Une fois n’est pas coutume, nous allons ce lundi parler une nouvelle fois Gender Studies, ou plutôt nous arrêter quelques instants sur les inepties mises en avant en marge de la sempiternelle Manif pour Tous. En effet, depuis quelque temps certains réfractaires aux droits LGBT et au mariage gay en France ont commencé une campagne de désinformation en ce qui concerne la fameuse Théorie du Genre et les hypothétiques volontés politiques de certains ministres à imposer cette théorie dans les écoles.

Or, cette prétendue Théorie du Genre sensée vouloir détruire les fondements de la société française et occidentale n’existe pas ! Ce qui existe ce sont les Gender Studies, un ensemble de paradigmes universitaires originaires des États-Unis, mais inspirés par des philosophes français et belges tels que Simone de Beauvoir, Luce Irigaray, Hélène Cixous et Jacques Derrida pour leur composante Post-Structuraliste. Ces Gender Studies, ou études genres, ont été mises en avant dès la fin des années 80 et sont dérivées en partie des écrits de Judith Bulter dont j’ai déjà fait mention dans des éditoriaux antérieurs.

Elles consistent en la déconstruction des représentations hommes-femmes dans la littérature ainsi que dans le reste des secteurs qui forment une culture donnée tels que le cinéma, la télévision et les médias. Selon Butler, le genre d’une personne n’est pas à confondre avec son sexe, le premier est socialement construit tandis que le second relève de la biologie. Et oui, les études genres ne nient pas l’existence des sexes mâle et femelle, seulement que les notions de masculinité et féminité ne dérivent pas directement de ceux-ci. Ainsi, il n’y a rien de naturel à ce qu’un garçon doive rêver de se battre à l’épée et qu’une fille de devenir une princesse tout de rose vêtue. Cette naturalisation très ancienne du genre est en partie ce qui permet à une société toujours patriarcale d’imposer que l’homme soit la valeur par défaut, la personne avec l’agence la plus forte basée sur l’action tandis que la femme est objectifiée comme un être sur-sexualisé devant jouer de ses charmes et le faisant souvent à mauvais escient. Ces études genre, donc, ne visent qu’à mettre en lumière ses différences et à en comprendre la pertinence, les causes et les conséquences et non pas à  imposer sa loi sur les autres comme certains le prétendent.

Mais c’est sans compter sur la Manif Pour Tous et ses membres, passés maître dans l’art de retourner le débat comme une crêpe ! À la loi sur le mariage gay, censée donner le droit à des êtres humains de s’aimer en paix, ceux-ci opposent leur droit de voir le monde à leur manière. Ils se sentent bafoués, leurs privilèges rasés du paysage. Je me demande par ailleurs quel genre d’arguments certains hommes du Sud des États-Unis mettaient en avant lorsque le spectre du 13ème Amendement se présentait devant leur porte…

Les partisans de la Manif Pour Tous entendent faire passer cette Théorie du Genre comme le fruit d’un diktat étatique, allant même jusqu’à convaincre des parents d’élèves de maternelle et de primaire que leurs enfants allaient être encouragés à se masturber et voir des homosexuels s’embrasser en classe…

Le syndicat étudiant de droite appelé Union National Inter-Universitaire (UNI) a créé en février 2013 un Observatoire de la Théorie du Genre[1]. Derrière ce nom des plus ronflants se cache un outil de désinformation des plus prolifiques, crachant leur haine de l’égalité sociale et leur obscurantisme sous couvert d’un vocabulaire savant et d’un site internet bien étoffé. Exemple : leur site internet définit cette Théorie du Genre de la manière suivante  “Le fondement de cette théorie consiste à nier la réalité biologique pour imposer l’idée que le genre « masculin » ou « féminin » dépend de la culture, voire d’un rapport de force et non d’une quelconque réalité biologique ou anatomique.”[2] À première vue, une telle définition semble coller aux Gender Studies. Or, le langage utilisé est loin d’être neutre. Selon celle-ci, la Théorie du Genre “nie la réalité biologique pour imposer l’idée que le genre « masculin » ou « féminin » dépend de la culture“ Ce qui consiste à affirmer qu’il y a bel et bien une réalité biologique et que celle-ci est délibérément mise de côté pour qu’un diktat soit mis en place. Un diktat qui imposerait que les hommes ne soient plus des hommes et les femmes des femmes. Encore une fois, il n’y a pas de diktat, seulement une remise en question des diktats voulant qu’une personne soit ce qu’elle est de manière essentielle et que l’identité d’une personne dépende en premier de ce qui lui pend entre les jambes.

Pour conclure ce bref édito, qui, vous l’aurez bien compris, se veut particulièrement engagé comme c’est de coutume dans un éditorial, il faut bien comprendre la profonde inadéquation entre l’image que se donnent les partisans de la Manif Pour Tous et leur discours. Selon eux, ce sont leurs droits qui se retrouvent sur la sellette. Or, les droits qu’ils exigent ne peuvent être accordés qu’en réduisant ceux des autres. Leur droit à ne pas voir des homosexuels se mettre la bague au doigt s’oppose à celui de ces derniers d’être reconnus comme des citoyens à part entière. Leur droit de reconnaître un embryon comme un être humain et pensant malgré les preuves du contraire enlève le droit aux femmes d’être maîtresses de leur corps et de leur vie. En ce sens, le droit qu’ils agitent dans tous les sens est celui d’imposer leur vision du monde aux autres. Se cachant derrière les libertés républicaines, ils bafouent un à un les fondements de celles-ci : Liberté, Égalité, Fraternité.

 Fredrik Blanc

Crédit Photographique: © Marie-Lan Nguyen / Wikimedia Commons / CC-BY 2.5


[1] http://www.theoriedugenre.fr

[2] http://www.theoriedugenre.fr/?Qui-sommes-nous