le vote utile, l’abstention et le vote blanc

Le vote utile, toujours ce vote utile. Certains le haïssent quand d’autres s’y soumettent le cœur au bord des lèvres et pourtant il revient sans cesse tourmenter les votants. Dans ces élections tout particulièrement. Depuis plus d’une année, tout semblait en effet annoncer l’arrivée du Front National au deuxième tour des présidentielles. Il n’est donc pas étonnant de voir nombre de Français se résigner à lancer une sorte de front républicain déjà au premier tour. C’est ainsi que des gens provenant de différents partis du paysage politique français se sont mobilisés pour éviter leur scénario catastrophe, tels qu’un Le Pen – Mélenchon pour les uns ou un Le Pen – Fillon pour les autres. Quitte à desservir leur candidat ou candidate de cœur. C’est grâce à cette dynamique que des routes se sont formées un peu partout en direction du candidat du mouvement politique En Marche ! Qui a dit que tous les chemins mènent à Macron ?

En plus de cette relative fragilité électorale, s’ajoutent deux facteurs qui n’ont peut-être jamais autant pesé dans la balance politique : l’abstention et le vote blanc. Il ne faut pas uniquement se fier aux chiffres, l’avènement de Trump à la Maison Blanche nous l’a assez bien prouvé. Le piège serait, ici, de confondre les votants avec les Français. Le second tour a en effet totalisé environ 16 millions de votes blancs et d’abstentions. Cela signifie que c’est le parti numéro 2 de ces votations, dépassant le Front National d’à-peu-près 5 millions de voix. Ce sont autant de personnes qui ont refusé de choisir entre deux candidats qui ne collaient pas du tout à leurs idéaux. Autant de personnes qui n’ont pas pu se résoudre à voter utile, tant ils se sentaient opposés à ces deux visions du monde. Un vrai casse-tête en perspective pour Emmanuel Macron.

Il a gagné une bataille, mais peut-être pas la guerre

C’est donc pour toutes ces raisons que le prochain combat du futur président s’annonce ardu : les législatives. Pour ceux qui ne s’y connaissent pas vraiment en politique française, disons simplement qu’il s’agit de votations qui se dérouleront durant une semaine, entre le 11 juin et le 18. Elles ont pour but d’élire les membres de l’Assemblée nationale, qui est en quelque sorte un contrepoids au pouvoir du président. Chaque parti déploie donc un maximum de ses membres pour essayer d’atteindre une majorité à l’Assemblée nationale qui totalise 577 sièges, un par circonscription législative. Le parti majoritaire à l’Assemblée nationale pourrait ainsi déterminer si le quinquennat à venir sera plus orienté à gauche, au centre ou à droite, selon ses inclinaisons politiques. Un subtil jeu d’intrigues, d’alliances et de trahisons, où concessions et diplomatie seront nécessaires derrière la scène publique, est lancé dans ces législatives de tous les dangers pour Emmanuel Macron.

Un grand défi donc pour le nouveau président et une tension présente jusqu’au bout pour tous les partis politiques français, avec des élections législatives qui, cette année, se révèleront peut-être plus importantes encore que les élections présidentielles. Nous aurons également la réponse à bon nombre de questions que les experts se posent : la droite a-t-elle perdu à cause de Fillon et ses déboires judiciaires ou à cause de ses idéaux politiques que ses opposants qualifient de dépassés ? Jusqu’à quel point Jean-Luc Mélenchon a-t-il bénéficié des votes utiles provenant du parti socialiste plombé par l’impopularité du président sortant ? Et, comme une conséquence de ces deux interrogations, avons-nous assisté à la fin du clivage gauche-droite dans la vie politique qui serait devenu, aux dires de certains, obsolète ? Rendez-vous le 18 juin pour en avoir le cœur net.

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http://www.lefigaro.fr/langue-francaise/actu-des-mots/2017/04/20/37002-20170420ARTFIG00010-pour-ses-discours-macron-s-inspire-d-obama-et-de-johnny-hallyday.php