Dans le cadre de la rétrospective cinéaste de notre temps, le Festival Tous Écrans diffuse une série de documentaires présentant des cinéastes ayant marqué l’histoire du cinéma. Le documentaire Visages du nouveau cinéma italien de Jean-André Fieschi (réalisé en 1967) présente trois réalisateurs et une de leurs œuvres à travers des interviews. Les sujets, les voici : De Bosio et son désormais incontournable Il Terrorista, Bertolucci et le troublant Prima della rivoluzione et Bellocchio avec le déboussolant I pugni in tasca.

Ces cinéastes ne sont pas choisis au hasard et se font écho à travers la très forte résonance politique ainsi que par la dimension personnelle de leurs travaux.

Politique
La dimension politique des œuvres présentées est un des points les plus frappant et sert de lien entre les interviews des cinéastes. La période historique dans laquelle s’inscrivent leurs travaux est très politisée. En effet, le mouvement communiste est alors très important en Italie et il existe une haine d’une partie de la population envers la bourgeoisie. Les œuvres de Bertolucci et Bellocchio reflètent cela en mettant en scène des personnages n’arrivant pas à s’émanciper de leur classe bourgeoise. Le personnage de Bellocchio, Alessandro, un jeune homme épileptique, assassine tour à tour les membres de sa famille bourgeoise. Fabrizio, quant à lui, personnage principal de Prima della rivoluzione, est dans l’impossibilité de devenir marxiste, coincé dans sa classe sociale de bourgeois. Cette lutte des classes a un air visionnaire, compte-tenu de son développement dans les années 70 et des attentats qui suivront.

Il Terrorista de Gianfranco De Bosio, au-delà de la première lecture politique que l’on peut en faire, est un appel à réfléchir que le cinéaste tente d’adresser au spectateur : « chaque spectateur doit sortir d’un film politique avec une opinion discutée en lui-même » dit-il.

Vie personnelle – thème adolescence, jeune adulte

Accompagnant la problématique politique, l’expérience de vie des auteurs est mentionnée tout du long des interviews comme ayant été capitale dans leurs travaux. Il Terrorista est directement inspiré de faits vécus par Gianfranco De Bosio à Padoue, alors qu’il participait à la résistance vénitienne. L’antihéros, Alessandro, représente quant à lui une adolescence semée d’embûches que le scénariste Bellocchio raconte avec beaucoup d’empathie et qu’il cherche à empreindre de réalisme. Cependant, l’exemple le plus marquant est celui de Bertolucci. Prima della Rivoluzione est filmé dans le village où il a grandi et s’inscrit comme une œuvre lui permettant de s’émanciper de son enfance. Lors de l’interview, le journaliste l’interroge pendant qu’il conduit, alors que se succèdent les champs où Bertolucci jouait, la maison de son ami, celle de ses parents où il n’a plus remis les pieds depuis longtemps…

Ce documentaire, témoin du travail de ces cinéastes, est à découvrir si vous n’en avez pas eu l’occasion lors du Festival Tous Écrans.

Naïke Bravo