Huit comédiens de la troupe bisontine CNEPUK vont présenter le 11 mai prochain la pièce Lapin 243 dans le cadre du festival Commedia à Genève. REEL a eu l’opportunité d’échanger avec la metteure en scène et auteure de la pièce, Chloé Marguerie…

« Le fait divers renvoie à nos peurs tout comme à nos fantasmes, il permet une certaine identification des personnages. Sur une scène, la brutalité et la représentation de l’inimaginable entrainent une sorte de purgation des passions des spectateurs qui voient sous leurs yeux l’accomplissement de leurs fantasmes les plus profonds. » [1]

Et si on faisait davantage connaissance avec la troupe ?

  • La naissance de la compagnie CNEPUK

La CNEPUK, compagnie Bisontine, a été créée en 2014 par Chloé Marguerie qui occupe le rôle de metteure en scène et auteure.

  • Huit comédiens présentent le spectacle

La pièce est représentée par huit comédiens, qui se sont presque tous rencontrés à l’Université de Besançon en section « Arts du Spectacle ». Mais, qui sont-ils ?

Chloé Marguerie, metteure en scène et auteure de la pièce, a d’abord commencé ses études avec un DEUST Théâtre qui lui proposait 80% de pratique et 20% de théorie et lui a ainsi permis d’acquérir une formation de base des métiers du théâtre. Après l’avoir obtenu en 2014 (la même année de création que la CNEPUK), elle s’est lancée dans un master Arts du spectacle. C’est lors de ses recherches qu’elle a écrit la pièce Lapin 243.

Gaëtant Carret a suivi en parallèle de son master Arts du Spectacle une formation de comédien au Conservatoire Régional de Besançon. Depuis il a pu jouer de nombreux grands rôles dans La Grande Magie, d’Eduardo de Filippo ; Via Negativa, d’Eugène Durif ; Quartett, d’Heuiner Muller ; La Prochaine fois je vous le chanterai, de James Sanders. 

Fanny Scherer, Théo Pierrat et Sabrina Mellikeche ont suivi la licence Arts du Spectacle puis se sont concentrés sur leurs études en Cycle d’Orientation Professionnel au Conservatoire Régional de Besançon.

Adèle Lerch et Aurélien Dèque ont aussi suivi le Master Arts du Spectacle et sont partis pendant 6 mois au Brésil pour leurs recherches. Ils ont à côté une pratique cinématographique.

Anne-Claire Jullien, quant à elle, est actuellement aux Beaux-Arts de Besançon, en 5ème année et a découvert la pratique théâtrale avec le spectacle Lapin 243.

  • Mais, Lapin 243, de quoi ça parle ?

« Un homme, une femme et un bateau. Ainsi commence Lapin 243. Journal de bord vivant de deux participants à une course de bateau. Inspirée par le fait divers de Donald Crowhurst, navigateur amateur ayant participé à une course de voiliers, qui sombra dans un vaste mensonge à mesure de la compétition. Interrogeant l’adaptation d’un fait réel en fiction ; Lapin 243, dans un humour insolent, invite à une balade en mer. » [2]

  • Quelle est la source d’inspiration ?

Lapin 423 est inspiré d’un fait divers de l’année 1969. Un navigateur amateur, Donlad Crowhusrt, décide de participer au premier tour du monde en solitaire appelé le « Sunday Times Golden Globe Challenge » qui promet pour le gagnant un trophée ainsi qu’un prix de 5 000 livres. Donald Crowhurst décide de relever le défi. Il fait appel à des sponsors et s’endette pour construire son bateau. Dès le début de la course, il rencontre immédiatement des difficultés avec son trimaran qui ne progresse qu’à la moitié de la vitesse prévue et son équipement de sécurité n’est pas prêt à entrer dans le dangereux Pacifique Sud. Il décide de mentir sur sa géolocalisation pour ne pas perdre ses sponsors et ne pas perdre la course. Il écrit deux journaux de bord, un faux et un vrai.Le 29 juin 1969, il donne son dernier signalement ; le 10 juillet un cargo découvre son trimaran à la dérive, vide. On a pu découvrir dans ses écrits la détresse psychologique dans laquelle se trouvait Crowhurst mais également ses délires. Par exemple, dans son journal, le navigateur tente d’expliquer la condition humaine se résumant selon lui au nombre 243, il pensait d’ailleurs faire son tour du monde en 243 jours, et le 1er juillet 1969 aurait été son 243ème jour de voyage.

  • Quelle est l’intention de l’auteure ? Quelles sont les effets escomptés ?

Selon Chloé Marguerie, les faits divers intéressent le public car ils évoquent en lui une forme d’identification ; en quelque sorte, il y retrouve ses fantasmes et ses peurs.
L’auteure aurait pu tomber dans cette caricature du fait divers. Mais, au contraire, son ambition poétique a été de l’éviter, de l’inverser. Il est par exemple difficile de s’identifier aux personnages qui sont tous nommés par « femme », « homme ». L’auteure n’a pas non plus souhaité immerger le spectateur à l’intérieur de la fiction : comme si réalité et fiction ne faisaient plus qu’un. Au contraire, la pièce tend à maintenir le spectateur entre ces deux états : rappeler qu’il s’agit d’une pièce de théâtre, d’acteurs, et que la scène est « jouée ». Les acteurs ont d’ailleurs la liberté de choisir de parler en leur nom fictif comme en leur nom réel : ce sont eux qui font basculer le spectateur entre réalité et fiction. En fait, cette pièce joue avec les limites de la fiction et de l’identification qu’elle engendre en les remettant constamment en cause !

Lapin 243 est intrigante et propose quelque chose de résolument moderne : peut-être que le thème choisi et la volonté de « casser les codes », de bouleverser l’ordre déjà établi en sont responsables ?

Si l’on n’a pas peur de se sentir perturbé, de sortir perplexe d’une heure de spectacle, alors peut-être faut-il se laisser tenter ?

Amélie Chiesa

 Infos pratiques : Lapin 243 de Chloé Marguerie, le vendredi 11 mai à 18h à la Comédie de Genève (Studio André Steiger) par la Cie CNEPUK de l’Université de Franche-Comté.

http://festivalcommedia.ch/film/lapin-243/

https://www.facebook.com/Cnepuk-305744012949881/

Photo : © Julien Hernandez

[1] Extrait tiré du dossier du spectacle

[2] Extrait tiré du dossier du spectacle