La promesse de l’aube s’apparente en de nombreux points au premier film d’un metteur en scène qui, fraîchement sortie d’une école d’art, voudrait appliquer à la lettre toutes les techniques qu’il y a acquises.

Éric Barbier signe pourtant ici son cinquième long métrage et fait preuve d’une approche historique originale et intéressante, notamment dans un choix minutieux de décors et costumes qui subliment l’image, tout en y ajoutant malencontreusement des éléments de mise en scène futiles qui alourdissent le récit et le font retourner à un stade infantile de réalisation cinématographique.

Car le problème fondamental du film est bien là : ajouter des plans de détails à chaque scène qui ne font que souligner un élément déjà présent non seulement en voix over mais également précédemment en plan plus large n’apporte rien… Au contraire ! A force de tout montrer, Barbier ne nous transmet plus rien, et son adaptation n’amène que peu à un roman aussi riche que celui de Romain Gary, dont les seuls passages cités dans le film redonnent à ce dernier une sublimité éphémère.

L’histoire, très classique dans son propos, nous dépeint une relation mère-fils que le syndrome œdipien chez Freud ne saurait mieux définir, sur fond de deuxième guerre mondiale et de patriotisme omniprésent. L’essence même du roman de Gary réside alors non pas dans son propos mais dans sa forme, son style, que l’on aurait dû retrouver chez Barbier de par sa mise en scène et sa mise en chaîne. Or le montage, très classique, nous amène en fondus les lignes écrites par le protagoniste, tandis que la musique empathique du début à la fin tente d’accentuer des émotions qui peinent, malgré elle, à trouver leur voie jusqu’au spectateur.

Quant au cadrage, le choix de travelling arrière frontal sur Romain à plusieurs reprises nous offre l’exemple parfait de sa maladresse : voyant ainsi le protagoniste arriver sur nous, frôlant le regard caméra, on pense entre autres à la scène de Shining dans laquelle Jane découvre les écrits de son mari. Ce dernier, aliéné et glaçant, avance en montant les escaliers vers la caméra qui, par son travelling arrière, prend la place de sa femme terrorisée qui tente de lui échapper. Ce quasi regard caméra de Jack Nicholson et cette avancée du personnage vers le spectateur créé alors une tension plus que bienvenue dans la scène, donnant dès lors au mouvement de caméra tout son sens. Chez Barbier, pour y revenir, ce même mouvement est offert dans un contexte non pas de tension mais d’épanouissement, ce qui donne au tout une forme d’incohérence et souligne cette perpétuelle recherche d’une stylistique agréable à l’œil du spectateur, qui met toutefois de côté l’essence même de son but primaire, soit sa force narrative.

Somme toute, Éric Barbier nous offre un film divertissant et agréable à voir mais qui peine, tout du moins dans sa forme, puisque c’est là l’apport principal que vise une adaptation cinématographique, à se démarquer des films institutionnels qui abondent actuellement dans le 7ème art. Pour ce qui est du fond, je ne voudrais pas m’aventurer en terre inconnue, alors je laisserai au lecteur de Gary le soin de forger son propre point de vue sur l’œuvre littéraire…

 

Chloé Battisti

Infos pratiques :

La promesse de l’aube (E. Barbier)

Sortie le 20 décembre 2017 en Suisse